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L’informatique nous fait-elle de fausses promesses ?

Nous vendrait-on du rêve ?

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Temps de lecture estimé : 3 minutes

Hier, jeudi 1 juin 2017, est paru le strip du jour sur CommitStrip, que j’ai trouvé vraiment intéressant parce que donnant matière à réfléchir.

L’informatique ne fait-elle que nous décevoir ?

Il y a une liste de strips que j’aime bien parce que je les trouve amusants, mais celui-là est différent, parce que je le trouve très juste. Autant les autres me font rire, autant celui-là me fait réfléchir à la déception engendrée par le décalage entre ce qu’on voit sur Internet, dans les conférences, dans les talks et la réalité.

L’exemple qui me vient en tête, c’est DevOps. Plus le temps passe, plus on voit des articles, des interviews, des retours d’expérience de gens qui utilisent la philosophie DevOps au quotidien dans leur travail. Mais quand je parle aux gens autours de moi, à ce qui vivent dans la même région, eh bien c’est très différent. On n’entend plutôt dire que c’est une mode, qu’on a pas le temps, que chez nous c’est pas pareil, bla bla bla. Et du coup, DevOps reste comme un truc théorique, appliqué seulement par quelques boîtes trop cool qu’on ne croisera jamais, ou bien que dans des projets persos.

Un autre point, le software crasftmanship, qui consiste à intégrer la notion de qualité logicielle au cœur des process, permettant au développeur de délivrer du code testé, constamment amélioré et donc plus facile à maintenir et faire évoluer. De beaux principes, que j’ai tenté d’appliquer au travail avant de me voir rétorqué les arguments habituels type « pas le temps », « ça marche assez bien, donc pas besoin d’améliorer », « trop compliqué », « on a pas de test pour ça », etc. Alors j’essaye à mon niveau, mais quand on est seul et qu’on s’oppose à vous, rapidement, on se décourage.

De plus en plus apparaissent des « buzzwords » qui voient fleurir un cortège d’articles, de talks, de présentations, de vidéos mais qui semblent n’être rien plus que de la poudre aux yeux. Avant, c’était devops, le cloud, le machine learning, NodeJS, maintenant c’est blockchain, deep learning, réalité augmentée, etc. La première analogie qui me passe par l’esprit, c’est qu’on dirait juste de la came qu’on redonne à l’informaticien quand les effets de la précédente s’estompe. NodeJS c’est plus assez bien, faut utiliser Go. L’agile c’est nul, on parle d’agilité maintenant (il suffit de taper « agile is dead » sur un moteur de recherche). Dès qu’une techno s’essouffle ou que le buzz retombe, on balance tout et on file sur le super truc de la mort qui tue qu’est trop bien.

Est-ce une conséquence de notre société de consommation, du jeter dès que ça ne convient plus ? Est-ce l’orgueil du développeur qui préfère sa version, son outil, sa philosophie, sa façon de faire ? Est-ce autre chose ? Le fait est que l’informatique médiatique, les buzzs, les conférences, tout ça va de plus en plus vite et il devient de plus en plus dur pour l’informaticien avec une vie de famille, des obligations diverses ou des passions autres de se maintenir vraiment à jour. Alors oui, il y a les projets personnels, mais tout le monde n’a pas le temps ni l’envie de s’y consacrer régulièrement. Et toutes les entreprises ne sont pas des startups ultra-modernes avec 20% de temps de veille. Tout le monde n’a pas ce luxe.

L’écart semble donc se creuser, en informatique comme dans beaucoup d’autres domaines, entre une mince frange de « privilégiés » travaillant dans des boîtes cools, sur des technos à la mode, avec des challenges à la pelle, et le reste, les autres, les « défavorisés » qui luttent de plus en plus pour trouver des projets ou des technos intéressantes, autre que du CRUD en PHP ou une énième application web en C# + jQuery. Un des commentaires du strip parle même de « prolétarisation du développeur », c’est dire.

Attention, on peut travailler dans une super boîte avec des technos modernes sans vraiment de challenge excitant, et même les mecs travaillant sur les projets les plus sympas ont du code legacy à maintenir. Je dis simplement que, de plus en plus, on observe une différence et la majorité des développeurs, qui, pour beaucoup, n’ont pas le luxe d’investir chaque seconde de leur temps à la veille et aux sides projects, va se retrouver à maintenir du code legacy dans des boîtes banales au possible.

Et toi, qu’en pense-tu ?



Tiré d’un article de mon blog qui me semble être un bon sujet de discussion à partager avec la communauté.

6 commentaires

Mais est-ce que ce malaise n’est pas inhérent au métier d’ingénieur ? Je veux dire par là, que ça ne me semble pas propre aux informaticiens d’être frustrés par le manque de profondeur de leurs tâches quotidiennes.

Est-ce que ça n’est pas parce que le métier d’ingénieur est trop idéalisé ? Évidemment qu’une boite n’a pas un énorme intérêt économique à privilégier des codes de grande qualité (par exemple). Après tout, si tu remarques des comportements de consommateurs, c’est peut-être aussi parce que c’est la façon même de faire vivre une entreprise ?

+8 -0

Bof, les fausses promesses, on en voit partout : c’est le principe de la com’. Que l’information/le monde de l’ingénierie y soit particulièrement soumis, c’est normal, puisqu’on joue sans cesse les cartes « innovation », « performance », etc.
Tout cela ne s’arrêtera que lorsque ces vues de l’esprit auront passé de mode. Et d’autres viendront, qu’on nous resservira à la même sauce.

Très occupé ces temps-ci. Laissez un MP si besoin

+1 -0

Salut,

En lisant ton billet, j’ai l’impression que tu te contredits un peu. En effet, d’un côté tu précises, à mon sens à juste titre, que chaque « nouvelle technologie » crée souvent un engouement passager qui a une forte tendance à retomber comme un soufflé (autrement dit, à produire beaucoup de bruit pour rien) et de l’autre, tu sembles te pleindre de ne pas pouvoir employer ces dernières. Or, si tu considères que ces « nouveautés » n’en sont pas, il me semble cohérent que tu ne les emploies pas.

De plus en plus apparaissent des « buzzwords » qui voient fleurir un cortège d’articles, de talks, de présentations, de vidéos mais qui semblent n’être rien plus que de la poudre aux yeux. Avant, c’était devops, le cloud, le machine learning, NodeJS, maintenant c’est blockchain, deep learning, réalité augmentée, etc. La première analogie qui me passe par l’esprit, c’est qu’on dirait juste de la came qu’on redonne à l’informaticien quand les effets de la précédente s’estompe. NodeJS c’est plus assez bien, faut utiliser Go. L’agile c’est nul, on parle d’agilité maintenant (il suffit de taper « agile is dead » sur un moteur de recherche). Dès qu’une techno s’essouffle ou que le buzz retombe, on balance tout et on file sur le super truc de la mort qui tue qu’est trop bien.

Quand une société repose sur un « progrès » que « l’on arrête pas », il faut bien donner l’impression qu’il y en a. ;)

Édité par Taurre

+0 -0

Ce que la seconde partie de l’article me fait penser c’est que le changement de technologie de manière "rapide" est dû d’une part au fait qu’elle est proclamée par des sites de news qui doivent bien trouver de nouveaux sujets régulièrement. C’est peut-être involontaire dans le sens où il suffit que ces sites fassent des zooms sur une techno ou des développeurs et certains ont l’impression que c’est LA techno du moment.

Mais je pense aussi que ce changement rapide de techno montre simplement que l’on ne peut pas maîtriser un langage ou une techno en quelques mois. On se dit peut-être qu’en se mettant à la techno du moment on sera peut-être super bon, on deviendra un expert comme on peut voir ces gens qui se mettent à la programmation et en quelques mois sortent des programmes dignes d’expert. Sauf que ça ne fonctionne pas, donc on se dit qu’on va retenter sa chance sur la techno suivante.

C’est aussi l’effet pervers des talks, je n’en regarde pas mais quand je vois les titres, qui sont les mêmes que sur medium, le but c’est d’adopter une certaines philosophie de vie et de boulot pour être heureux, productif, épanoui, avoir plein d’ami, bref être la personne parfaite.

Enfin un exemple personnel sur le fait qu’une techno est à la mode : j’ai eu l’occasion de voir le déploiement de la méthode agile/scrum dans l’équipe où j’étais. Je ne fais pas d’informatique mais de l’électronique. Autant sur du développement je peux comprendre cette méthode. Sauf que j’étais dans une équipe de support produit et notre rôle était d’analyser les pannes des équipements en productions (lors des tests) et de proposer des correctifs.

La mise en application de cette méthode a été lamentable. Je crois que le chef de projet n’a dû avoir qu’une petite présentation rapide de la méthode (par des personne de l’entreprise, donc pas forcément un expert) et cela s’est résumé à une réunion quotidienne de 10-15 min où l’on collait des post-it de nos actions, en mode planning. Les actions réalisées étaient mises de côtées.
Sauf que notre activité de support faisait que faire un planning détaillé est impossible, puisque la suite de nos actions dépends des résultats que l’on trouvera, sans parler des problèmes de disponibilités des outils de mesures.

Bref cette grosse boîte a tenté de mettre en place une méthode adaptée au développement (voire même développement informatique) à un métier différent, sans adaptation ni préparation. Je crois qu’ils ont abandonné la méthode sur ce type de service et en électronique de manière générale.

Pour terminer et c’est le tl;rd : est-on obligé d’être dans une boite cool qui bosse sur les dernières technos pour réussir sa vie de développeur informatique ?

+1 -0

Est-ce l’orgueil du développeur qui préfère sa version, son outil, sa philosophie, sa façon de faire ?

Ce n’est pas spécifique à l’informatique. Nous sommes dans un métier où la procédure parfaite n’existe pas, il y a plusieurs écoles qui se défendent à chaque niveau (choix du langage, méthode de développement, style de programmation). Donc forcément chacun défend sa paroisse.

Mais c’est pareil pour tout corps de métier de ce genre. En ingénierie, en art, en cuisine (cuisine au beurre ou à l’huile ? :D), médecine, etc.

Après tout chaque entreprise, développeur ou projet a sa philosophie, ses contraintes, ses compétences… Croire que tout est généralisable à l’extrême me semble surréaliste. Typiquement, la méthode agile en aéronautique ne peut être appliquée complètement, il y a aura forcément du cycle en V à un moment. Cela à cause des contraintes du secteur d’activité et des habitudes du secteur.

Est-ce mal ? Je ne crois pas. C’est même intéressant car on varie les procédures, on découvre de nouvelles façons de faire et c’est excitant.

Le fait est que l’informatique médiatique, les buzzs, les conférences, tout ça va de plus en plus vite et il devient de plus en plus dur pour l’informaticien avec une vie de famille, des obligations diverses ou des passions autres de se maintenir vraiment à jour. Alors oui, il y a les projets personnels, mais tout le monde n’a pas le temps ni l’envie de s’y consacrer régulièrement. Et toutes les entreprises ne sont pas des startups ultra-modernes avec 20% de temps de veille. Tout le monde n’a pas ce luxe.

Là encore, tu vois cela sous le spectre de l’informatique mais cela est généralisable à tous les métiers. Tu crois que le physicien qui fait 35h / semaine de recherche dans son labo sera aussi compétent que celui qui y consacre 70h par semaine car il en fait aussi chez lui, va à des confs, etc. ? En réalité, ça peut arriver, mais il est très probable que cela ne soit pas le cas. C’est pareil pour les médecins, les cuisiniers, les artisans, les scientifiques, etc. Celui qui y consacrera du temps pourra se perfectionner, se mettre au goût du jour, etc.

Donc oui, l’informaticien alimentaire qui n’en fait pas chez lui risque d’accumuler du retard de connaissances dans son métier, mais ce n’est pas propre à notre métier et cela a toujours été le cas. Je doute que les grands scientifiques de notre Histoire (style Newton, Einstein ou même Knuth, Thompson pour l’informatique) ne faisaient qu’un temps réduit de leur temps consacré à leur domaine de prédilection.

Je dis simplement que, de plus en plus, on observe une différence et la majorité des développeurs, qui, pour beaucoup, n’ont pas le luxe d’investir chaque seconde de leur temps à la veille et aux sides projects, va se retrouver à maintenir du code legacy dans des boîtes banales au possible.

Ce que tu dis, en somme, c’est que les plus compétents ont plus de chance d’avoir un boulot sympa que les autres. Je ne vois pas ce qu’il y a d’exceptionnel et nouveau dans ce concept.

Amateur de Logiciel Libre et de la distribution GNU/Linux Fedora. #JeSuisArius

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