Licence CC BY-SA

Le logiciel « libre » et la critique « artistico-technique »

Modeste essai sur la bataille de l'open source contre le libre

Publié :
Auteur :
Catégories :
Temps de lecture estimé : 4 minutes

Le sujet abordé dans cet article est extrêmement large, profond, et… clivant. Lisez-le en connaissance de cause. De plus, mon temps libre étant très limité ces temps-ci, ce billet est écrit de manière un peu tentaculaire et n’est pas forcément très clair, je vous prie de m’en excuser. Il m’a semblé qu’il pouvait apporter un départ de réflexion intéressant, qu’il revient à vous de continuer, de prolonger, et surtout d’améliorer.

Il y a peu, j’ai eu l’occasion de lire une partie d’un (gros) livre, intitulé Le nouvel esprit du capitalisme1, écrit par Luc Boltanski et Ève Chiapello. Dans cet ouvrage, les auteurs étudient les transformations des systèmes de valeurs qui justifient la participation des gens au système capitaliste, et ils en identifient trois, qu’ils appellent des « esprits du capitalisme », correspondant chacun à une période historique, et s’adaptant chacun à un contexte sociétal particulier.

Le premier apparait à la fin du 19ème siècle, après la révolution industrielle, à la naissance du capitalisme. La figure dominante est alors celle du « bourgeois entrepreneur », « chevalier d’industrie », qui entretient des relations presque amicales avec ses employés.

Le second apparait au début des années 1930 et disparait à la fin des années 1960. « L’accent y est mis moins sur l’entrepreneur individuel que sur l’organisation. Axée sur le développement, au début du XXe siècle, de la grande entreprise industrielle centralisée et bureaucratisée, fascinée par le gigantisme, elle a pour figure héroïque le directeur qui, à la différence de l’actionnaire cherchant à augmenter sa richesse personnelle, est habité par la volonté de faire croître sans limite la taille de la firme dont il a la charge, de façon à développer une production de masse, reposant sur des économies d’échelle, sur la standardisation des produits, sur l’organisation rationnelle du travail et sur des techniques nouvelles d’extension des marchés (marketing). » La production et la consommation de masse apparaissent.

L’apparition du troisième esprit du capitalisme est une réponse à la révolte de 1968, qui verra émerger deux modes de critique du capitalisme. La première est la critique dite artiste, qui met en avant un « désenchantement du monde », un « manque d’authenticité ». Les travailleurs ne sont que des machines et aimeraient pouvoir mettre à profit leurs réflexions et leur intelligence. La deuxième, plus profonde, est la critique dite sociale, qui souligne la misère, l’exploitation, l’opportunisme et l’égoïsme entretenus par le système capitaliste. La révolte de 1968 va faire éclater ces deux modes de critique. Pour survivre, le capitalisme va alors incorporer la critique artiste. À partir de ce moment, on attendra des employés qu’ils prennent des initiatives, qu’ils participent aux décisions, qu’ils se sentent investis dans la vie de l’entreprise. En un sens, l’employé devient acteur de sa propre domination.


Dans le cadre du projet Contributopia, Pierre-Yves Gosset, directeur de l’association Framasoft (<3) a récemment tenu une conférence sur les rapports entre le logiciel libre et la politique, que je vous invite à aller voir.

https://framatube.org/videos/watch/3cb57935-a9da-4e2c-8255–7fed6b83bf23

Il se trouve que le début de cette conférence m’a fait repenser au Nouvel esprit du capitalisme. En effet, conférencier évoque les différentes stratégies utilisées par le capitalisme pour s’approprier et prendre le contrôle du logiciel libre à son avantage. De manière très schématique, cela se passe sur deux fronts.

  • Les mots changent de sens, et de nouveaux apparaissent. Dans le nouvel esprit du capitalisme, on ne parle plus de « hiérarchie » ou d’« objectifs » mais de « projet ». Il n’y a plus de supérieurs mais des « collaborateurs ». Il devient naturellement bien plus difficile d’imaginer une contestation, puisque les liens hiérarchiques sont occultés, chacun participant à un même projet, au lieu d’obéir à un chef.
  • Embrace, expand and extinguish. Lorsqu’un projet sous licence libre, ou qui promeut des projets sous licences libres, prend de l’importance, une entreprise va en prendre possession, le contrôler, puis l’étouffer. Récemment, Microsoft a racheté Github, s’assurant ainsi de pouvoir surveiller et contrôler finement d’innombrables projets sous licence libre.

D’ailleurs, tout comme le vocabulaire marxiste a disparu de la langue courante, le vocabulaire du libre semble être en perte très rapide de vitesse. On ne parle plus de « logiciel libre » mais de « logiciel open source ». Ce changement de nom est d’autant plus pratique qu’il permet d’occulter les valeurs qui étaient véhiculées par le mot « libre ».

Auparavant, on reprochait aux logiciels d’avoir des sources fermées, empêchant des relectures extérieures et empêchant donc des audits de sécurité, empêchant également des contributions bénévoles. Deux critiques se sont alors élevées.

  • Celle qu’on pourrait appeler la critique technique, à rapprocher de la critique artiste. Le logiciel étant fermé, sa sécurité est impossible à vérifier.
  • Celle qu’on appellera la critique sociale, voulant que le logiciel soit un bien commun, librement partageable, libéré de la notion du droit d’auteur.

Y voyant une bonne voie de progrès, tout comme un moyen d’étouffer une part conséquente de la critique, le monde du logiciel commercial a alors commencé à rendre ses produits open source. Le code source qui en est à l’origine est librement accessible, le terme est devenu un argument de vente, y-compris auprès des libristes. Des startups dynamiques produisent des logiciels open sources, qui ne sont surement pas des logiciels libres.

Tout comme le mot « projet » a envahi toutes nos manières de penser et d’agir, l’« open source » remplace le libre. « Le capitalisme prospère ; la société se dégrade. Le profit croît, comme l’exclusion. La véritable crise n’est pas celle du capitalisme, mais celle de la critique du capitalisme. Trop souvent attachée à d’anciens schémas d’analyse, la critique conduit nombre de protestataires à se replier sur des modalités de défense efficaces dans le passé mais désormais largement inadaptées aux nouvelles formes du capitalisme redéployé. »2 Le monde du logiciel et de l’informatique semble emprunter la même voie. Il est grand temps de commencer à réfléchir à des contre-mesures pour sauver le logiciel libre, avant l’extinction totale de la critique sociale. Une nouvelle bataille se joue à l’endroit même où les idées de Mai 68 ont échouées. Ce conflit silencieux semble inéluctable. Mais cette fois-ci, il n’est pas certain qu’on puisse se permettre d’attendre à nouveau 50 ans avant la prochaine tentative.


  1. Ce titre est un clin d’œil à un livre publié en 1904 et 1905 par Max Weber, intitulé L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, où l’auteur étudie le premier esprit du capitalisme, et met son développement en lien avec celui du protestantisme allemand à la même époque, chacun ayant un système de valeurs favorable au développement de l’autre.

  2. Boltanski, Luc, et Ève Chiapello. Le nouvel esprit du capitalisme. Gallimard, 2011. 4ème de couverture.



7 commentaires

Petite critique de mon côté de ton texte.

Embrace, expand and extinguish. Lorsqu’un projet sous licence libre, ou qui promeut des projets sous licences libres, prend de l’importance, une entreprise va en prendre possession, le contrôler, puis l’étouffer.

Il faut je pense arrêter de présenter la stratégie EEE aujourd’hui. Elle n’existe plus. C’est une stratégie de Microsoft de l’ère Ballmer (celui qui désignait Linux comme un cancer, pour situer le niveau). Microsoft a depuis changé de direction et de culture, nous voyons qu’ils sont bien plus ouvert sur la question du Logiciel Libre que par le passé.

Le dernier cas avéré de l’EEE est sans doute la question des formats Offie et leur standardisation. Cela fait donc une dizaine d’années tout de même.

Récemment, Microsoft a racheté Github, s’assurant ainsi de pouvoir surveiller et contrôler finement d’innombrables projets sous licence libre.

Je pense qu’il faut arrêter de croire que tout ce que fait Microsoft est mal (la preuve avec une quantité toujours plus grande de code source qu’ils diffusent), et la portée même du rachat.

Que peut faire Microsoft de Github ? Pas mal de choses, mais de là à surveiller et contrôler les projets hébergés, il ne faut pas exagérer. Tu crois que Microsoft peut contrainte les projets libres à quoique ce soit ? Au pire ils peuvent les expulser ou rendre les contributions difficiles (mais cela ne ferait pas bonne presse pour ce service). Mais est-ce pour autant une surveillance et un contrôle ? Non.

Les projets libres ont largement la possibilité en outre d’aller voir ailleurs. D’ailleurs pas mal de gens l’ont fait.

En réalité les seules craintes valides concernant le rachat de Github par Microsoft existaient… avant ce rachat. La question de mettre tous ses œufs dans le même panier, sur une plateforme dont on a pas de code source, ni de possibilité de dupliquer chez soi. Microsoft n’a rien changé à la situation.

Et je trouve quand même assez malhonnête d’utiliser ce rachat comme porte étendard d’un phénomène alors qu’on ignore ce que Microsoft en fera. C’est pour moi un jugement bien hâtif.

On ne parle plus de « logiciel libre » mais de « logiciel open source ». Ce changement de nom est d’autant plus pratique qu’il permet d’occulter les valeurs qui étaient véhiculées par le mot « libre ».

Le mot libre dans le cas d’un logiciel est un terme en lui même ambigüe. Du moins pour quiconque n’est pas familier avec la définition de la FSF.

Est-ce qu’un Logiciel rend l’utilisateur plus libre car il a la possibilité de le modifier ou parce qu’il peut faire la fonction qu’il désire ? Pour un particulier non développeur, il reste délicat d’expliquer qu’il est plus libre dans le premier cas que dans le second.

Le mot libre étant large, difficile donc d’y accorder des valeurs véhiculées juste par le terme. Et c’est encore plus vrai que le mot anglais free qui peut signifier également gratuit. On a vu mieux pour porter un signal fort rien qu’en évoquant le nom.

Des startups dynamiques produisent des logiciels open sources, qui ne sont surement pas des logiciels libres.

Attention, attention. Un logiciel OpenSource est globalement un Logiciel Libre à trois exceptions près. Car le terme OpenSource de référence est défini par l’OSI, tout comme Logiciel Libre renvoie à la définition de la FSF. Si quelqu’un parle de LL ou d’OpenSource sans se référer à ces définitions fait selon moi (et le milieu) une erreur. Pour une fois qu’en informatique nous sommes d’accord pour les termes de référence…

Et oui, l’OSI a dans sa définition en 10 points une bijection avec les 4 points de la FSF. Et ce n’est pas un hasard si sur près de 200 licences logicielles, seulement une ou deux sont OpenSource sans être libres. Ces licences en plus d’être rares, l’incompatibilité est souvent sur un point technique assez anecdotique.

Et ce n’est pas une coïncidence si on a ce résultat. C’était voulu, nous retrouvons dans les pères fondateurs de l’OSI Eric Raymond, un développeur et hacker très connu de l’univers du Logiciel Libre et d’UNIX, en particulier du logiciel Emacs. Mais aussi le créateur de Debian lui même, pourtant présenter comme un idéologue.

Le but de l’OSI n’est pas de détruire la notion de liberté soutenue par RMS. En vérité ça a été fondé pour contester la communication et la direction du mouvement du LL par Stallman et la FSF. Car Stallman est globalement un piètre communicant, même si son avis est intéressant. Et la FSF étant globalement dirigé par lui, et adopte le même extrémisme dans la communication, cela est un frein pour promouvoir le Logiciel Libre en entreprise ou auprès des personnes qui ne souhaitent pas adhérer au discours de Stallman.

D’ailleurs les principaux protagonistes des deux camps se connaissent bien. Et s’ils sont d’accord sur le fond, sur l’intérêt de ces licences et logiciels, ils ne sont pas d’accord sur comment mettre cela en avant pour l’utilisateur.

Amateur de Logiciel Libre et de la distribution GNU/Linux Fedora. #JeSuisArius

+8 -0

Ce paragraphe m’a fait tiquer :

Le premier apparait à la fin du 19ème siècle, après la révolution industrielle, à la naissance du capitalisme. La figure dominante est alors celle du « bourgeois entrepreneur », « chevalier d’industrie », qui entretient des relations presque amicales avec ses employés.

Le capitalisme est né bien avant la révolution industrielle, et les capitaines d’industries de la fin 19è étaient loin d’avoir des relations amicales avec leurs employés. :D

+2 -0

Merci pour l’ouverture d’un sujet polémique comme celui-la :D

disclaimer : j’utilise la même définition que pyg pour logiciel libre et open source (et donc pas "simplement" celles de OSI et FSF désolé) : Logiciel Libre = open source + valeurs

Et oui, l’OSI a dans sa définition en 10 points une bijection avec les 4 points de la FSF.

D’un point de vue technique c’est en effet le cas et c’est pourquoi les licences sont presque toutes Libre et OpenSource. En revanche, on parle ici aussi de conviction et de vision politique du mouvement. Et là c’est effectivement très différent. Si le mouvement des LL revendique des convictions, le mouvement OpenSource quand à lui s’en défend comme il est écrit sur cette page :

The conferees also believed that it would be useful to have a single label that identified this approach and distinguished it from the philosophically- and politically-focused label "free software."

Et si je veux bien croire que le mouvement possédait les meilleures intentions à sa création (ce qui n’est pas le cas de RMS, force est de constater qu’il étouffe aujourd’hui les convictions portées par le mouvement des LL (désolé, je n’ai plus d’article sous la main). Aujourd’hui, quand je discute avec quelqu’un de LL, je dois systematiquement lui expliquer la différence et pourquoi je choisi de militer pour les LL et pas simplement pour l’OpenSource.

Il faut je pense arrêter de présenter la stratégie EEE aujourd’hui. […] Microsoft a depuis changé de direction et de culture, nous voyons qu’ils sont bien plus ouvert sur la question du Logiciel Libre que par le passé.

Renault

Je ne suis pas d’accord. Assurément Microsoft s’est ouvert l’open source. Pas au LL. Un des exemples les plus parlants est celui de visual studio : le code est effectivement sous licence libre (MIT) mais le binaire est sous une licence propriétaire. En ce qui concerne plus spécifiquement le rachat de github, je ne me prononce pas.

De même, google met en avant l’aspect open source d’android sans préciser qu’il fournit une surcouche propriétaire qui est celle qui collectera les données. Selon moi, les multinationales font effectivement toujours de l’EEE. À continuellement mettre en avant le terme opensource à la place de logiciel libre (et les valeurs qui vont avec), l’opensource est en train de tuer le mouvement des logiciels libres

+0 -0

@oiseauroch

Nous avons manifestement un problème de définitions, si nous ne parvenons pas à nous mettre d’accord sur les termes, le débat n’est pas possible et pas d’un grand intérêt car nous parlerons finalement de choses différentes.

Je trouve dommage de rejeter des définitions précises et globalement admises dans le milieu au profit de définitions plus floues et moins convenues car cela n’aide pas au débat.

Les fameuses valeurs que le Logiciel Libre porte et que tu défends ne sont pas clairement précisées ce qui pose un problème. Typiquement un logiciel peut être sous licence libre (selon la FSF) mais dont la méthode de gouvernance ne convient pas (par exemple Android par Google, selon toi) et du coup serait non libre ? Ce serait contradictoire et cela reposerait sur aucune définition factuelle laissant l’arbitrage à l’arbitraire.

Du coup on se retrouverait dans une situation similaire aux mouvements idéologiques, religieuses comme politiques, où chacun se revendique d’être le vrai représentant du mouvement et de ses valeurs.

L’avantage de la définition de la FSF (ou de l’OSI en 10 points) c’est que :

  • C’est factuel ;
  • C’est technique, pas politique ;
  • Cela présente les exigences minimales pour satisfaire les besoins de l’utilisateur.

Les exigences plus fortes et éventuellement plus connotées d’un point de vue idéologique sont laissées à la charge de la licence libre choisie. Comme GPL vs BSD.

L’absence de référence à un développement communautaire, ou de respecter des points précis pour avoir un développement plus ouvert n’est pas un hasard non plus, c’était voulu par RMS. Ainsi il a présenté les 4 exigences minimales pour que l’utilisateur ne soit jamais bloqué par un fournisseur. Le reste est du bonus, appréciable mais pas indispensable. On notera aussi que RMS a volontairement présenté son mouvement comme apolitique (pas de gauche, ni de droite, au contraire chacun peut s’y retrouver dedans).

Il a notamment au sein de la GPL autorisé trois scénarios, pourtant considérés par certains comme non éthiques mais qui restent libres.

Le premier est la tivoisation, c’est-à-dire je te vends une carte électronique avec un Linux dedans (GPLv2) mais si tu changes le firmware la signature électronique ne correspondra pas et le matériel ne démarrera pas. Cela a été corrigé avec la GPLv3, mais les projets GPLv2 existent encore, et la FSF se garde bien de dire que les licences non GPLv3 sont non libres pour autant.

La deuxième est que si tu modifies un logiciel sous GPL, au hasard Linux, et que tu le modifies pour des besoins internes, au hasard Google pour son infrastructure, Google n’est pas tenu de communiquer ces changements à quiconque dont aux auteurs du noyau.

Enfin, reprenons le cas de Linux sous GPL. Linus Torvalds distribue le noyau comme d’habitude. Une entreprise, disons B, modifie le noyau et le vend à son client C. C peut exiger de B qu’il fournisse tous les changements opérés par B en plus du code de Linus Torvalds. Mais ni B, ni C, ne sont tenus de communiquer quoique ce soit à Linus Torvalds et sa communauté.

Ces failles non négligeables selon moi dans la question de l’idéologie du LL montrent bien la contradiction de considérer que le LL c’est plus que la définition de la FSF en 4 points. Déjà parce que si on applique cette vision des choses, pas mal de licences considérées comme libres par la FSF elle même n’en sont en fait pas car ils autorisent des usages non éthiques suivant cette vision. D’autre part parce qu’on voit bien que l’on arrive à des frontières floues suivant les aspirations de chacun et à la fin on utilise un terme dont il est bien difficile de cerner les contours.

Je n’ai pas spécialement envie que le LL devienne un terme aussi difficile à définir que communisme, socialisme, libéralisme, etc. où chacun avec sa vision propre de la définition est persuadée d’être dans le vrai véritable par rapport aux autres vis à vis de l’incarnation du mouvement.

Édité par Renault

Amateur de Logiciel Libre et de la distribution GNU/Linux Fedora. #JeSuisArius

+5 -0

@Renault On va en effet surement avoir du mal à débattre :) mais je souhaite juste revenir sur certains points :

Je trouve dommage de rejeter des définitions précises et globalement admises dans le milieu au profit de définitions plus floues et moins convenues car cela n’aide pas au débat.

Tu parles d’une définition technique du logiciel libre avec laquelle je suis d’accord et effectivement il n’y a pas de différence fondamentale entre le mouvement des LL et le mouvement opensource. En revanche, il me semble que la tribune parlait plus du mouvement des logiciels libres et dans ce cas, comme expliqué dans chaque mouvement, on ne parle pas de la même chose.

la fsf dit :

Un autre groupe utilise le terme « open source » pour exprimer quelque chose de proche, mais pas identique au « logiciel libre ». Nous préférons le terme « logiciel libre ». En effet, une fois qu’on a compris que ce terme se rapporte à la liberté plutôt qu’au prix, il appelle la notion de liberté. Le mot « open » ne renvoie jamais à la liberté.

tandis que l’OSI :

The conferees also believed that it would be useful to have a single label that identified this approach and distinguished it from the philosophically- and politically-focused label "free software."

Les deux mouvement s’opposent donc bien sur les valeurs portées par la technique. Et je pense sincèrement que la technique n’est pas neutre. Quand bien même on parle de tout les cas de logiciel libre.

On notera aussi que RMS a volontairement présenté son mouvement comme apolitique (pas de gauche, ni de droite, au contraire chacun peut s’y retrouver dedans).

RMS n’a en effet jamais associé sont mouvement à un quelconque parti politique. En revanche, je ne pense pas qu’il ait jamais dit que c’est un mouvement apolitique. pour le citer :

The fact that it exists is a social and ethical problem for society; and the goal of the free-software movement is to put an end to that.

Quand aux trois scénarios que tu définis, il faut distinguer 2 cas.

  • le premier où les LL n’avaient en effet pas prévu ce problème et ont donc mis à jour leur licence. Cet effet ne peut pas être rétroactif, il conservent donc les 2 licences.

  • les 2 suivants. Dans ces 2 cas, les utilisateur finaux (Google et la société C) possèdent en effet la totalité des sources.

+0 -0

De mon point de vue, @rezemika et @oiseauroch font la même erreur que bien des amateurs de logiciel libre (c’est un débat récurrent sur linuxfr.org par exemple) en confondant :

  1. Ce qu’est le logiciel libre, que ce soit au sens de la FSF ou de l’OSI ; et
  2. ce qu’ils voudraient que soit le logiciel libre, avec notamment la dimension éthique.

Donc, déjà, si vous voulez utiliser le terme « logiciel libre » ou « open-source » pour désigner autre chose que les strictes définitions de la FSF et l’OSI respectivement, merci de vous abstenir et de trouver vos propres termes.

Le problème principal des notions d’éthique est qu’elles sont floues et fluctuantes : les 4 points de la FSF ou les 10 points de l’OSI sont clairs et précis, et malgré ça les gens les interprètent à leur sauce (cf la discussion au-dessus de ce commentaire, ou 95 % des discussions su ce sujet). Comment alors obtenir quelque chose à partir d’une notion aussi indéfinissable que l’éthique ? De plus, l’éthique peut entrer en contradiction avec les libertés, et parfois c’est encore plus compliqué. Et ça c’est sans parler du cas où le logiciel est libre mais où les libertés sont pratiquement inapplicables (une magouille que même la FSF pratique).

Quant à la conclusion, s’il y a de plus en plus de logiciels « libres mais pas forcément éthiques » ou « libres mais aux libertés inexploitables », je ne suis pas sûr du tout que le logiciel libre (même au sens le plus extrémiste du terme) soit en régression. L’expérience que j’en ai me laisse même penser le contraire : aujourd’hui mes ordinateurs personnels et professionnels tournent sous des logiciels libres, j’écris ce post via des logiciels libres, sur une plateforme libre.

Rien que ça n’était pas évident il y a 10 ans et nécessitait de bricoler pas mal et/ou de faire des compromis certains sur la qualité des logiciels. Ce n’est plus le cas. Quant il y a 20 ans… à cette époque j’installais ma première distribution Linux (Yggdrasil, de mémoire). C’est simple, on ne pouvait à peu près rien faire avec de ce qu’on pouvait faire de l’ordinateur familial d’ordinaire. Aujourd’hui, j’ai même Steam qui me propose d’installer et paramétrer automatiquement des logiciels libres (Wine et d’autres astuces) pour faire tourner des jeux propriétaires sur mon système Linux libre !

Ce raisonnement est encore plus valable pour les développeurs : en 2018 c’est devenu rare de devoir acheter un composant intermédiaire (bibliothèque…) dans beaucoup de domaines de développement ; et de ce que j’en vois les logiciels libres-mais-en-fait-non sont de plus en plus simples à éviter (à qualité équivalente).

Vous devez être connecté pour pouvoir poster un message.
Connexion

Pas encore inscrit ?

Créez un compte en une minute pour profiter pleinement de toutes les fonctionnalités de Zeste de Savoir. Ici, tout est gratuit et sans publicité.
Créer un compte