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« Mais pourquoi tu n'as rien fait ? »

Petit rappel sur les réactions face au stress extrême

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S’il est une vue de l’esprit que l’on rencontre encore très — beaucoup trop — souvent au sujet du stress extrême, et plus particulièrement des diverses formes d’agressions physiques, c’est de penser que la victime a pu « l’avoir cherché », ou « ne pas avoir essayé de se défendre ». Un billet de @viki53 est d’ailleurs sorti très récemment pour parler du tabou du sexe, et les commentaires sous celui-ci lancent également des réflexions très intéressantes, notamment sur le fait que le consentement est beaucoup trop peu abordé dans les cours d’éducation à ce sujet.

Aujourd’hui, et même si je ne poste plus très souvent ces derniers temps, j’aimerais prendre le temps d’en parler un petit peu, et de mettre quelques petites choses au clair, afin je l’espère de clarifier les raisons pour lesquelles, non seulement cette vue de l’esprit est fausse, mais aussi dangereuse et destructrice. Je ne suis certes ni concerné ni spécialiste de ce sujet, mais il me semble que son importance justifie malgré tout cette prise de parole. Dans ce court billet, je voudrais donc parler des réactions neurologiques face aux situations de stress extrêmes, et notamment tordre le cou à cette tendance structurelle à accuser les victimes d’agressions de ne pas s’être défendues.

Ce billet fera référence à des situations anxiogènes et traumatogènes, et notamment au cas des agressions sexistes et sexuelles et des viols. Par conséquent, ce texte peut être difficile à lire si vous êtes concernée, et je vous invite alors à la prudence. Par ailleurs, si vous postez un commentaire sous ce billet, je vous invite également à y mettre un petit avertissement visible si vous y détaillez des récits potentiellement traumatiques.

Avec la libération de la parole encouragée par les mouvements féministes de ces dernières années, il devient de plus en plus courant d’entendre des récits d’agressions sexuelles de la part des victimes, qui se voient alors souvent répliquer quelque chose comme « mais si tu n’était pas consentante, pourquoi tu ne t’es pas débattue ? ». Il est par ailleurs fréquent que la parole des victimes soit mise en doute, par la police comme par les proches2. Par conséquent, très peu de victimes osent déposer plainte, et parmi celles qui le font, seule une partie iront jusqu’au procès, beaucoup d’affaires étant « classées sans suite »3. Non seulement cette mise en doute arrange particulièrement les auteurs de ces violences, mais elle repose aussi sur une ignorance de la façon dont le cerveau humain réagit aux évènements stressants.

Parlons tout d’abord du stress en situation normale. Imaginons que vous marchez en foret, et que vous voyez une forme longue et courbe, par terre sur le chemin devant vous. Votre thalamus, qui est en quelque sorte la gare de triage des informations reçues par votre cerveau, va demander l’analyse de cette image à deux autres aires du cerveau. La première est l’amygdale, qui est dédiée à la peur et à l’instinct de survie : elle est rapide, instinctive, mais pas très intelligente. La deuxième est le cortex, qui est la partie rationnelle de votre cerveau : il analyse objectivement les enjeux et le contexte des évènements, mais il est bien plus lent que l’amygdale. Ainsi, l’amygdale répondra en premier au thalamus, et lui dira que cette forme étrange est peut-être un serpent, ce qui représente une menace. Elle déclenchera alors ce qu’on appelle la « réponse combat-fuite », qui consiste à préparer l’organisme à une agression éventuelle. Pour cela, elle ordonnera la sécrétion d’adrénaline et de cortisol, des hormones qui auront pour effet d’accélérer le rythme cardiaque et la respiration, de stopper la digestion, de ralentir le fonctionnement des aires cérébrales non essentielles (notamment celles liées à la parole ou à la logique) et d’amplifier la sensibilité sensorielle, tout cela dans le but de se préparer à fuir ou à se battre de la façon la plus optimale possible. Face à cet objet identifié comme un serpent, vous aurez alors pour réflexe de sursauter ou de vous arrêter net. Mais quelques instants plus tard, le cortex renvoie le résultat de son analyse, plus fine : il ne s’agit finalement que d’une branche tombée par terre. L’amygdale se calme, et le stress redescend. Le souvenir de l’évènement est alors traité et enregistré de façon normale et contextualisée.

Il vous est peut-être déjà arrivé de traverser la route sans regarder et vous arrêter net de façon instinctive, réalisant alors qu’une voiture arrivait. Vous pouvez alors dire merci à votre amygdale, car c’est elle qui vous a peut-être sauvé la vie ce jour là.

Or, tout ne se passe pas toujours aussi bien, et il arrive que le cortex ne sache tout simplement pas comment réagir face à une menace bien identifiée. Je prendrai ici le cas d’une agression sexuelle. Imaginons que vous êtes une femme, seule en compagnie d’un homme qui tente de vous imposer par tout moyen une relation sexuelle dont vous ne voulez pas. Votre amygdale vous alerte alors : votre intégrité physique et psychologique est en danger, et le stress monte alors très vite. Quelques instants plus tard, votre cortex analyse la situation de façon plus rationnelle, et vous dit alors… la même chose. Vous êtes, objectivement, en danger, et il n’y a rien que vous ne puissiez faire pour vous mettre en sécurité, si ce n’est… ne rien faire. Ne pas se débattre, ne pas crier, pour ne pas risquer de représailles. À défaut de protéger votre intégrité, l’amygdale fait tout ce qu’elle peut pour sauver votre vie.

Le problème n’est pourtant pas résolu, loin de là. Le cortex n’a toujours aucun moyen de réagir face à une menace aussi concrète et dangereuse, et toute tentative de résistance, rendue confuse par le stress, est de toute façon déjouée par l’agresseur. L’amygdale continue alors de faire sécréter de plus en plus d’adrénaline et de cortisol, le stress monte de plus en plus, à un point tel qu’il y a alors un risque cardiaque : on peut littéralement mourir de stress. En dernière instance, le cortex va alors sécréter un cocktail d’hormones, la dopamine et les kétamine-likes (qui ressemblent chimiquement à de la kétamine), qui auront de multiples effets. Premièrement, cela va couper les voies de communication de l’amygdale, et donc faire redescendre le niveau d’adrénaline et de cortisol à un niveau moins dangereux. Deuxièmement, cela va provoquer une anesthésie physique et émotionnelle quasi-instantanée, et un fort effort de dissociation. Il peut y avoir de nombreux ressentis, tous très particuliers : l’impression de « sortir de son corps », l’impression que son « esprit rationnel » et son « esprit émotionnel » se trouvent séparés, l’impression de ne plus rien ressentir, de vivre la scène « comme dans un rêve », de façon irréelle… Le cerveau étant alors, littéralement, sous l’effet de drogues dures, le souvenir de l’évènement ne sera pas enregistré normalement : il sera vif, très chargé émotionnellement, et très sensoriel, et il pourra alors être à l’origine d’un syndrome de stress post-traumatique.

En guise de conclusion, je ne peux que vous inviter à résister de toutes vos forces à cette tendance structurelle qui cherche à accuser les victimes de leurs propres agressions. Parfois, la meilleure chose à faire pour se défendre est de ne rien faire. Dès lors, il apparaît urgent de considérer que « qui ne dit mot ne consent pas », et de changer au plus vite de regard sur la responsabilité des violences.

J’en profite aussi pour vous partager cette courte vidéo de la série « Sous influence » qui décrit très bien le mécanisme neurologique de la dissociation.

Je vous suggère également cette vidéo bien plus complète sur la sidération et la dissociation traumatique.

Enfin, si le sujet du syndrome de stress post-traumatique vous intéresse, je vous conseille cette dernière vidéo de PsykoCouac.

Si vous êtes ou avez été victime de violences conjugales, sexistes ou sexuelles, vous pouvez appeler le 3919 (numéro anonyme et gratuit, ouvert de 9h à 22h du lundi au vendredi, et de 9h à 18h les samedis, dimanches et jours fériés) pour trouver de l’écoute et obtenir les coordonnées des centres d’aides et des professionnels sensibilisés à ces questions les plus proches de chez vous. Enfin, l’application App’elles vous donne accès aux contacts d’associations de soutien et permet d’alerter ses proches de façon simple et discrète en cas de besoin.

Je clôturerai ce billet par ce célèbre slogan des manifestations féministes : victimes, on vous croit.

Sources

  • Les travaux de Muriel Salmona, et notamment : Salmona, Muriël. Le livre noir des violences sexuelles. EDUCA Books, 2018.
  • Les conférences d’inauguration du centre Citad’elles de Nantes, centre d’aide pour les femmes victimes de violences, les 22 et 23 novembre 2019.
  • Soir, Erik de. Gérer le trauma : Un combat au quotidien. 2016.

Le logo de ce billet est un des symboles du féminismes. Il provient de Wikipédia et est dans le domaine public. Je n’en ai pas trouvé de plus adapté pour ce billet, néanmoins j’écouterai attentivement toute critique à ce sujet.


  1. Voir ici ou ici notamment.
  2. Voir ici.


11 commentaires

Hello,

Merci pour cet article, qui est très intéressant. La difficulté, dans ces cas là, celle qu’on ne peut pas résoudre, c’est celle abordée dans le troisième article dont tu parles, qui est l’absence de preuves. Je pense que la présomption d’innocence est toujours très importante, peut-être même plus dans les cas de viol, et je ne vois actuellement aucune solution pour remédier à ce problème.

+6 -1

Hello,

Merci pour cet article, qui est très intéressant. La difficulté, dans ces cas là, celle qu’on ne peut pas résoudre, c’est celle abordée dans le troisième article dont tu parles, qui est l’absence de preuves. Je pense que la présomption d’innocence est toujours très importante, peut-être même plus dans les cas de viol, et je ne vois actuellement aucune solution pour remédier à ce problème.

Phigger

C’est une question super intéressante (et importante), et j’ai une remarque à ce sujet, qui fait suite à quelques modestes expériences de gestion collective d’accusations. En fait, je trouve qu’il y a une certaine confusion autour de l’articulation de différentes choses : d’une part, la prise en compte sérieuse des accusations, et des besoins de la victime, et d’autre part la présomption d’innocence. on fait souvent comme si l’un excluait l’autre et qu’ils entraient en contradiction. Or, je trouve que c’est réduire toute la complexité des enjeux à un choix binaire, qui est en plus ingérable parce que personne ne peut trancher avec certitude.

En pratique, il y a plein de choses que l’on peut faire en acceptant la possibilité que l’accusé soit innocent, dès lors qu’on accepte de faire des choix entre différents besoins en tenant compte de la possibilité de se tromper. Par exemple, des mesures de protection de la victime qui impliquent une certaine distanciation de l’agresseur (présumé), c’est moins grave que de forcer une victime à fréquenter les mêmes lieux que son agresseur ou à se priver de ses cadres habituels de sociabilité. Ça peut être temporaire, et ça peut être accepté par la personne accusée même si elle dit être innocente.

C’est juste un exemple, surtout pour dire que ce n’est pas pour rien qu’on ne voit pas de solution au problème de la vérité dans des accusations : c’est parce qu’il n’y en a sans doute pas, et que l’enjeu est plutôt de trouver des façons collectives de gérer l’incertitude et de mettre au premier plan la victime, sa parole et ses besoins, ce qui n’est pas incompatible avec le respect de la présomption d’innocence. C’est difficile, voire très lourd, mais c’est important d’accepter des processus complexes et potentiellement coûteux même pour une personne accusée à tort, sans quoi en réduisant tout à une alternative massive (qui croire) on tranche tout en faveur de la personne accusée.

+1 -0

Or, je trouve que c’est réduire toute la complexité des enjeux à un choix binaire, qui est en plus ingérable parce que personne ne peut trancher avec certitude.

Note, la justice n’agit certainement pas avec des certitudes. Sinon il n’y aurait pas d’erreurs judiciaires.

La justice repose sur la quête de vérité avec des indices ou preuves pour essayer de dégager ce qui s’est passé. Mais sans toujours pouvoir y parvenir. Si le doute est trop important, il doit bénéficier l’accusé, mais tu peux condamner sans avoir la preuve ultime en se basant sur un faisceau d’indices suffisant.

C’est pour cela que dans ce genre de dossiers, tout est passé au crible. Si le comportement ou le passé de l’accusé est compatible avec un tel acte, cela aidera à aller au bout de la procédure que si ce n’est pas le cas. La crédibilité de la victime et de l’accusé est ici fondamentale.

D’où le fait aussi que le passé de la victime est passé également au crible et que la procédure judiciaire est lourde pour elle. Car on va douter naturellement de son récit (on ne doit jamais considérer un témoignage comme suffisant de but en blanc). Certaines y renoncent à cause de cette difficulté psychologique, mais pouvons-nous faire autrement ? Pas si simple.

Je pense que dans l’amélioration, on doit surtout miser sur l’accompagnement initial. La police remet trop souvent en doute les accusations pour dissuader de porter plaintes et n’accompagne pas assez. La justice devrait aussi avoir un meilleur accompagnement de la victime le long de la procédure (et pouvoir aussi juger plus vite - donc plus de moyens sont nécessaires).

Mais la procédure en elle même ne me semble pas problématique, et remettre en cause pour traiter ce genre de cas pourrait provoquer plus de mal que de bien en remettant en cause le droit à un procès équitable et à la présomption d’innocence qui sont nécessaires.

Par exemple, des mesures de protection de la victime qui impliquent une certaine distanciation de l’agresseur (présumé), c’est moins grave que de forcer une victime à fréquenter les mêmes lieux que son agresseur ou à se priver de ses cadres habituels de sociabilité. Ça peut être temporaire, et ça peut être accepté par la personne accusée même si elle dit être innocente.

Condamner quelqu’un d’innocent à quoique ce soit ? Cela n’a pas vraiment de sens… Surtout que même une distanciation qui est une peine légère est finalement ici problématique. Car la plupart des viols ou agressions sexuelles se font entre personnes qui se connaissent : famille, travail ou cercle d’amis. Donc forcer une telle distanciation aurait un impact finalement fort.

c’est parce qu’il n’y en a sans doute pas, et que l’enjeu est plutôt de trouver des façons collectives de gérer l’incertitude et de mettre au premier plan la victime, sa parole et ses besoins, ce qui n’est pas incompatible avec le respect de la présomption d’innocence. C’est difficile, voire très lourd, mais c’est important d’accepter des processus complexes et potentiellement coûteux même pour une personne accusée à tort, sans quoi en réduisant tout à une alternative massive (qui croire) on tranche tout en faveur de la personne accusée.

Si tu considères que la personne plaignante a forcément raison, de fait tu remets en cause la présomption d’innocence par essence. On peut faire mieux en terme d’accompagnement dans la procédure judiciaire mais cela ne peut et ne doit pas aller au delà.

C’est ce principe aussi qui fait bénéficier le doute à l’accusé plutôt qu’au plaignant. Et c’est normal, accuser c’est facile. Il serait aisé de punir quelqu’un sans fondement avec une accusation bidon. D’autant que le plaignant peut se planter en toute bonne foi.

C’est aussi pour cela qu’il y a un délai de prescription. Avec le temps les souvenirs et les preuves disparaissent ou baissent en qualité. Cela devient plus dur pour la défense de se défendre aussi convenablement. Comment avoir un procès convenable sans cela ? C’est difficile.

Par exemple j’ai vécu une agression au couteau il y a longtemps, en me remémorant la scène je la visualise avec un coucher de soleil (et ce depuis le lendemain de l’agression). Pourtant vue l’heure et la période de l’année, c’était forcément en pleine nuit. Donc mon souvenir de l’évènement est altéré et j’en ai conscience. Et sans doute d’autres détails le sont sans que je ne le perçoive.

Pour un évènement plus complexe, traumatisant je n’ose imaginer ce que cela peut produire en terme de souvenirs. Et ajoute de l’alcool ou des drogue dans l’équation (car cela arrive aussi souvent dans ce genre de dossiers) et tu as un beau cocktail pour avoir un témoignage peu fiable de la victime même si elle est de bonne foi tu ne peux reposer ton dossier dessus non plus. D’où l’importance aussi d’avoir d’autres témoignages, d’autres victimes de l’accusé, mais aussi de l’entourage pour essayer de déterminer si le profil colle ou pas.

Amateur de Logiciel Libre et de la distribution GNU/Linux Fedora. #JeSuisArius

+2 -0

Bravo pour cet article, qui diffuse des connaissances si précieuses, et pourtant encore très peu connues, non seulement du grand public mais également des professionnels (médecins généralistes, psychologues, psychiatres etc…) car la psycho-traumatologie ne leurs est toujours pas enseignée.

Pourtant certaines thérapies peuvent être rapidement et significativement efficaces. Mais pour cela, le professionnel de soin doit avoir été formé en psychotraumatologie, ce qui est extrêmement rare donc, d’où l’importance de se renseigner avant de se lancer dans un parcours de soin (c’est déjà assez difficile comme ça, autant faire en sorte de bien cibler au départ).

Encore un grand merci, votre article n’a pas de prix pour les millions de français et françaises qui, enfant, ado ou adulte ont subi des violences sexuelles, ou encore des agressions et autres terreurs accidentelles ayant pu leur provoquer un état de sidération et un état de stress post-traumatique.

NB: La sidération est un phénomène extrêmement courant également chez les nourrissons, bébés, enfants, quasi totalement ignoré, d’autant plus que le petit n’a pas les capacités cognitives ni les mots, il ne peut ni comprendre ni dire. Les conséquences sont d’autant plus importantes que la sidération intervient jeune. Encore de nombreuses choses à découvrir dans ce domaine des neurosciences et de la traumatologie, et tant de vies à sauver ou restaurer…

Édité par Nolwenn33

+1 -0

Bonjour,

J’aurais quelques questions concernant l’interprétation de cet article de vulgarisation en neurosciences entrecoupé de slogans féministes.

L’objet de base de l’article est d’expliquer pourquoi une victime de viol ne réagit pas en manifestant son absence de consentement en cas de viol. Plus loin, tu expliques que « le cortex » a jugé qu’il n’était pas rationnel de manifester une absence de consentement. Pourquoi a-t-il effectué ce jugement ?

Dans ton article, il est expliqué que lors de la « dissociation », le cerveau secrète de la « dopamine », or dans différents contenus de vulgarisation en neurosciences que j’ai lu (ton article en est un aussi) il est couramment dit que la dopamine est « la molécule du plaisir ». De plus, ton article dit que le cerveau est sous l’effet de « drogues dures », et il est couramment admis que les drogues dures génèrent suffisamment de plaisir pour être addictives. Faut-il comprendre que la victime ressent du plaisir lors du viol, si non, pourquoi ?

Enfin, le processus de « dissociation » que tu évoques dans ton article intervient-il dans tous les cas de viols ? Beaucoup ? Certains ?

Pour finir, et pour mieux contextualiser l’article, je voudrais savoir si tu disposes de qualifications en neurosciences. Et si non, quelles sources d’information utilises-tu pour ton apprentissage de ce domaine, parmi : Reddit, YouTube, Twitter, LinkedIn ?

Merci

Édité par chdemesmis36

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Staff

Bonjour,

J’aurais quelques questions concernant l’interprétation de cet article de vulgarisation en neurosciences entrecoupé de slogans féministes.

L’objet de base de l’article est d’expliquer pourquoi une victime de viol ne réagit pas en manifestant son absence de consentement en cas de viol. Plus loin, tu expliques que « le cortex » a jugé qu’il n’était pas rationnel de manifester une absence de consentement. Pourquoi a-t-il effectué ce jugement ?

Dans ton article, il est expliqué que lors de la « dissociation », le cerveau secrète de la « dopamine », or dans différents contenus de vulgarisation en neurosciences que j’ai lu (ton article en est un aussi) il est couramment dit que la dopamine est « la molécule du plaisir ». De plus, ton article dit que le cerveau est sous l’effet de « drogues dures », et il est couramment admis que les drogues dures génèrent suffisamment de plaisir pour être addictives. Faut-il comprendre que la victime ressent du plaisir lors du viol, si non, pourquoi ?

Enfin, le processus de « dissociation » que tu évoques dans ton article intervient-il dans tous les cas de viols ? Beaucoup ? Certains ?

Pour finir, et pour mieux contextualiser l’article, je voudrais savoir si tu disposes de qualifications en neurosciences. Et si non, quelles sources d’information utilises-tu pour ton apprentissage de ce domaine, parmi : Reddit, YouTube, Twitter, LinkedIn ?

Merci

chdemesmis36

Attention à la façon dont ces questions sont posées, elles sont franchement tendancieuses. Je veille au grain

+5 -0

Merci pour vos commentaires !

Pour ce qui est de la présomption d’innocence, je suis d’accord sur le fait qu’elle reste importante. Néanmoins il me semble important ici d’insister sur le terme de présomption, qui est très différent d’une certitude. Le danger d’une « présomption d’innocence » (socialement) irréfragable étant alors de nourrir et de renforcer la culture du viol. D’ailleurs, cette présomption d’innocence concerne l’enquête juridique (lorsqu’elle a lieu, ce qui ne concerne qu’une fraction des viols commis, j’y reviens dans un instant), pas l’assistance à la victime. Or, lors du dépôt de plainte, lors des soins ou de la communication avec les proches ou les médias, il est courant de voir ce principe de présomption d’innocence utilisé pour décrédibiliser la parole de la victime. Le monde social étant ce qu’il est, traiter de ce sujet est particulièrement complexe…

Petite note : pour qu’une enquête juridique ait lieu, il faut… 1) que la victime ait conscience que ce qui lui est arrivé est un crime pénalement répréhensible 2) qu’elle soit en capacité de déposer une plainte (elle doit disposer de moments où elle n’est pas sous le contrôle de son agresseur, ce qui est rare quand celui-ci se trouve être son conjoint) 3) qu’elle se sente capable d’en parler à plusieurs autres personnes 4) qu’elle se sente capable d’en parler à la police 5) que sa plainte soit acceptée (il n’est pas légal pour un policier de refuser un dépôt de plainte, ce qui n’empêche pas que cela arrive régulièrement) 6) qu’elle ne se laisse pas convaincre par la police de ne déposer qu’une main courante (qui ne donne pas lieu à une enquête juridique et encore moins à une condamnation) 7) que sa plainte ne soit pas directement classée sans suite 8) que face à la difficulté des points précédents et des soupçons de mensonges qui pèseront sur elle suite à cette plainte, elle ne décide pas de la retirer. Compte-tenu de tout cela, il me semble peu probable qu’une personne décide de déposer une plainte pour viol ou agression sexuelle dans le seul et unique but de nuire à la réputation du prévenu. En revanche, cela pourrait faire abandonner de nombreuses victimes.


L’objet de base de l’article est d’expliquer pourquoi une victime de viol ne réagit pas en manifestant son absence de consentement en cas de viol. Plus loin, tu expliques que « le cortex » a jugé qu’il n’était pas rationnel de manifester une absence de consentement. Pourquoi a-t-il effectué ce jugement ?

Non, ce n’est pas ce que j’ai dit. « Vous êtes, objectivement, en danger, et il n’y a rien que vous ne puissiez faire pour vous mettre en sécurité, si ce n’est… ne rien faire. Ne pas se débattre, ne pas crier, pour ne pas risquer de représailles. » Le fait est que quand il n’y a pas de témoins et que l’agresseur est physiquement plus fort que la victime, il semble plutôt hasardeux de tenter de se défendre, en sachant que l’agresseur pourrait alors être plus violent encore. Cela ne veut pas dire que les victimes de viols ne se débattent jamais. Seulement au bout d’un moment il semble que le cerveau « décide » qu’il soit moins dangereux de ne rien faire que de risquer cette intensification de la violence.

Faut-il comprendre que la victime ressent du plaisir lors du viol, si non, pourquoi ?

Non.

Absolument pas, et pour des raisons évidentes. Tellement évidentes que j’ai du mal à comprendre l’intention derrière cette question.

Pour ce qui est de l’effet des drogues dures, je n’ai pas mes notes sous la main. Néanmoins la sécrétion d’hormones liées au système de la récompense est courante lors d’expériences négatives. Par exemple les blessures entraînent régulièrement des sécrétions d’endorphines, ce qui encourage les personnes qui se scarifient à retenter l’expérience. Là également, ces hormones provoquent un effet de « relâchement » (et non pas de plaisir) qui, dans certaines circonstances, est préférable à la situation antérieure. Lors d’un syndrome de stress post-traumatique, il est fréquent que la victime ait des « conduites dissociantes » de mises en danger, visant à provoquer à nouveau une sécrétion de ces hormones. La peur liée à cette mise en danger est alors « endormie » par ces drogues, ce qui « endort » du même coup le traumatisme lui-même. Voir cet article pour plus d’infos : https://blogs.mediapart.fr/muriel-salmona/blog/041012/memoire-traumatique-et-conduites-dissociantes

Enfin, le processus de « dissociation » que tu évoques dans ton article intervient-il dans tous les cas de viols ? Beaucoup ? Certains ?

Pour la dissociation, je n’ai pas de chiffres sous la main. Néanmoins, d’après un des conférenciers de l’inauguration du centre Citad’elles, environ 60 à 70 % des viols entraîneraient un syndrome de stress post-traumatique, qui s’accompagne quasi-systématiquement de dissociation. Cela donne donc une fourchette basse : la dissociation serait présente dans au moins deux tiers des cas de viols. Il peut toutefois y avoir une dissociation sur le moment sans qu’elle n’entraîne un syndrome de stress post-traumatique sur le long terme, donc la fourchette haute peut être bien plus élevée.

"Les accidents dans un système doivent se produire, mais il n’est pas obligatoire qu’ils produisent pour vous et moi." Laurence Gonzales - Deep Survival

+5 -0

D’ailleurs, cette présomption d’innocence concerne l’enquête juridique

rezemika

Je ne suis pas sûr que c’est ce que tu entendais mais la présomption d’innocence ne concerne pas que l’enquête juridique. Affirmer publiquement que quelqu’un à commis un acte pour lequel il n’a pas été condamné c’en est une atteinte pénalement répréhensible.

Mais par contre je suis d’accord avec toi sur une chose: le respect de cette présomption ne devrait en aucuns cas empêcher de croire la victime (ce qui ne veut pas dire condamner sans enquêtes, ni considérer son témoignage comme infaillible, mais considérer son témoignage comme hypothèse à vérifier dans le cadre de l’enquête.), commencer son accompagnement et la mettre à distance de la personne qu’elle accuse. Bien que ça puisse être vu comme un sorte de sanction pour une personne qui n’est pas condamnée, ne pas mettre ça en place c’est prendre le risque qu’il se venge ou recommence si il s’avérait être en effet coupable.

Édité par charlie02

+1 -0

Salut ! C’est justement cela que je voulais dire. :)

Le principe de la présomption d’innocence est souvent utilisé pour mettre en doute la parole de la victime, comme une sorte de joker pour éviter toute action de questionnement, d’aide ou de mise à l’écart. « Il y a la présomption d’innocence, donc je pense qu’il est innocent, donc je pense que tu mens », en gros. Pour le dire autrement, je critique le fait que cette expression soit utilisée par tout un chacun pour s’improviser juge d’une situation et en innocenter immédiatement l’accusé.

Pour aller plus loin, je me permets de rajouter quelques sources :

D’après la note de l’ONDRP, seules 19 % des personnes se déclarant victimes de viol se sont déplacées auprès de la police ou de la gendarmerie en vue de déposer plainte, et 13 % en ont déposé une. D’après le bulletin du Ministère de la Justice, seules 21 % des plaintes pour viol donnent lieu à une poursuite, les autres étant classées sans suites, ou parfois requalifiées en agression sexuelle (moins grave) par exemple.

Au vu de ces chiffres, il ne me semble pas absurde d’adopter une politique « inverse », visant à apporter une aide (psychologique, sociale, juridique, etc) maximale à toutes les victimes, quitte à faire passer au second plan la présomption d’innocence s’il le faut, dans l’optique de renverser cette tendance qui est visiblement structurelle. Ce ne serait, bien évidemment, pas une solution parfaite, loin de là, mais il me semble que ce pourrait être une des « moins pires », si l’on considère qu’une personne accusée à tord est un préjudice moins grave que dix personnes coupables et non inquiétées (je schématise mais c’est l’idée).

"Les accidents dans un système doivent se produire, mais il n’est pas obligatoire qu’ils produisent pour vous et moi." Laurence Gonzales - Deep Survival

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