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Les tengwar

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Les tengwar ("tèngouar", /tɛŋgwar/, « lettres » en quenya) constituent sans aucun doute l’écriture la plus emblématique (et la plus belle 1) de la Terre du Milieu. Généralement appelé « elfique », vous verrez que cette écriture sert en fait à écrire bien d’autres choses que les langues elfiques :) .

Au terme de ce chapitre, vous serez normalement à même de lire et d’écrire des choses comme cela :

La formule de l'Anneau de Sauron, par Ssolbergj (CC-BY-SA), via Wikimédia
La formule de l'Anneau de Sauron, par Ssolbergj (CC-BY-SA), via Wikimédia

  1. C’est du moins mon avis, qui est loin d’être objectif :-°

Sarati et valmaric, précurseurs des tengwar

Dans l’absolu, vous pouvez passer cette section : vous n’en avez pas besoin pour apprendre les tengwar. Mais l’histoire de ce système d’écriture peut vous intéresser.

Nous n’allons pas nous étendre beaucoup sur ce sujet, mais les tengwar ont plusieurs ancêtres :) : les étudier brièvement nous permettra de comprendre l’évolution des tengwar au cours de l’histoire fictive de la Terre du Milieu, ainsi que de son histoire réelle de construction par Tolkien.

Prem’s ! Les sarati

Le premier système d’écriture a été mis en place au Premier Âge, avant que le Soleil ne se lève, par un elfe appelé Rúmil : ce sont les « sarati » 1. Il a été mis au point par Tolkien vers les années 1919–1920, mais il est difficile d’en trouver une forme stable, parce que ce système d’écriture a été très retravaillé au cours du temps, puis (c’est mon impression) délaissé au profit des alphabets suivants. Un biographe de Tolkien, H. Carpenter, y voit un mélange d’Hébreu, de Grec et de sténographie, mais je suis plutôt sceptique. Jugez par vous-mêmes :

Lettre Son correspondant Lettre Son correspondant
Sarati t /t/ Sarati d /d/
Sarati f /f/ Sarati v /v/
Sarati x /x/ Sarati gh /ɣ/
Sarati þ /θ/ Sarati dh /ð/
Sarati s2 ou Sarati s /s/ Sarati z2 /z/
Sarati p /p/ Sarati b /b/
Sarati k /k/ Sarati g /g/
Sarati tch // Sarati dj //
Sarati ch /ʃ/ Sarati jz /ʒ/
Sarati ww /ʍ/ Sarati w /w/
Sarati st /st/ Sarati j /j/
Sarati h /h/ Sarati r /r/
Sarati n /n/ Sarati m /m/
Sarati l /l/ Sarati ng /ŋ/
Sarati, d’après l'image de Jugydmort (CC-BY-SA) via Wikimédia ; recoupé avec l'image de ZiTee (domaine public), via Wikimédia.

Vous remarquerez que la différence entre consonnes sourdes et voisées2 tient généralement à un redoublement de trait, caractéristique qui perdurera jusqu’aux tengwar finaux.

Mais attends, elles sont passées où tes voyelles ?

Effectivement, si vous avez lu le tableau ci-dessus en entier, vous aurez constaté la disparition de nos voyelles usuelles : a, o, u, etc. C’est qu’elles sont écrites sous forme de diacritiques, c’est-à-dire de signes au-dessus des lettres : ce sont en effet, pour Rúmil, les consonnes qui importent surtout, les voyelles se contentent simplement de « colorer » les mots. Les signes pour les voyelles sont les suivants :

Lettre Son correspondant
Sarati æ /æ/
Sarati a /a/
Sarati e /e/
Sarati i /i/
Sarati o /o/
Sarati u /u/
Schwa Sarati /ə/
Voyelles en sarati, d’une image du même Jugdymort, même licence, même plateforme.

On n’écrit généralement pas la voyelle a, car elle est sous-entendue : c’est la plus fréquente dans les langues de l’époque.
Le principe des voyelles sous formes sera également gardé dans les tengwar.

En fait, la plus grande différence avec les autres systèmes d’écriture, c’est que les sarati peuvent s’écrire dans n’importe quel sens : de droite à gauche, de gauche à droite, de bas en haut ou de haut en bas. Quelquefois même, il s’écrit en boustrophédon : de gauche à droite pour une ligne, puis dans l’autre sens pour la ligne suivante, etc.
Et à chaque fois, le sens des lettres change ! Les consonnes et voyelles que je vous ai présentées sont dans le bon sens si vous allez de haut en bas : vous devez les pivoter pour aller de droite à gauche, voire les renverser à 180° pour écrire de bas en haut.
Oui, c’est complexe. Et pourtant, Tolkien avait un livret dans lequel il n’écrivait qu’en sarati o_O
Enfin, pour que l’on repère l’ordre des voyelles (si elles se disent avant ou après telle lettre), pour une écriture haut-bas, on écrit une voyelle à gauche si elle vient avant la consonne ; et à droite pour le cas contraire. Et encore une fois, on pivote selon le sens d’écriture.

Ce n’est qu’un rapide aperçu, et il n’est pas nécessaire de vraiment connaître tout ça, sauf si vous être prêts à beaucoup suer pour pas grand-chose. Mais, auquel cas, je vous conseille fortement l'article sur ce thème de Tolkiendil (allez également voir la section « Voir aussi ») ainsi que ses nombreuses références. Notez qu’il existe également un système de notation numérique pour les sarati.

Il existe plusieurs polices d’écritures informatisées, si vous voulez pousser le vice jusqu’au bout, mais je crois qu’aucune ne gère le renversement des lettres :

Les écritures de transition

Il existe un certain nombre d’autres systèmes d’écritures, qui feraient le lien entre les sarati et les tengwar, mais on connaît peu dessus : commencés avant les années 1930, ils semblent avoir été peu développés par Tolkien.
On compte parmi eux le valmaric, sur lequel j’ai trouvé peu d’informations, si ce n’est une police d’écriture (encore) réalisée par Måns Björkman ; on trouve aussi les noms de « andyoqenya » et de « qenyatic », mais cela ne semble être qu’embryonnaire (je n’ai en tous cas aucune trace de cela).

Image d'écriture de valmaric, pour *Roverandom*, récit qui, étonnamment, ne se déroule pas dans la Terre du Milieu
Image d’écriture de valmaric, via le tumblr de Lintamande − image dessinée pour Roverandom, récit qui, étonnamment, ne se déroule pas dans la Terre du Milieu. Il est écrit « luwnr landskeyp », c’est-à-dire « lunar landscape » (paysage lunaire).

L’une des sources les plus précieuses et complètes que l’on ait sont les numéros 14, 16 et 18 du Parma Eldalamberon, journal d’étude des langues elfiques : mais il est difficile de remettre la main dessus − sauf sur l’index du dernier.


  1. Ce nom vient de « sar » ou « syar », signifiant « tracer » (source).

  2. Le voisement est ce qui la différence entre /t/ et /d/ ou /f/ et /v/, par exemple. Si vous ne saisissez pas cette différence, Wikipédia vous l’expliquera mieux que moi.

Les tengwar à la mode de chez nous

Commençons enfin le vif du sujet :-° . Les tengwar ont été inventées par Fëanor, environ 80 ans après la mise au point des sarati, pour pouvoir convenir à tous les langages parlés en Aman : il s’est grandement inspiré de l’alphabet de Rúmil, notamment en gardant le redoublement de boucles pour certaines consonnes voisées, et en permettant les voyelles écrites sous forme de diacritiques. Mais, heureusement, on retient généralement que cette écriture va de gauche à droite. Ouf :-° 1 .

Les tengwar originels ont pour but d’être logiques et intuitifs, comme vous pouvez voir sur cette image (ne l’apprenez pas, ce n’est pas l’important) :

Tableau tiré du [Tolkien Gateway](http://tolkiengateway.net/wiki/Tengwar#cite_ref-11) et modifié par mes soins pour coller à l'Alphabet Phonétique International
Tableau tiré du Tolkien Gateway et modifié par mes soins pour coller à l’Alphabet Phonétique International

Mais, depuis, figurez-vous, ça a changé − et différemment selon les lieux et les peuples. On a donc trois lectures possible d’un même caractère : chaque manière de lire les tengwar est appelé mode. Nous allons donc passer en revue chacun des modes principaux, que je vous conseille d’apprendre. Rassurez-vous, nous n’en verrons que 3 ― d’autres existent, et je vous donnerai les références pour les étudier.

Mode classique (aussi appelé mode quenya)

Le mode classique n’est utilisé que pour une seule langue : le quenya, langue déjà relativement âgée à l’époque du Seigneur des Anneaux.

Table d’équivalence

Chaque lettre porte un nom précis, mais je ne vous embarrasserai pas avec ça pour le moment.

Lettre Son Lettre Son Lettre Son Lettre Son
Quenya t /t/ Quenya p /p/ Quenya k /k/ Quenya qw /kw/
Quenya d /nd/ Quenya mb /mb/ Quenya ng /ŋg/ Quenya ngw /ŋgw/
Quenya th s /θ/, devenu /s/2 Quenya f /f/ Quenya x /x/ Quenya xw /xw/
Quenya nt /nt/ Quenya mp /mp/ Quenya nc /nk/ Quenya nkw /nkw/
Quenya n /n/ Quenya m /m/ Quenya nn /ŋ/ Quenya nw /ŋw/
Quenya r /r/ (fin de mot) Quenya v /v/ Quenya j ou Quenya jj /j/ Quenya w /w/
Quenya r /r/ Quenya rd /rd/ Quenya l /l/ Quenya ld /ld/
Quenya s1 ou Quenya s2 /s/ Quenya z1 ou Quenya z2 /sː/ (double s) ou /z/5 Quenya h /hj/ Quenya hw /hw/ ou /ʍ/
Quenya i /i/ ou /j/ Quenya u/w /u/ ou /w/ Quenya h /h/ - -
Mode classique des tengwar, principalement à partir de l'image de Axuan (CC-BY-SA), via Wikimédia. Les autres sources sont en fin de chapitre.

Il existe également quelques notations pour certaines suites de lettres, comme suit :

Quelques notations d'après [Omniglot](http://www.omniglot.com/writing/tengwar.htm)
Quelques notations d’après Omniglot.

Les voyelles, à nouveau, sont sous forme de diacritiques ― en fait, les deux semi-voyelles présentées dans le tableau des consonnes servent surtout pour écrire les diphtongues − c’est-à-dire quand deux voyelles se suivent) :

Voyelles en tengwar, d'après [Omniglot](http://www.omniglot.com/writing/tengwar.htm)
Voyelles en tengwar, d’après Omniglot3 4.

Vous voyez qu’il existe des porteurs, c’est-à-dire des lettres qui ne produisent aucun son, et qui ont pour seule mission de porter les voyelles. Il en existe un court (à gauche ci-dessous) et un long (à droite) : sur le second, la voyelle est doublée.

Porteur court Porteur long

Dernière chose, mais pas des moindres, une voyelle s’écrit, dans ce mode, au-dessus de la consonne qui la précède. Quand il n’y a pas de consonne avant la voyelle en question (c’est le cas pour un mot commençant par une voyelle), on la met au-dessus d’un des porteurs que je vous ai montré pus haut : par défaut, on utilise le court, sauf lorsque la voyelle est longue.

Mais nous allons revoir tout cela avec quelques exercices (optionnels mais conseillés :-° ).

Exercices

Vous pouvez faire ces quelques exercices avant ou après avoir appris le mode classique des tengwar, ou bien un peu avant et un peu après, comme vous le souhaitez.
Pour ceux qui n’auraient pas appris ce mode, je vous conseille le cours sur Memrise (ici une brève présentation de ce qu’est Memrise) et, si vous voulez faire ces exercices sans avoir à scroller, vous pouvez consulter la synthèse d’Axuan (CC-BY-SA). Les deux références proposées comportent certaines différences par rapport à ce que j’ai écrit, mais vous avez le principal.

Alphabet latin → Tengwar

Transcrivez dans le mode classique des tengwar les mots suivants :

  1. Tengwar
  2. Eru Ilúvatar
  3. Arda
  4. Valinor (c’est le nom du pays des Valar, en Aman)
  5. Endor (ça signifie « Terre du Milieu » en quenya − nom réutilisé consciemment par un certain George Lucas :-° )

Voici le corrigé :

Solutions
Solutions
Dans l’autre sens !

Pour cet exercice, je vais utiliser un poème écrit par Tolkien lui-même (pour le Seigneur des Anneaux), et calligraphié par Per Lindberg :

Poème en tengwar (mode classique) par Per Lindberg
Poème en tengwar (mode classique) par Per Lindberg

Vous pouvez, si vous voulez, en trouver la version complète sur le site de Måns Björkman.

Ignorez les signes en rouge, car il s’agit de la ponctuation, que l’on verra bientôt.

Enfin, le signe suivant représente un /sː/ (double s) :

Image utilisateur
Image utilisateur

La solution :

Version en alphabet latin :
Ai laurië 6 lantar lassi súrinen
yéni únótimë ve rámar aldaron

Version en Alphabet Phonétique International :
/ai laurie lantar lasːi suːrinɛn
jeːni uːnoːtime ve raːmar aldaron/

Ce poème s’appelle Namárië, et vous pouvez le trouver lu par Tolkien lui-même sur le site Glǽmscrafu, que je vous recommande vivement.

Mode général (aussi appelé mode sindarin)

Le mode général est, à ma connaissance, le plus utilisé, car il sert à écrire de nombreuses langues de la Terre du Milieu : le sindarin, comme le dit son nom, mais aussi le noir-parler, l’adûnaïc, et d’autres langues que nous verrons par la suite :) .

Table d’équivalence

En apprenant le mode classique, vous avez fait le plus dur du travail, car de nombreuses lettres se ressemblent ou sont très proches. Pour faciliter la comparaison, je vous mets en gras les tengwar qui ont pu changer :

Lettre Son Lettre Son Lettre Son Lettre Son
Quenya t /t/ Quenya p /p/ Quenya k /tʃ/ Quenya qw /k/
Quenya d /d/ Quenya mb /b/ Quenya ng /dʒ/ Quenya ngw /g/
Quenya th s /θ/ Quenya f /f/ Quenya x /ʃ/ Quenya xw /x/
Quenya nt /ð/ Quenya mp /v/ Quenya nc /ʒ/ Quenya nkw /ɣ/
Quenya n /n/ Quenya m /m/ Quenya nn /ɲ/ Quenya nw /ŋ/
Quenya r /r/ (fin de mot) Quenya v /w/ Quenya j ou Quenya jj /j/ Quenya w -
Quenya r /r/ Quenya rd /r̥/ ou /rh/ Quenya l /l/ Quenya ld /l̥/ ou /lh/
Quenya s1 ou Quenya s2 /s/ Quenya z1 ou Quenya z2 /sː/ (double s) ou /z Quenya h /h/ Quenya hw /hw/ ou /ʍ/
Quenya i /i/ ou /j/ Quenya u/w /u/ ou /w/ Quenya h - - -
Mode général des tengwar, principalement à partir de l'image de Axuan (CC-BY-SA), via Wikimédia. Les autres sources sont en fin de chapitre.

Vous voyez que, pour de nombreux cas, les lettres sont en quelque sorte « purifiées », c’est-à-dire qu’elles ne produisent plus qu’un seul son (par exemple /ŋgw/ devenant simplement /g/). Cela permet d’avoir des enchaînements de lettres plus libre, nécessaire pour pouvoir écrire plusieurs langues.

Les voyelles et les notations particulières sont les mêmes que pour le mode classique3, avec quelques différences/ajouts cependant :

  • Les voyelles se placent maintenant au-dessus de la lettre qui les suit, et non qui les précèdent. Il faut donc inverser l’ordre par rapport au mode classique.
  • Les lettres peuvent être nasalisées (c’est-à-dire que l’on ajoute un n ou un m) ou labialisées (ajout d’un w) respectivement par les signes suivants :

Signe de nasalisation Signe de labialisation

Vous allez voir avec les exercices.

Exercices

Alphabet latin → Tengwar

Transcrivez en mode général des tengwar les mots suivants :

  1. Lothlórien (pays elfe) ;
  2. Minas Tirith (ville humaine très importante au Troisième Âge) ;
  3. Fëanor (elfe, le plus grand artisan de toute l’histoire d’Arda) ;
  4. Celebrimbor (elfe, petit-fils de Fëanor, que certains d’entre vous connaissent déjà) ;
  5. Gwaith i Mírdain (peuple d’orfèvres guidé par ledit Celebrimbor).

Solution

Réponses
Réponses
Tengwar → Alphabet latin
Poème en sindarin, calligraphié par le même Per Lindberg
Poème en sindarin, calligraphié par le même Per Lindberg

Alphabet latin : Elbereth Gilthoniel
silivren penna míriel
o menel aglar elenath

Alphabet Phonétique International :
/elbereθ gilθoniel
silivren penna miːriel
o menel aglar elenaθ/

C’est le poème « A Elbereth Gilthoniel », paraissant plusieurs fois dans le Seigneur des Anneaux, qui a aussi été lu par Tolkien.
La calligraphie est disponible en intégralité sur : http://at.mansbjorkman.net/teng_illuminations.htm .

Mode du Beleriand

Plus qu’un mode ! Et, si vous avez appris les deux précédents, cela devrait être simple.

On sait, en fait, assez peu sur le mode du Beleriand. Son nom suggère qu’il a été utilisé au Premier Âge, au Beleriand (région engloutie à la fin du Premier Âge), mais on trouve plusieurs traces de cet usage au Deuxième Âge (notamment sur les portes de la Moria, comme nous le verrons après).
D’après les informations que j’ai pu trouver, ce mode n’est utilisé que pour le sindarin.

Table d’équivalence

Pour ce mode − rare particularité − les voyelles ne s’écrivent pas sous forme de diacritiques, mais de lettres normales. Seulement, il y a deux exceptions :

  • Les diphtongues, qui restent telles que vous les avez apprises ;
  • Les voyelles longues (comme le ó de Lothlórien), où l’on ajoute le diacritique de la voyelle au-dessus de la lettre (il y aura un exemple en exercice).

Les tengwar changeant par rapport au mode général (ou sindarin) sont mises en gras :

Lettre Son Lettre Son Lettre Son Lettre Son
Quenya t /t/ Quenya p /p/ Quenya k /k/ Quenya qw -
Quenya d /d/ Quenya mb /b/ Quenya ng /g/ Quenya ngw -
Quenya th s /θ/ Quenya f /f/ Quenya x /x/ Quenya xw -
Quenya nt /ð/ Quenya mp /v/ Quenya nc - Quenya nkw -
Quenya n /nː/ (double n) Quenya m /mː/ (double m) Quenya nn /ŋ/ Quenya nw -
Quenya r /n/ Quenya v /m/ Quenya j /ɔ/ Quenya w /w/
Quenya r /r/ Quenya rd /rh/ Quenya l /l/ Quenya ld /lh/
Quenya s1 /s/ Quenya s2 /y/ Quenya z1 ou Quenya z2 - Quenya hw /hw/ ou /ʍ/
Quenya i /ɛ/ Quenya u/w /u/ Quenya h g devenu ʔ Quenya h /h/
Beleriand a /a/ Short carrier /i/ Long carrier /i/ - -
Mode du Beleriand des tengwar, surtout à partir de l'image de Axuan (CC-BY-SA), via Wikimédia. Les autres sources sont en fin de chapitre.

Dernier point : les notations pour doubler les consonnes ne sont plus valides.

Exercices

Alphabet latin → Tengwar

Il s’agit de transcrire la dernière partie du poème « Elbereth Gilthoniel » que je vous ai présenté précédemment :

A Elbereth Gilthoniel
o menel palan diriel
le nallon sí dinguruthos
A tiro nin Fanuilos

Solution :

Dernière strophe de Elbereth Gilthoniel au mode de Beleriand
Dernière strophe de Elbereth Gilthoniel au mode de Beleriand
Vice-versa

Pour cet exercice, nous prendrons la fameuse inscription des Portes de Durin, à l’entrée de la Moria. Vous aurez peut-être un peu de mal à déchiffrer l’écriture, mais cela fait aussi partie de votre initiation aux tengwar :

Portes de la Moria
Portes de la Moria

La solution se trouve dans la légende de l’image, que j’ai tronquée :D :

Solution de la porte de la Moria − j'ai grisé le texte en anglais
Cela signifie : « Les Portes de Durin, Seigneur de la Moria. Parle, ami, et entre. Moi, Narvi, je les ai faites. Celebrimbor d’Eregion a tracé ces signes. » Les trois lettres (en haut à gauche et à droite, en bas au centre) signifient respectivement : q, n, et d. Je suppose donc qu’il s’agit des initiales de Celebrimbor, Narvi et Durin.

Comment déterminer le mode utilisé ?

Pour finir cette section, je vous propose de répondre à une question importante lorsque l’on est face à un écrit en tengwar : quel est le mode utilisé ? Comme les valeurs des tengwar sont différentes selon le mode, votre déchiffrage d’un même texte variera également selon le mode.

Voici le moyen de détermination de mode que je vous propose :

  1. Le plus simple est de savoir si l’on a affaire au mode du Beleriand : l’absence ou la rareté des diacritiques, la présence de certaines lettres particulières, utilisées seulement dans ce mode, et la présence de porteurs sans diacritique permet de détecter ce mode.
  2. Pour faire la différence entre le mode classique et le mode général, vous pouvez vous servir du contexte : si le texte n’est pas écrit en quenya, alors on utilise le mode général. Par ailleurs, si vous ne connaissez pas la langue du texte, cherchez des porteurs courts aux extrémités des mots : si vous trouvez des porteurs courts au début du mot, vous avez affaire au mode classique ; inversement, si c’est à la fin des mots, c’est le mode général. En effet, le mode classique positionne une voyelle au-dessus de la lettre qui la précède : un mot qui commence par une voyelle devra donc comporter un porteur court au début − inversement pour le mode général.

Ce modus operandi est assez utile pour identifier rapidement le mode utilisé, mais il nécessite un texte assez long pour trouver des porteurs cours aux extrémités : s’il ne s’agit que d’un mot ou de deux, j’ai bien peur que vous ne puissiez déterminer le mode par vos propres moyens − il faut chercher dans un dictionnaire, comme Tecendil, la langue des mots concernés.


  1. En fait, c’est plus compliqué que ça : « Fëanor avait conçu ses tengwar avec des formes convenant mieux à la main droite qui étaient considérées comme les formes « correctes » ; par conséquent, les tengwar étaient normalement écrites en partant de la gauche avec la main droite, en particulier dans les livres et les documents publics. Si elles étaient écrites avec la main gauche (comme souvent dans les lettres et les documents privés) les tengwar étaient inversées et étaient correctes dans un miroir. Avec les « runes » de formes et d’agencement plus élaborés, l’inversion devint significative, et il n’y avait plus de différence de commodité entre les deux mains. Elles étaient écrites (ou taillées) dans n’importe laquelle des deux directions, ou en alternance. » (Source).

  2. Comme dans le mot « Sauron », par exemple.

  3. Il existe aussi le point souscrit (c’est-à-dire écrit sous une lettre), dont l’usage est plus marginal. Voir l’écrit de D. Giraudeau sur le sujet.

  4. Ne faites pas attention aux crochets qui entourent les voyelles. Considérez ça comme des équivalents de mes barres obliques, pour marquer la prononciation ― même si c’est plus compliqué que ça.

  5. Cette lettre représente le son /z/, sauf dans un dialecte du quenya, le ñoldorin, où elle représente le sː/. Sources : 1 et 2.

  6. Il est d’usage de mettre un tréma sur un "e" lorsqu’il est en fin de mot ; de même, on met généralement un tréma sur une voyelle lorsqu’elle est suivie ou précédée d’une autre voyelle. Cela permet d’indiquer que les deux voyelles se prononcent distinctement (comme dans « Sinaï », où le tréma insiste sur le fait que l’on prononce /i/ après /a/ et non /sine/, "siné") ; le tréma sur le "e" indique qu’il n’est pas muet.

En bonus : les signes de ponctuation

Pour finir, nous allons voir très rapidement les principaux signes de ponctuation :

D'après TheOneRing.net
D’après TheOneRing.net

Ces correspondances ne sont pas absolues, car l’usage est assez flexible. Par exemple, vous pouvez voir sur les portes de Durin que le signe : est utilisé au début d’une phrase (alors qu’il correspond à un point) : prenez donc le contexte en considération, sans quoi votre savoir sera inutile.

Pour plus de détails sur la ponctuation en tengwar, vous pouvez consulter (en anglais) : http://www.at.mansbjorkman.net/teng_punctuation.htm

Pour aller plus loin : polices, sources et curiosités

La quasi-totalité de mes références sont malheureusement anglophones.

Il existe d’autres modes que ceux présentés ici, mais ils sont beaucoup moins répandus : Tolkiendil les explique ici, en français.

Sources sur les modes du tengwar :

Pour en savoir plus sur les tengwar, je vous conseille fortement le site de Mellonath daeron, qui porte sur les langues elfiques de la Terre du Milieu, avec une page dédiée à l’usage des tengwar (écrire des chiffres, etc.), ainsi qu’un inventaire très précis des inscriptions en tengwar données par Tolkien. L’écriture des chiffres est aussi détaillée en français sur le site du Tolkiendil, sur cette page et celle-ci.

Plusieurs tutoriels existent, pour écrire des langues réelles en Tengwar :

Enfin, plusieurs polices d’écriture en tengwar ont été faites. Je vous mets les liens vers plusieurs pages récapitulatives :


Voilà, je vous propose d’en rester pour les tengwar : si vous retenez tout ce que l’on a vu, vous en saurez déjà plus que moi-même :D 1

Pour les curieux qui tenteraient de transcrire l’inscription que j’ai présentée en introduction, voici la solution :

Ash nazg durbatulûk, ash nazg gimbatul
Ash nazg thrakatulûk, agh burzum-ishi krimpatul

Je suppose que cela ne correspond pas exactement à ce que vous aviez trouvé, car la formule utilise le mode général avec plusieurs exceptions propres au noir-parler, exceptions que nous verrons en étudiant ce langage.

Pour le moment, je vous propose de continuer à étudier les écritures, en nous penchant sur les runes.


  1. Parce que, non, je n’ai pas appris les Sarati (pas encore :3).