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La créativité : l'innovation vue par la science

Ce que les neurosciences et la psychologie cognitive nous disent sur les créatifs

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L'innovation et la créativité sont devenues des valeurs importantes en ce début de siècle. On retrouve cette importance de la créativité dans les représentations médiatiques du milieu professionnel, et notamment dans les discours d'entrepreneurs ou d'économistes. On en retrouve la trace dans les débats sur l'éducation. Beaucoup veulent modifier le système scolaire ou les méthodes d'enseignement pour faciliter l'acquisition de capacités créatives, améliorer la créativité et l'innovation.

Mais qu'en dit la science ? Parce que oui, la créativité a été étudiée par plusieurs sciences. La première d'entre elles est la psychologie cognitive, la science qui étudie la manière dont les humains réfléchissent, pensent, perçoivent leur environnement. Car créativité et pensée sont liées : est créatif celui qui pense différemment des autres, celui dont la pensée peut fournir des solutions originales et incongrues pour résoudre un problème. Cette définition de la créativité est relativement simple, même si d'autres définitions plus précises existent. Dans ces conditions, on peut se demander ce qui se passe dans la tête de quelqu'un lorsqu'il trouve une solution créative : quels sont les facteurs intellectuels (on dira plutôt cognitifs) qui jouent sur la créativité ?

Obstacles à la créativité

Pour trouver quelque chose de créatif, notre cerveau doit penser hors du cadre. Mais de nombreux obstacles l’empêchent. Certains de nos mécanismes de raisonnement et de réflexion nous empêchent de réellement penser hors du cadre et d'être créatif. Nous allons passer en revue ceux-ci.

Cadres mentaux

Les connaissances antérieures vont intervenir dans la représentation du problème, et influer sur la capacité d'imagination ou de fabrication d'alternatives. Cela vaut pour la créativité, mais aussi généralement pour le raisonnement et la résolution de problèmes. D'ordinaire, l'influence est positive pour la résolution de problème, même s'il existe des cas où l'influence est négative : on parle de cadre mental.

Catégories connues

Diverses expériences ont montré que les catégories présentes en mémoire jouent un grand rôle dans la structuration des idées créatives : les nouvelles idées reprennent souvent des catégories antérieures, légèrement modifiées. La fabrication d’alternatives est ainsi restreinte, limitée par les bornes des catégories sous-jacentes. Par exemple, imaginer une nouvelle espèce d'oiseau pour un projet de film donnera très souvent un résultat qui possède des ailes. Les recherches les plus connues sur le sujet sont celles de Ward (les références vers ces études sont disponibles ici : Page personelle de Ward).

Comme exemple d'étude similaire, on peut citer l'étude de Marsh, Landau et Hicks, datée de 1996. Dans cette étude, les sujets devaient imaginer un animal extraterrestre, et avaient la consigne de donner des animaux qui soient les plus différents possible des animaux terrestres. Les sujets recevaient 0, 1, 3, 6, ou 9 exemples d'animaux juste avant d'imaginer le nouvel animal, exemples qui avaient souvent des antennes, quatre jambes, ou d'autres propriétés partagées. Les chercheurs ont ensuite mesuré le nombre d'animaux extraterrestres imaginés qui possédaient les mêmes propriétés que les exemples : cette proportion dépendait directement du nombre d'exemples donnés juste avant (avec une belle proportionnalité).

Fixité fonctionnelle

De même, on a tendance à utiliser les choses de manière habituelle, sans penser qu'elles peuvent servir à autre chose : c'est la fixité fonctionnelle.

L'exemple le plus couramment cité dans la littérature est celui du problème des bougies de Dunker. Ce problème est relativement simple. Je souhaite fixer une bougie sur un mur. Je dispose d'une bougie, d'une boite d'allumettes, de punaises, et d'allumettes (placées en dehors de la boite). Comment faire ?

La solution est de fixer la boite d'allumettes au mur avec les punaises, et de placer la bougie dans la boite (ouverte). Mais rares sont les sujets qui trouvent la solution du premier coup : la plupart partent sur de fausses pistes, et ne trouvent qu'après un certain temps. Les protocoles verbaux nous disent que la cause est simple : c'est l'incapacité d'imaginer que les objets mentionnées dans l'énoncé du problème servent à autre chose que ce pour quoi ils servent au quotidien.

Biais d'ancrage

Comme autre exemple, un sujet aura tendance à réutiliser les stratégies de résolution de problème qui ont marché auparavant, même s'il y a une solution plus simple qui mène à la solution : on parle de biais d'ancrage. Généralement, ce biais se développe quand un sujet est confronté à de nombreux problèmes qui se résolvent exactement de la même manière, sans rien changer à la procédure utilisée.

Informations inutiles

Autre obstacle : la présence d'informations inutiles dans l'énoncé. Toutes les informations de l'énoncé ne sont pas forcément utiles pour résoudre un problème. Or, la majorité des cobayes est incapable de sélectionner convenablement les données du problème : ils cherchent à résoudre le problème en utilisant toutes les données du problème, sans exception. Ils ne pensent pas à mettre de coté certaines données inutiles ou superflues.

Donnons un exemple :

50% des personnes dans la ville de Topeka, au Japon; n'ont pas jugé utile de faire paraître son numéro de téléphone dans l'annuaire. Parmi ces personnes, la majorité sont des hommes : 70% plus exactement. Je prends 200 personnes au hasard dans l'annuaire, dont 53% sont des hommes : quelle est la quantité de personnes qui n'ont pas jugé utile de faire paraître leur numéro ?

Mine de rien, il y a une grande probabilité que vous vous trompiez.

Contraintes inutiles

Quand on tente de résoudre un problème, il arrive souvent que l'on déduise des contraintes inutiles, qui viendront se camoufler dans le modèle mental. Se rendre compte que ces contraintes sont inutiles et ne plus les prendre en compte est alors une étape importante pour trouver la solution.

Par exemple, regardez ce problème :

Dans la figure ci-dessous, essayez de relier tous les points avec une seule ligne continue, composée de quatre segments :

Problème des nine dots

Il s'agit d'un problème particulièrement dur : seuls 10% des sujets auxquels on présente le problème arrivent à le résoudre en moins de 10 minutes. Et c'est justement parce que les sujets ajoutent une contrainte en trop : rester dans le carré formé par le cadre. C'est ainsi que la réponse qui suit n'est généralement pas trouvée :

Solution au problème des neufs points

L'Insight

Si les obstacles à la créativité sont légion, les sujets arrivent tout de même à les surmonter dans certaines situations. Les mécanismes qui permettent ce genre de prouesses, et ont été identifiés par les chercheurs, qui ont trouvé deux de ces mécanismes :

  • l'insight ;
  • et la pensée divergente.

Qu'est-ce que l'insight ? Je suis sûr qu'il vous est déjà arrivé de chercher durant des heures la solution à un problème, d'avoir l'impression de tomber dans une impasse, et de trouver brutalement la solution, celle-ci arrivant sans prévenir, sans même qu'on réfléchisse au problème. La découverte de la solution est alors brutale, arrive sans prévenir : le sujet sait que la solution trouvée est vraie. On qualifie cette découverte instantanée de la solution, consécutive à une impasse, d'épiphanie ou d'insight.

Les interrogatoires de chercheurs et artistes reconnus pour leur créativité semblent indiquer que de nombreuses découvertes ou créations se font justement par insight. L'exemple le plus célèbre de situation de ce genre est l'anecdote attribuée à Archimède. Celui-ci devait trouver la solution à un problème donné par le tyran de Syracuse, Hiéron 2. Le problème était le suivant : le tyran avait donné de l'or à un orfèvre pour fabriquer une couronne, et il voulait vérifier que la couronne était bien en or (pour voir si l’orfèvre l'avait volé ou non). On raconte qu'après plusieurs jours de réflexion, Archimède aurait trouvé la solution dans son bain, et aurait crié Euréka, avant de se mettre à courir tout nu dans la ville sous le coup de l'émotion…

Problèmes d'insight

Lors de leurs recherches , les chercheurs ont rapidement remarqué que tous les problèmes ne donnent pas lieu à un insight : seuls certains problèmes bien particuliers semblent pouvoir être résolus de cette façon. Les chercheurs ont accumulé une petite banque de problèmes standards pour faire leurs expériences. Certains de ces problèmes sont des problèmes classiques, qu'on trouve souvent dans des livres d'énigmes. Ils sont assez disparates, mais les psychologues utilisaient ceux-ci dans leurs premières recherches sur l'insight, faute de matériel plus fiable.

Les rébus et anagrammes sont aussi des problèmes d'insight relativement communs. Ils ont commencé à être utilisés récemment, quand les psychologues recherchaient des problèmes standardisés pour étudier l'insight. Les psychologues utilisent aussi des tests d'association à rebours. Dans ces tests, on présente trois mots au sujet, qui doit trouver un mot associé aux trois mots présentés.

Certains problèmes solvables par insight de ce genre sont des problèmes mathématiques. L'exemple le plus utilisé dans la recherche est celui-ci :

Prenons un plateau d'échecs. Enlevons deux cases situées dans les coins du plateau, les deux étant placées à l’extrême sur une diagonale. Prenons maintenant des dominos, composés chacun d'une case noire, concaténée à une case blanche. Essayez de placer 31 dominos sur le plateau.

C'est impossible : le plateau auquel on a enlevé les deux cases contient 30 cases blanches et 32 bases noires : on ne peut pas placer 31 dominos, vu que cela demanderait d'avoir 31 cases blanches et 31 cases noires.

Vous remarquerez que ce sont des problèmes pour lesquels les tentatives les plus évidentes pour résoudre le problème sont infructueuses : la façon dont est présenté le problème met le sujet sur de fausses pistes, et le sujet tombe rapidement dans une impasse. On ne peut résoudre ces problèmes qu'en reconfigurant sa manière de voir le problème, en pensant autrement, en pensant hors du cadre : le lien avec la créativité est évident.

Théories de l'insight

Les chercheurs ont inventé plusieurs modèles de la créativité par insight, différents des modèles sur les autres formes de créativité. Dans les grandes lignes, seuls trois modèles ont réussi à s'imposer :

  • le modèle de Wallas ;
  • la théorie de la représentation fonctionnelle ;
  • et la théorie du progrès satisfaisant.

Modèle de Wallas

Le modèle de Wallas est un modèle établit après des études expérimentales couplées à l'étude de plusieurs savants qui devaient raconter comment ils ont procédé pour effectuer leurs découvertes. Ce modèle stipule que le processus créatif est un processus en cinq phases. Il a depuis été adapté par l'usage en un modèle à quatre phases :

  • la préparation ;
  • l'incubation ;
  • l'illumination ;
  • la vérification.

La préparation est le moment où le sujet va accumuler des informations sur le problème à résoudre et générer des idées. Le sujet va prendre connaissance du problème et tenter de le résoudre, avant d'arriver à une impasse.

Le sujet va accumuler des connaissances reliées au problème à résoudre, et tenter de résoudre le problème par lui-même : il va alors tenter diverses pistes, mobiliser ses connaissances, et procéder par essais et erreurs. La réflexion est alors consciente, délibérée, volontaire : le sujet pense.

Mais cette phase est infructueuse : le sujet se perd dans de fausses pistes, qui mènent à une impasse. Le sujet est alors bloqué et ne sait plus comment prendre le problème, n'a plus de pistes utiles. C'est une caractéristique des problèmes qui demandent de la créativité pour être résolus : ce sont des problèmes dont la formulation place le sujet sur de fausses pistes. Trouver la solution demande de penser hors du cadre.

Vient ensuite la phase d'incubation. Durant cette phase, le sujet ne va pas penser consciemment au problème posé, et va cesser de persévérer dans les fausses pistes précédentes. On suppose que le sujet va traiter inconsciemment les informations du problème, afin de restructurer sa représentation du problème.

Une fois que la représentation du problème est restructurée, la solution jaillit alors sans crier gare : c'est l'illumination. Le sujet ne voit pas venir cette phase : il ne sait pas dire s'il s'approche de l'insight ou pas, et est surpris quand il trouve la solution, qui a l'air de sortir de nulle part.

Vient ensuite une phase de vérification, où le sujet vérifie que la solution trouvée est valide.

Reste que cette théorie ne fait que décrire le processus créatif, mais n'en explique pas les mécanismes. Il ne dit pas comment des processus comme l'inhibition ou la mémoire sont mis en jeu pour donner naissance à l'insight.

Théorie de la représentation fonctionnelle

La théorie de la représentation fonctionnelle est la première théorie à tenter d'expliquer l'insight, au lieu de simplement le décrire. Selon cette théorie, la manière dont le problème est représenté en mémoire va jouer sur la découverte de la solution. Ainsi, de nombreux problèmes sont difficiles à résoudre parce qu'on ne les prend pas par le bon bout, et que l'on ne les représente pas convenablement dans notre tête.

Par exemple, le problème suivant fait partie de ce genre de problème :

Des nénufars fleurissent sur la surface d'un étang. Le premier nénufar est apparu le premier jour. Le nombre de nénufars double tous les jours, si bien qu'au bout de 30 jours, l'étang est totalement recouvert par les nénufars. En combien de jours l'étang a-t-il été recouvert à moitié par les nénufars ?

Généralement, cette mauvaise représentation du problème peut provenir du fait que certaines informations nécessaires pour résoudre le problème ne sont pas prises en considération : le sujet ne repère pas qu'une information peut lui servir, ou ne détecte pas quelque chose d'important. Le problème tient alors dans la non-perception d'informations pertinentes.

Cette représentation est composée de l'ensemble des éléments du problème et des concepts impliqués, et des relations que ces éléments entretiennent. Les éléments et relations présents dans cette représentation sont identiques à ce qu'on trouve dans la situation réelle du problème : on parle parfois de modèle mental. Ce modèle mental peut servir à faire des déductions, voire simuler mentalement la situation modélisée.

Quand on présente un problème à quelqu'un, celui-ci va automatiquement construire un modèle mental de ce problème, et l'utiliser pour chercher la solution. L'insight survient quand le modèle mental est restructuré, permettant alors à des connaissances pertinentes de s'activer en mémoire, là où l'ancien modèle laissait ces connaissances inactives.

Une première méthode de restructuration du modèle mental est la relaxation des contraintes, à savoir la non-prise en compte des contraintes inutiles.

Un autre mécanisme de restructuration consiste à décomposer chaque élément du problème en ses parties : c'est la décomposition des chunks. Dans certains cas, cela peut permettre au sujet de recombiner les éléments du problème, et de le regrouper différemment. Les structures utilisées pour former le modèle mental sont alors totalement changées, faisant apparaitre de nouvelles relations.

Théorie du triple processus

Selon Sternberg, trois processus peuvent mener à une réorganisation de la représentation du problème :

  • l'encodage sélectif, qui choisit les informations pertinentes à prendre en compte lors de la résolution du problème ;
  • la combinaison sélective, qui combine les informations du problème en structures, ou qui modifie des structures préexistantes ;
  • la comparaison sélective, qui cherche dans la mémoire quelque chose qui ressemble aux structures formées : des situations ou structures analogues, des objets similaires aux éléments, etc.

Théorie du critère de progrès satisfaisant

La théorie du critère de progrès satisfaisant se base sur un modèle de la résolution de problème nommé le modèle modal de la résolution de problème. Pour simplifier fortement, celui-ci stipule que résoudre un problème consiste simplement à planifier une série d'étapes qui mène à la solution. Le sujet planifie chaque étape l'une après l'autre. La théorie stipule que l'on évalue notre progression au fur et à mesure que l'on joue un coup (que l'on passe une étape), en regardant si l'on se rapproche du but : si l'on s'est rapproché, on passe à l'étape suivante. Si ce ne n'est pas le cas, on rebrousse chemin.

Dans le cas des problèmes d'insight, le sujet planifie chaque étape l'une après l'autre, en pensant se rapprocher de la solution, alors qu'il se rend dans une impasse. Un peu comme un homme qui essaye d'aller sur la Lune en prenant un ascenseur : au cours de son trajet dans l'ascenseur, il se dit à chaque fois : « Je progresse, je me rapproche de la Lune de plus en plus ! ». L'insight provient quand on se rend compte que les progrès effectués jusqu'alors n'en sont pas : le sujet revient en arrière et reprend une autre route.

Sommeil

Chose intéressante, le sommeil a une influence positive sur l'insight : dormir après la présentation du problème peut favoriser l'apparition d'un insight. Si on présente un problème ou une situation à résoudre à un sujet, celui-ci réussit nettement mieux si on le fait dormir entre la présentation du problème et sa première tentative de résoudre le problème. Et cela ne vaut que si le sommeil paradoxal est conservé.

Et l'on sait que cela provient d'une consolidation des informations acquises lors de la journée : le sommeil permet au cerveau de réorganiser les connaissances acquises et de mieux les relier entre elles. Cette consolidation peut alors permettre de se libérer de l'influence des cadres mentaux ou d'une mauvaise organisation du problème. On peut citer comme exemple l'étude suivante : REM, not incubation, improves creativity by priming associative networks.

Cette consolidation correspond à une migration des connaissances d'une zone du cerveau chargée de leur enregistrement au néocortex. Plus précisément, les connaissances sont d'abord enregistrées dans l'hippocampe (une zone du cerveau chargée d'un apprentissage rapide) : les associations se forment dans l'hippocampe immédiatement, à la première présentation, mais sont relativement fragiles. Par la suite, les associations se développent dans le néocortex, quand elles sont réactivées lors du sommeil paradoxal : dans cette phase du sommeil, l'hippocampe réactive les concepts liés à l'apprentissage dans le néocortex, et consolide graduellement les associations dans le lobe temporal.

La pensée divergente

Il existe des cas où des artistes ou scientifiques n'ont pas forcément découvert ou créé quelque chose subitement. Songez que des découvertes scientifiques comme la relativité générale n'ont pas pu provenir d'une illumination soudaine : elles proviennent d'un travail acharné durant des années. Créativité et l'insight ne sont donc pas synonymes : des idées créatives peuvent aussi se former progressivement, lentement, par le biais d'une réflexion lente et prolongée. Aussi, divers modèles plus généraux de la créativité ont vu le jour.

Ces modèles se basent tous une capacité très liée à la créativité : la pensée divergente, c'est-à-dire la capacité à envisager un maximum de réponses possibles, à prendre plusieurs chemins pour trouver la solution. Cette pensée est à opposer à la pensée convergente, la capacité à trouver une seule solution à un problème.

Bien sûr, la pensée divergente n'est qu'une facette de la créativité : une fois les solutions trouvées, il faut encore évaluer si celles-ci sont crédibles. La pensée divergente n'est que la moitié du chemin, l'évaluation est l'autre moitié.

Tests de pensée divergente

Pour étudier la créativité, les psychologues ont fait la même chose que pour étudier l'intelligence : ils ont dû créer des tests de créativité. Il faut dire que la science demande de reproduire des résultats, ce qui demande un certain niveau de standardisation, standardisation qui ne peut être atteinte qu'avec des méthodes identiques entre chercheurs. Bien sûr, les chercheurs sont au courant des limites de ces tests assez simplistes.

La première tentative était celle de Guilford, dans les années 1967. Ces tests de créativité contiennent un ensemble de tests assez simples :

  • des tests de nommage d'histoires : le sujet reçoit une histoire, et il doit trouver un nom pour celle-ci ;
  • des tests d'association libre : on donne un mot au sujet en indice, qui doit donner un mot relié ;
  • des tests d'identification : on présente deux objets ou figures au sujet, qui doit trouver des propriétés partagées ;
  • des tests d'utilisation d'objets : on présente un objet à un sujet, qui doit inventer des scénarios d'utilisation pour cet objet, à quoi peut servir cet objet (par exemple, un verre en plastique peut servir de pot de fleurs, etc) ;
  • des tests d'association à rebours : on donne deux mots au sujet, qui doit trouver un mot entre les deux, un mot relié aux deux mots présentés ;
  • des tests de conséquences : le sujet doit trouver toutes les conséquences d'une situation incongrue.

Les réponses à ces tests sont évaluées selon leur bizarrerie ou leur rareté : plus une réponse est incongrue, plus elle compte. Par exemple, répondre "sert à boire" sera compté moins que "pot de fleurs" pour un test d'association à rebours avec un verre.

Flexibilité et fluidité mentale

Basés en partie sur les travaux de Guilford, Torrance a créé une seconde version de tests de créativité : les tests de créativité de Torrance. Dans la première version de ces tests, les résultats sont classés pour chaque épreuve suivant quatre caractéristiques :

  • la flexibilité mentale ;
  • la fluidité mentale ;
  • l'élaboration ;
  • et l'originalité.

La fluidité mentale est la capacité à créer un grand nombre de réponses en réponse à un problème. Évidemment, les réponses doivent être crédibles, pertinentes, possibles. Plus un individu est créatif, plus celui-ci a tendance à fournir un grand nombre de réponses face à un "stimulus".

La flexibilité mentale correspond à la variété des réponses. Plus les réponses sont variées, plus l'individu a une bonne flexibilité mentale.

Cette flexibilité correspond aux nombres de catégories de réponses. En effet, les réponses données par le sujet sont souvent faciles à classer : certaines réponses sont similaires et appartiennent à une même catégorie.

Par exemple, essayez de trouver un maximum d'utilisations possibles pour un verre en plastique. Des réponses comme "verre d'eau", "verre à vin", "pot de fleurs", "coupe pour sorbet", correspondent à une seule catégorie : dans tous les cas, le verre sert de récipient. Par contre, des réponses comme "passoire", "presse-papier", "mégaphone" (en enlevant le fond), ne sont pas du tout de la même catégorie.

Comme autre exemple, si on demande à un sujet de nommer un maximum de noms qui commencent par la lettre "A", des réponses faiblement flexibles donneraient : "Animal", "Ascaris", "Acarien", "Abeille", "Aigle". Une réponse à forte flexibilité donnerait "Armageddon", "Anorexie", "Améthyste", "Anormalité", "Action", "Arythmie".

Généralement, la créativité est bien corrélée à la flexibilité mentale : plus un individu est créatif, plus il donne de réponses variées, de catégories différentes.

L'élaboration correspond au nombre d'idées et d'information données pour chaque réponse. En clair, plus une réponse est élaborée, plus elle est détaillée, précise.

L’originalité correspond à la rareté statistique des réponses.

Associations mentales

Comme le disait Steve Jobs, "creativity is just connecting things" : la créativité consiste juste à connecter des choses entre elles. Et cette maxime est réellement le processus de base de la créativité, de la résolution de problèmes, et du raisonnement. Il faut dire que générer quelque chose d'original demande systématiquement de le fabriquer à partir de connaissances antérieures : les idées ne naissent pas de nulle part !

Ainsi, la mémoire est fortement impliquée dans la créativité. Plus précisément, la créativité se base essentiellement sur la mémoire sémantique. Cette mémoire sémantique est la mémoire des connaissances, des faits, des concepts, des catégories. Typiquement, c'est elle qui nous permet de mémoriser la date de la mort de Napoléon, la formule chimique de l'eau, ce qu'est un arbre, à quoi ressemble une chauve-souris, ou comment faire du café.

Les connaissances en mémoire sémantique ne sont pas isolées en mémoire, et sont reliées entre elles par diverses relations et associations. Ces associations permettent de représenter des relations entre objets, de les classer, de mémoriser les liens que des objets peuvent avoir entre eux. La mémoire sémantique est ainsi intégralement constituée d'un réseau de concepts, reliés entre eux par des relations : l'ensemble forme ce qu'on appelle un réseau sémantique.

Et la recherche d'une information dans ce réseau sémantique est la base de la créativité : créer consiste juste à activer les bonnes informations dans ce réseau, pour les associer. Cette recherche se fait en parcourant ce réseau d’interconnexions de proche en proche : ces associations sont autant de routes qui permettent d’accéder à l’information, et donc de s’en rappeler quand le besoin s’en fait sentir.

Pour détailler un petit peu plus, le processus de rappel consiste à activer les informations en mémoire : plus l’activation est forte, plus la probabilité de rappel est grande. Cette activation va se propager dans le réseau sémantique à travers les relations, ce qui peut potentiellement déclencher le rappel des informations voisines. Chaque information activera les informations reliées : elle peut servir d'indice de récupération.

Les connaissances antérieures à associer doivent s'activer en réponse à des indices de récupération pour être combinées en idées (créatives ou non). Et pour une efficacité maximale, il faut que le réseau sémantique soit organisé : plus les connaissances antérieures sont bien reliées entre elles, plus on les a comprises en profondeur, mieux c'est.

Cela peut permettre de surmonter l'influence des cadres mentaux, comme la fixité fonctionnelle : un grand nombre de connexions peut permettre d'activer l’information pertinente, et ainsi annuler l'effet de la fixité fonctionnelle.

Comme autre exemple, il se peut que certaines informations nécessaires pour résoudre un problème de manière créative ne soient pas prises en compte : le sujet ne repère pas qu'une information peut lui servir, ou ne détecte pas quelque chose d'important. Le problème tient alors dans la non-perception d'informations pertinentes, dont la cause tient souvent dans une mémoire sémantique mal configurée, pauvre en associations et connaissances antérieures.

Modèle Geneplore

Dans leur modèle Geneplore, Finke, Ward, et Smith font uniquement usage de la mémoire et de ses associations pour expliquer le processus créatif. Ils postulent que la créativité fait seulement appel à deux phases :

  • une phase générative, de création d'idées ;
  • et une phase exploratoire où les idées sont évaluées.

Le processus génératif associe des connaissances antérieures afin de former des structures préinventives, qui seront utilisées comme bases pour générer de nouvelles idées. Il est aussi utilisé pour faire des analogies, ou transformer des structures et connaissances existantes. Ces structures peuvent aussi être catégorisées de manière à réduire le nombre d'informations à traiter.

Par la suite, le processus exploratoire va alors chercher dans ces structures celles qui permettent de répondre au mieux au problème posé. Il va analyser les possibles fonctions de chaque structure, la présence de propriétés intéressantes, leurs limitations, etc.

Inhibition mnésique

Mais la créativité a quelque chose de spécial, comparé à une simple recherche en mémoire, comme on en trouve dans la résolution de problèmes ou le raisonnement : dans le cas de la créativité, les associations utilisées ou formées vont être des associations entre concepts lointains, éloignés dans le réseau sémantique, qui partagent peu de propriétés. Être créatif demande donc de passer outre les associations les plus évidentes et les plus fréquentes, pour se concentrer sur des associations éloignées, rares, incongrues.

Diverses études ont tenté de mesurer les connexions formées dans les tests de créativité simple, qui ne font appel qu'à des mots. On pourrait citer, par exemple, l'étude suivante : Assessing Associative Distance Among Ideas Elicited by Tests of Divergent Thinking. Et le résultat conforte l'intuition : les associations formées dans les tests de créativité relient des informations ou concepts éloignés.

Mais alors comment le cerveau fait-il pour passer outre les associations et informations habituelles, celles qui sont les plus proches dans le réseau et qui nuisent à la créativité ? Les théories précédentes passent ce problème sous silence. Mais on connait la réponse : le cerveau possède un mécanisme qui peut désactiver les informations sur demande. Ce mécanisme d'inhibition mnésique permet ainsi de ne pas se rappeler d'informations non pertinentes.

Ainsi, la découverte de la solution créative est perturbée par la présence d'informations trop proches dans le réseau sémantique. Pour que la pensée créative se mette en place, il faut que les deux processus n'utilisent pas d'informations évidentes, proches dans le réseau sémantique : le mécanisme d'inhibition doit désactiver ces informations, pour activer des informations moins évidentes, plus éloignées.

Inhibition latente

Les chercheurs ont aussi trouvé une implication dans la créativité de l'inhibition latente. Généralement, on ne fait pas attention aux stimulus ou aux informations habituelles : c'est ce qui est appelé l’inhibition latente.

Certains chercheurs supposent que les personnes pour lesquelles l’inhibition latente est plus faible ont de meilleurs scores aux tests de créativité. Du moins, c'est valable pour celles qui ont un QI supérieur à la normale et qui peuvent traiter les informations familières en plus des autres informations sans surcharger : les personnes avec un QI plus faible ou normal sont plus surchargées d'informations, ce qui nuit à la créativité.

Créativité et cerveau

Les neurosciences sont venues en renfort de la psychologie cognitive pour tenter de décrypter les mécanismes à œuvre dans la créativité. Les études sur le sujet sont des études de cas de patients qui ont des lésions au cerveau, et des études d'imageries cérébrale (qui se contredisent très souvent).

Études de cas

Il est aujourd’hui confirmé que des troubles dans le fonctionnement du cerveau peuvent drastiquement diminuer la créativité : des cas de patients atteints d'AVC ou de démence sont là pour le confirmer. Et la science a profité de ces cas pour tenter de localiser les circuits cérébraux impliqués dans le processus créatif.

Les premiers cas observés semblaient montrer une forte augmentation de la créativité causée par des lésions du lobe frontal, une zone du cerveau située sous le front qui est impliquée dans la prise de décision, la mémoire de travail, l'inhibition, etc. D'autres études semblent montrer une implication complémentaire des lobes pariétaux.

Les lobes du cerveau

La littérature mentionne :

  • un cas causé par une hémorragie cérébrale (Jon Sarkin, pour ceux qui connaissent) ;
  • un autre causé par la maladie de Parkinson ;
  • et des cas de démence fronto-temporale.

Chez ces derniers, les lobes frontaux et temporaux se dégradent avec le temps, comme dans une maladie d'Alzheimer. En conséquence, les fonctions intellectuelles sont altérées : les connaissances disparaissent, le vocabulaire atteint, la parole hésitante et lente, la planification est touchée, les capacités de raisonnement amoindries, l’inhibition atteinte, la mémoire de travail diminuée, et la personnalité potentiellement touchée.

Mais il arrive que certains patients commencent à avoir un intérêt accru pour l'art, la peinture, la musique, etc. Certains de ces patients sont même devenus des artistes confirmés, et vendent des tableaux de leur confection, alors que leurs troubles sont assez avancés. Les œuvres de ces patients semblent être plus déconstruites, déstructurées, bizarres, illogiques.

Dans une étude de cas assez célèbre, Miller et ses collègues ont observé le cas d'une patiente de 40 ans, enseignante en art et en peinture. Avant que la maladie se déclare, cette patiente dessinait des tableaux plutôt classiques, proches d'un style occidental, assez académiques. Mais après que sa maladie se soit déclarée et que la patiente ait commencé à perdre la parole, ses œuvres ont changé du tout au tout : elles devenaient beaucoup plus torturées, expérimentales, basées sur des thèmes mystiques, et étaient nettement plus colorées qu'avant.

Les chercheurs qui l'ont étudiée ont émis l'hypothèse que l'oubli des conventions artistiques apprises à l'école, causé par la maladie, a permis l'émergence de ce nouveau style chez cette patiente. De plus, les lésions cérébrales observées ont diminué l'inhibition en direction du lobe visuel, qui a pu s'exprimer pleinement.

Des études de cas ont aussi mentionné des diminutions de la créativité suite à des lésions aux lobes pariétaux. Ces lobes pariétaux sont impliqués dans la représentation de l'espace en trois dimensions, l'attention portée sur les objets, et la perception du toucher (le schéma corporel). Drago et ses collègues ont notamment étudié le cas d'un artiste de 78 ans qui voyait ses capacités diminuer, potentiellement à cause d'une altération de ses lobes pariétaux consécutive à une maladie similaire aux maladies d’Alzheimer et de Parkinson : la démence à corps de Lewy.

Au final, des lésions dans le lobe frontal semblent, selon certaines études, diminuer légèrement la créativité, alors que des lésions dans le lobe temporal semblent l'améliorer.

Conclusions (partielles)

Ces cas particuliers sont assez troublants, mais il reste à en faire la moyenne dans de véritables méta-analyses. Et là, les choses changent : on observe une diminution de la créativité quand elle est mesurée par des tests psychométriques, ou quand on regarde au niveau des œuvres produites… Il semblerait que les patients mentionnés plus haut (qui sont relativement rares) soient des exceptions.

Les études d'imagerie cérébrale ne sont pas vraiment plus concluantes, et les résultats sont souvent peu fiables, voire contradictoires. Pour ceux qui veulent creuser le sujet et avoir un peu plus de référence, je conseille la lecture de cet article : A Review of EEG, ERP, and Neuroimaging Studies of Creativity and Insight.

Quelques études ont suggéré que l'hémisphère droit serait plus impliqué dans le processus créatif que l'hémisphère gauche. Mais en réalité, ces études sont assez isolées, et sont peu nombreuses comparé aux études qui ne trouvent pas de spécialisation hémisphérique. La fameuse idée reçue comme quoi il y aurait un cerveau droit et un cerveau gauche est encore une fois réfutée.

Cependant, un consensus semble se dégager de ces études : le lobe frontal a une grande importance dans le processus créatif. Pour faire simple, le lobe frontal gère en partie la pensée divergente, de concert avec les lobes temporaux, le cervelet (oui…), les ganglions de la base, etc. En effet, le lobe frontal peut guider les autres aires du cerveau, et entretient des connexions avec le lobe temporal et pariétal. Le lobe frontal peut ainsi activer ou désactiver à la demande les connaissances stockées dans les autres aires du cerveau, permettant ainsi la formulation d’alternatives ou d'idées.

La créativité proviendrait alors d'une désinhibition qui permettrait à des aires cérébrales qui ne communiquent pas habituellement entre elles de s'échanger des informations : le lobe frontal laisserait les autres aires former des associations entre elles plus librement que d’habitude.

Facteurs personnels

Si psychologie et neurosciences collaborent pour étudier le processus créatif, la genèse des idées innovantes, d'autres domaines de la psychologie se sont intéressés à ce qui peut différencier les individus fortement créatifs des autres.

Intelligence

On pourrait croire qu'intelligence et créativité (pensée divergente) sont synonymes, même si cette affirmation demande de définir l'intelligence, ce qui est assez compliqué. Pour évacuer tout problème, nous allons utiliser une définition assez utilisée dans le domaine de la psychologie : l'intelligence est mesurée par les résultats aux tests d'intelligence, le QI. On pourrait débattre de la validité de ces tests, mais force est de constater qu'ils évaluent un grand nombre de capacités intellectuelles : connaissances générales, mémoire à court terme, inhibition, etc.

Les études sur le sujet sont assez contradictoires : certaines trouvent un lien assez spécial entre intelligence et créativité, tandis que d'autres n'en trouvent pas. Et le débat est clairement loin d'être terminé.

Les livres de psychologie mentionnent souvent l'étude de Getzels et Jackson, datée de 1962. Dans cette étude, les auteurs trouvent que le QI et la créativité sont corrélés pour les QI inférieurs à 120, mais que cette corrélation disparait au-delà. Cette étude a été reproduite par d'autres équipes (notamment dans une étude de l'université de Gratz, parue dans le journal Intelligence en 2013), qui ont retrouvé à peu près les mêmes résultats. On parle souvent de théorie du seuil : en dessous d'un certain seuil, on trouve une corrélation, mais pas au-delà.

Mais d'autres méta-analyses n'ont pas trouvé la moindre corrélation, même en dessous d'un QI de 120. Par exemple, une méta-analyse de Kyung Hee Kim ne supporte pas la théorie du seuil, et ne trouve que des corrélations négligeables entre intelligence et créativité.

Personnalité

Certains chercheurs se sont penchés sur la personnalité des individus reconnus comme créatifs, comme des artistes, des compositeurs de musique, des instrumentistes, des peintres, des écrivains, des scientifiques reconnus pour l'originalité de leurs recherches, etc. Et ces recherches semblent indiquer que la créativité est corrélée à des traits de personnalités ou des propriétés comportementales assez spécifiques.

Les créatifs sont souvent :

  • ambitieux ;
  • confiants en eux ;
  • anti-conformistes ;
  • individualistes ;
  • avec une bonne indépendance de jugement ;
  • ouvert aux nouvelles expériences ;
  • tolérants face à l’ambiguïté ;
  • et impulsifs.

Leur motivation à créer est aussi souvent importante. Il ne s'agit généralement pas d'une motivation motivée par les gains financiers, la reconnaissance des pairs, ou toute autre forme de motivation provenant de paramètres extérieurs : cette motivation, nommée extrinsèque, n'est pas la base de la créativité dans un domaine. La motivation des créateurs est souvent personnelle, liée à leurs envies et leurs passions : on parle de motivation intrinsèque, la motivation de ceux qui aiment ce qu'ils font.

Maladie mentale

Quelques études épidémiologiques ont lié la créativité à certaines maladies mentales, comme la schizophrénie ou les troubles bipolaires. Diverses corrélations semblent attester d'un lien : les personnes psychotiques sont légèrement plus créatives que la moyenne (et réciproquement), de même que les patients atteints de troubles bipolaires. On trouve aussi quelques similitudes entre patients schizophrènes et personnes créatives : schizophrènes et personnes créatives ont une inhibition latente faible, et de très bons scores de flexibilité mentale comparés à des sujets lambda.


15 commentaires

Passionnant, merci pour cet article. :)

D'ailleurs connais-tu le jeu du random words (mots aléatoire) ? Le principe est de placer un mot en dehors du champ sémantique d'une discussion que tu peux avoir avec quelqu'un. Pas besoin de compter les points, l'idée c'est d'être assez loin du sujet pour que ton correspondant ne te pose pas la question "qu'est-ce que tu veux dire ?" - ça implique qu'il connaisse aussi le jeu et qu'il réponde automatiquement par un random words. Finalement peut-être quand jouant relativement souvent on peut accélérer le processus de restructuration des neurones ? ;)

Tant de choses, tant de vies, tant de possibilités.

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Je penses que le lien entre créativité et QI est mal compris: Il s'agit d'un effet de seuil c'est à dire que au dessus de 120 le QI n'apporte pas de surplus de créativité en moyenne. sauf que ça n'empêche pas que les personnes avec un haut QI (au déla de 130) restent toujours plus créatives que celles qui sont dans la moyenne. Et que celles qui sont en dessous.

C'est assez simple à comprendre intuitivement: Pour créer il faut un minimum de capacité intellectuelle: Abstraction, connaissance de ce qui existe déjà, capacité à voir/comprendre le cadre pour pouvoir en sortir etc.. qui sont des compétences qui corrèlent très bien avec le QI.

Donc avoir un QI elevé est en moyenne bien synonyme d'une créativité plus forte!

A la lecture on aurait presque pu croire le contraire :)

"Il est vraiment regrettable que tous les gens qui savent parfaitement comment diriger un pays soient trop occupés à conduire des taxis et à couper des cheveux"

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Merci pour cet article.

Dans la partie « Informations inutiles », vous donnez comme exemple de problème le suivant.

50% des personnes dans la ville de Topeka, au Japon; n'ont pas jugé utile de faire paraître son numéro de téléphone dans l'annuaire. Parmi ces personnes, la majorité sont des hommes : 70% plus exactement. Je prends 200 personnes au hasard dans l'annuaire, dont 53% sont des hommes : quelle est la quantité de personnes qui n'ont pas jugé utile de faire paraître leur numéro ?

Je ne vois pas où sont les informations inutiles et j'ai l'impression qu'il en manque même : quelle sont les proportions de chaque sexe dans la ville ? En cherchant sur internet, je suis tombé sur cela : psychologie cognitive pour l'enseignant - résolution de problèmes.

Voici deux exemples de problèmes avec « information inutile » (je crois – en tout cas il s'agit de simplifier le « modèle mental » que l'on peut se faire de la situation au premier abord (ou pas si on a de la chance)).

  • On a une tige de 1 mètre de long sur laquelle on pose des fourmis. Chaque fourmi marche à 1 mètre par heure. Lorsque deux fourmis se rencontrent sur la tige, elles font demi-tour (c'est instantané et elles ne peuvent pas se croiser). Lorsqu'une fourmi arrive au bout de la tige, elle tombe. Sachant qu'il y a 10 fourmis sur la tige, mais ne sachant pas comment elles sont placées, combien de temps devez-vous attendre au maximum pour qu'elles tombent toutes ? (trouvé ici)
  • Un chien fait des allers-retours constamment entre ses maitres et une maison. Les maitres se déplacent à 5 kilomètres par heure, le chien à 10. Sachant qu'il y a une distance de 8 kilomètres entre la maison et les maitres, quelle distance totale le chien aura-t il parcouru à la fin de la balade ?

Voici une question sur culturemath qui fait appel à la même astuce que la première question : collisions.

Ça fait penser à l'idée de quotient en maths (lien). C'est marrant de voir comment des idées apparaissent de manière formalisable en maths et plus « floue » autre part (je m'étonne pour rien :D ).

Édité

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  • On a une tige de 1 mètre de long sur laquelle on pose des fourmis. Chaque fourmi marche à 1 mètre par heure. Lorsque deux fourmis se rencontrent sur la tige, elles font demi-tour (c'est instantané et elles ne peuvent pas se croiser). Lorsqu'une fourmi arrive au bout de la tige, elle tombe. Sachant qu'il y a 10 fourmis sur la tige, mais ne sachant pas comment elles sont placées, combien de temps devez-vous attendre au maximum pour qu'elles tombent toutes ? (trouvé ici)

Surtout ce que je ne comprends pas dans l'énoncé, c'est "lorsqu'une fourmi arrive au bout de la tige, elle tombe". Techniquement une tige, ça possède deux bouts ?! Donc qu'est-ce qu'il se passe pour la fourmi qui se trouve à la base de la tige ? Elle repart dans l'autre sens ?

  • Un chien fait des allers-retours constamment entre ses maitres et une maison. Les maitres se déplacent à 5 kilomètres par heure, le chien à 10. Sachant qu'il y a une distance de 8 kilomètres entre la maison et les maitres, quelle distance totale le chien aura-t il parcouru à la fin de la balade ?

C'est sûr qu'une partie de l'énoncé ne sert strictement à rien. Le chien a parcouru 16 Km, si et seulement si les maîtres tournent de manière circulaire autour de la maison (donc à distance constante).

Tant de choses, tant de vies, tant de possibilités.

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Pardon, j'ai mal posé la première question. En fait, la tige est positionnée horizontalement, elle flotte dans l'air. Quand une fourmi arrive à l'un des deux bouts, elle tombe. Mais sinon, on peut aussi considérer, comme vous dites, que l'un des bouts est la « base » et que les fourmis font demi-tour quand elles y arrivent. C'est la même idée qui est en jeu.

Ensuite, pour le chien, ça fait bien 16 kilomètres (tiens, ça tombe juste). Par contre, je ne comprends pas le « si et seulement si les maitres tournent de manière circulaire autour de la maison (donc à distance constante) ». On peut imaginer plusieurs mises en scène sur la même idée, mais celle que j'avais en tête, c'est avec des gens qui partent d'une première position et qui vont jusqu'à une deuxième (leur maison), avec 8 kilomètres de distance entre les deux.

En fait, je ne pense pas que ce deuxième exemple soit un cas d'« information inutile ». Le premier non plus d'ailleurs… L'information inutile dont l'article parlait, étais-ce l'enrobage du problème, l'histoire pour l'amener ? J'avais cru qu'il s'agissait d'« oublier une partie du problème », mais ça me semble moins psychologique en fait. Je ne comprends pas bien cette classification des « obstacles » et j'ai l'impression qu'il y a des recouvrements, que c'est un peu imprécis. Il faudrait tester avec des exemples de problèmes. Bref, c'est intéressant mais je n'y connais rien… comme tout, c'est très flou vu de loin.

C'est un détail, mais pour le problème des points à relier, j'aurais dit a priori que le cadre mental implicite dans lequel on se place est qu'un trait commence et se termine à deux points déjà placés… mais ça ne change sans doute rien à rien.

En ce qui concerne l'insight, c'est magique quand ça arrive d'un coup, quand on ne s'y attend pas (m'enfin, de là à se jeter nu dans la rue ^^ ) ! Parfois aussi, on « sent » qu'il y a quelque chose à trouver par là, et on y va progressivement (je ne parle pas d'appliquer une méthode connue). Je me demandais s'il y avait des travaux sur l'intuition en psychologie. En cherchant sur internet, on trouve une « Theorie de l'intuition dans la phenomenologie de Husserl », mais c'est un bouquin de philo, pas de psycho… Je suis aussi tombé sur ça, mais on dirait que l'auteur parle plus d'insight que d'intuition (qui serait plus une représentation mentale qui nous permet de sentir les choses sans entrer dans les détails) (séparation conscient/inconscient à réfléchir).

Ajout. En fait j'ai posté trop vite, je viens de trouver ceci que j'ai survolé et qui dit que l'insight est différent de l'intuition (confusion que faisait le premier lien de ce message).

Ajout. Je pense qu'une bonne image quotidienne et claire de ce qu'est l'intuition, c'est quand on lance un caillou : on a beau savoir viser en prenant en compte la gravitation, on est incapable d'expliquer quels sont les mécanismes à l’œuvre dans notre cerveau, quel est ce « modèle mental » (?) qui nous permet d'évaluer où le caillou va tomber.

Édité

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Ensuite, pour le chien, ça fait bien 16 kilomètres (tiens, ça tombe juste). Par contre, je ne comprends pas le « si et seulement si les maitres tournent de manière circulaire autour de la maison (donc à distance constante) ».

C'est pourtant évident :

Résolution du problème

Si les maîtres continuent à se déplacer sur le cercle (en se tenant donc à 8 km de la maison), le chien marchera toujours 8 km dans un sens et 16 km aller-retour. Si ils se détachent du cercle, le chien devra marcher un peu plus ou un peu moins et nous ne serions pas la distance exacte qu'il aura parcouru. Pour résoudre, il n'existe qu'une seule solution : dans le seul cas, où la distance entre les maîtres et la maison reste constante. :)

On peut imaginer plusieurs mises en scène sur la même idée, mais celle que j'avais en tête, c'est avec des gens qui partent d'une première position et qui vont jusqu'à une deuxième (leur maison), avec 8 kilomètres de distance entre les deux.

Sauf qu'ils se rapprochent de la maison. Donc le chien marchera bien 8 km à l'aller (c'est le même vecteur) et 4 au retour - puis-ce que le chien va 2 fois plus vite que ses maîtres, c'est donc la moitié du chemin entre la position initiale et la maison. Le chien marchera donc 12 Km. Ce qui ne correspond pas du tout à la solution de l'énigme. :p Edit : Après c'est vrai, qu'il n'y a pas de limitation dans le nombre d'aller-retour, du coup le chien si il repart à nouveau vers la maison avec ses maîtres, il aura bien fait 16 Km. Ça reste effectivement très flou comme approche.

Édité

Tant de choses, tant de vies, tant de possibilités.

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Si les maîtres continuent à se déplacer sur le cercle (en se tenant donc à 8 km de la maison), le chien marchera toujours 8 km dans un sens et 16 km aller-retour. Si ils se détachent du cercle, le chien devra marcher un peu plus ou un peu moins et nous ne serions pas la distance exacte qu'il aura parcouru. Pour résoudre, il n'existe qu'une seule solution : dans le seul cas, où la distance entre les maîtres et la maison reste constante. :)

Yarflam

Ah, ok ! J'ai compris ce que vous aviez compris.

Sauf qu'ils se rapprochent de la maison. Donc le chien marchera bien 8 km à l'aller (c'est le même vecteur) et 4 au retour - puis-ce que le chien va 2 fois plus vite que ses maîtres, c'est donc la moitié du chemin entre la position initiale et la maison. Le chien marchera donc 12 Km. Ce qui ne correspond pas du tout à la solution de l'énigme. :p Edit : Après c'est vrai, qu'il n'y a pas de limitation dans le nombre d'aller-retour, du coup le chien si il repart à nouveau vers la maison avec ses maîtres, il aura bien fait 16 Km. Ça reste effectivement très flou comme approche.

Yarflam

Oui, voilà, c'est ça la situation. Il n'y a pas de limite au nombre d'allers-retours (il y en a un nombre infini). Par contre, le chien ne parcourra pas 4 kilomètres au premier retour.

Sinon, avez-vous des idées pour éclairer ma lanterne concernant l'exemple de l'article (avec les téléphones au Japon) ? En supposant que la population se partage équitablement entre les deux sexes, je trouve un nombre non-entier de personnes qui n'ont pas fait apparaitre leur numéro parmi les 200 tirées (51.2% soit 102.4 personnes en moyenne).

Édité

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Staff

50% des personnes dans la ville de Topeka, au Japon; n'ont pas jugé utile de faire paraître son numéro de téléphone dans l'annuaire

Je crois que c'est là l'information importante, et que les informations sur les hommes ne sont là que pour nous perturber. 50% x 200 = 100 personnes n'ont pas jugé utile de faire connaître leur numéro. A vérifier, cependant.

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Salut !

Justement, les calculs sont plus compliqués. Imaginons qu'à la place de 70% d'hommes, on ait 100% d'hommes dans les personnes n'indiquant pas leur numéro. Toujours en supposant moitié-moitié des deux sexes dans la villes (ce qui n'est pas dit dans l'énoncé), cela veut dire que tous les hommes n'indiquent pas leur numéro et que toutes les femmes l'indiquent. Ainsi, comme on a 53% d'hommes dans les 200 personnes, on aurait 53% × 200 = 106 personnes n'indiquant pas leur numéro. On voit donc qu'il faut prendre en compte tous les facteurs donnés et même plus : les proportions de femmes et d'hommes dans la ville. Me serais-je trompé ?

Sinon, ça se fait avec des probas conditionnelles et je trouve ce que j'ai déjà dit (51.2%). D'ailleurs, ce problème m'a justement servi pour des cours de soutien en lycée.

Ce que je ne comprends pas maintenant, c'est qu'est-ce que l'on appelle « information inutile ». Est-ce l'enrobage du problème ? (est-ce que la difficulté pointée est d'internaliser l'énoncé ?) Ou est-ce que ça peut être plus dans le genre des deux problème que j'ai donnés (où il faut clairement modifier le modèle mental de la situation, où le « superflu » est plus caché même après mathématisation) ? Je n'ai pas l'impression qu'il y ait une rupture bien nette entre tous ces « obstacles ». Comme je l'ai déjà dit, je ne vois pas ça clairement.

Est-ce que ces obstacles correspondent à des phénomènes distincts dans le cerveau ? J'imagine que l'on n'en sait pas encore assez. Je me demande à quel point l'organisation d'un cerveau est « mécanique » (avec des processus bien distincts et bien organisés) et à quel point elle est « organique » (avec des idées qui se mélangent, des trucs pas fixés)… Ça fait penser à l'informatique, avec une part de mécanique et une part d'« organique » (hacking, LISP, bugs en tout genre, …).

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Arf ! Je viens de comprendre.

50% des personnes dans la ville de Topeka, au Japon; n'ont pas jugé utile de faire paraître son numéro de téléphone dans l'annuaire. Parmi ces personnes, la majorité sont des hommes : 70% plus exactement. Je prends 200 personnes au hasard dans l'annuaire, dont 53% sont des hommes : quelle est la quantité de personnes qui n'ont pas jugé utile de faire paraître leur numéro ?

Bah, si on les prend dans l'annuaire, c'est qu'il doit y avoir leur numéro… :p Bref.

Édité

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