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Pourquoi je fais du yoga

Plaisir, santé et conscience

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Il y a un an et des brouettes, je me suis mis au yoga et n’ai pas cessé de pratiquer depuis. Si cette activité se répand en Occident, ça n’en a pas moins resté une transition surprenante pour mon entourage (et pour moi !).

Je me souviens encore des remarques : plus ou moins étonnées, plus ou moins curieuses, plus ou moins compréhensives… Pour beaucoup, j’étais soit l’athlète en quête de souplesse, l’angoissé voulant se relaxer ou l’égaré à la recherche de spiritualité.

Ayant depuis rendues claires les raisons qui m’incitent à consacrer du temps au yoga, je me suis dit que je pourrais les poser sur le papier et les partager avec vous.

Mes propos s’appliquent uniquement à mon expérience du yoga Iyengar1 et ont une très forte nature anecdotique.

Plaisir

La première raison me poussant à pratiquer est la moins réfléchie : j’aime ça. Tout simplement.

Je n’envisage pas de vous convaincre avec cette raison très subjective, tout comme je peux difficilement vous prouver qu’il est agréable de se masturber. Je peux par contre identifier ce que j’apprécie.

Agréable physiquement

Pendant la séance, les étirements, bien qu’exigeants, aident à détendre les muscles. Ce qui fait que, après une séance, je me sens moins tendu, plus léger, moins fatigué. En d’autres termes : revitalisé.

Apaisant mentalement

Les postures sont exigeantes pour une personne aussi peu physiquement flexible que moi. Et surtout, elles ont été peaufinées pendant plusieurs décennies, si bien qu’il est toujours possible (à mon niveau du moins) de faire mieux : plus étirer sa cheville interne, utiliser la respiration plus efficacement, détendre ses yeux…

Il en découle que quand je fais du yoga, je pense exclusivement au moment présent et à mon ressenti. À tel point que je ne ressens aucune envie d’interagir avec les personnes autour de moi : seul compte ce que je fais. Et cette solide concentration focalisée sur soi est très relaxante, même si je ne saurais expliquer pourquoi.

L’expression « calme mental » me semble appropriée pour décrire ce que je ressens. Pour vous donner une idée, j’ai l’impression que c’est à l’opposé de quand je suis dans mon lit le soir et ne parviens pas à m’endormir à cause de mille et une pensées. Il semblerait que ça s’apparente à du flow.

En somme, une séance de yoga m’est agréable sur le moment à la fois physiquement et mentalement. Mais les bénéfices ne s’arrêtent pas à la fin de la session.

Santé

Le yoga m’est également avantageux sur le long terme. Par exemple, ma pratique m’a permis de redresser mon dos voûté et ma posture debout, altérée par ma cambrure. Les étirements dénouent les tensions dans les muscles et leurs effets perdurent après la séance. Ils m’aident aussi à développer ma souplesse : je peux alors plus apprécier mon corps au quotidien (je parviens presque à ma gratter le milieu du dos maintenant) et pendant que je grimpe (il est particulièrement agréable de pouvoir utiliser sa souplesse plutôt que sa force).

L’escalade fortifie les muscles et le yoga permet de les aligner avec le squelette. Ainsi, le corps garde une structure solide, m’évitant plus vieux de devenir un camembert, fondant au même rythme que la perte de vigueur musculaire.

Un autre aspect important est la respiration. Malgré l’omniprésence et l’importance de cette activité dans nos vies, personne, habituellement, ne nous enseigne comment nous servir de nos muscles pour faire pénétrer et expulser l’air de nos poumons de façon optimale. Je ne suis pas suffisamment avancé pour pratiquer le pranayama, mais les postures m’aident notamment à ouvrir ma cache thoracique (par exemple en étirant les muscles voisins).

Enfin, j’ai il n’y a pas très longtemps pris conscience de l’ancrage des émotions dans le corps. Par exemple, je perdais très facilement mes moyens au moment de parler en public. J’avais beau me sermonner moi-même, raisonner pour me convaincre de la stupidité d’un tel comportement, rien n’y faisait. Puis, un jour, je me suis rendu compte qu’au moment de lever la main en classe pour prendre la parole, mon rythme cardiaque explosait. Avant même de prononcer le moindre mot.

Or, s’il est relativement aisé de calmer le cerveau (« tout doux, il n’y aucun raison de s’affoler, tu te comportes de façon parfaitement irrationnelle et destructive »), influer son rythme cardiaque et la tension de ses muscles ne se fait pas en un claquement de doigt. Les postures de yoga fournissent des outils pour revenir la détente physique et donc au calme émotionnel. La concentration requise pendant la pratique permet de prendre conscience de son corps et de détecter ces tensions alors qu’elles sont encore bénignes.

Conscience

Dans le paragraphe précédent, j’ai parlé de la peur. Une autre émotion qu’on souhaite habituellement amoindrir est la colère. Or, là aussi, elle s’exprime par des signaux physiques : rythme cardiaque qui augmente, poings qui se serrent… Quand on a conscience de notre corps au moment présent, on peut détecter l’accélération du rythme cardiaque à ses prémices et agir immédiatement pour se calmer, ce qui est plus simple à faire que lorsqu’on s’est déjà mis à hurler sur l’autre, qui ne manque pas de rétorquer.

Ce point de vue à la troisième personne m’aide aussi à prendre conscience de mes automatismes, de deux types :

  • Physiques. Par exemple, contracter ses épaules ou voûter son dos quand on est à son bureau, respirer rapidement même si on ne fait pas d’effort physique… En escalade, je suis plus attentif à mes sensations, ce qui me permet à la fois d’y prendre plus plaisir et de détecter mes erreurs plus efficacement (serrer une prise avec excès, retenir son souffle, contracter des muscles sans raison…).
  • Mentaux, c’est-à-dire ce que je pense et, à fortiori, ce que je dis.

Attention, je ne prétends pas qu’il faut tout maîtriser ni même avoir conscience de tout. Je ne prétends d’ailleurs pas le contraire non plus et serais ravi d’échanger avec vous à ce sujet dans les commentaires. Il est simplement question ici d’acquérir des outils pour avoir la possibilité de lutter contre ses automatismes et ses émotions.

Merci de relire ce bloc avant de me qualifier de robot insensible.

Enfin, prendre conscience du moment présent me fait me sentir… plus vivant d’une certaine manière. Je ne saurais le formuler autrement. Il est très agréable de faire pleinement ce qu’on fait, sans penser à autre chose : on revient à la première partie. Notamment, le fait de moins de projeter dans l’avenir ou de ressasser le passé me donne le sentiment de mieux allouer ma plus précieuse ressource : mon temps. Mais là aussi, ça mériterait une plus ample réflexion. Peut-être dans les commentaires.


  1. Avec des professeurs certifiés. J’ai tendance à me méfier, peut-être à tort, de la frénésie commerciale dont le yoga fait l’objet.



Oui, je n’ai pas parlé d’énergie, de chakras et compagnie. Parce que je ne me suis pas fait d’opinion sur cette théorie sans support scientifique. Et de toute façon, y croire n’est aucunement nécessaire pour faire du yoga et bénéficier de cette pratique.

Et vous :

  • Avez-vous déjà envisagé de faire du yoga ?
  • Pourquoi ?
  • Connaissez-vous d’autres méthodes vous permettant de ressentir des émotions similaires et atteindre des objectifs semblables (notamment pour ce qui est de la conscience) ?
  • Partagez-vous ces objectifs ?
  • Pourquoi ?

3 commentaires

Salut,

Or, s’il est relativement aisé de calmer le cerveau (« tout doux, il n’y aucun raison de s’affoler, tu te comportes de façon parfaitement irrationnelle et destructive ») influer son rythme cardiaque et la tension de ses muscles ne se fait pas en un claquement de doigt.

Mmm… Si je puis permettre, je pense ici que tu opères une dualité esprit <> corps qui n’a pas lieu d’être. Le cerveau fait tout autant partie du corps, et c’est le corps entier (donc cerveau compris) qui est soumis au stress. Alors, certes, l’origine de l’épisode de stress vient de signaux interprétés comme dangereux par le cerveau, mais je veux dire, le fait que tu parviennes à rationaliser la situation et donc à ignorer ou minimiser ces signaux, n’implique pas pour moi que ton esprit est calmé et ton corps non. Il faut quoi qu’il arrive un certain temps à l’organisme entier pour dissiper les effets du stress.

Puis, un jour, je me suis rendu compte qu’au moment de lever la main en classe pour prendre la parole, mon rythme cardiaque explosait. Avant même de prononcer le moindre mot.

Si tu as un tempérament introverti, cela me paraît normal d’avoir des difficultés à prendre la parole en public. Pour être dans le cas cela a été un vrai baptême du feu. Pour ma part, c’est avant tout l’expérience qui m’a permis de surmonter cela. Après avoir posé l’une ou l’autre question ou répondu à l’une ou l’autre, j’ai fini par acquérir suffisamment d’assurance que pour ne plus être incommodé à ce point (mais cela reste un exercice que je n’apprécie guère).

Connaissez-vous d’autres méthodes vous permettant de ressentir des émotions similaires et atteindre des objectifs semblables (notamment pour ce qui est de la conscience) ?

bien, de ce côté, les émotions, justement. Aussi désagréable peuvent-elles être parfois, une émotion t’ancre littéralement dans le présent. Tu prends par exemple conscience de ton corps à l’instant présent si tu souffres, mais tu prends également conscience de ton bien être présent quand tu éprouves de la joie.

Édité par Taurre

+0 -0

le fait que tu parviennes à rationaliser la situation et donc à ignorer ou minimiser ces signaux, n’implique pas pour moi que ton esprit est calmé et ton corps non.

Tu as raison. :)

Pour ma part, c’est avant tout l’expérience qui m’a permis de surmonter cela.

Moi aussi. Honnêtement, le yoga n’est pas d’une aide très précieuse ici, même s’il est un peu utile quand même. Le bénéfice est surtout cette capacité à détecter les signaux physiques tôt.

Un professeur de yoga et méditation que j’ai eu m’expliquait qu’il a été, de mémoire, une vingtaine d’années alcoolique : en voyant un verre d’alcool, il ne pouvait s’empêcher de le boire. Il en est venu à méditer, ce qui lui a permis d’affiner sa sensibilité et de se rendre compte qu’avant l’envie irrépressible de boire, son corps lui envoyait un signal plus subtil. En détectant ce dernier, il pouvait alors éloigner le verre avant la catastrophe. Et à force de se contrôler de la sorte, l’envie a fini par disparaître (définitivement, ça je l’ignore).

Édité par Vayel

+1 -0

Très chouette billet !

Avez-vous déjà envisagé de faire du yoga ? Pourquoi ?

Oui, davantage pour son aspect spirituel que pratique. Mais étant très intéressé par les arts martiaux, j’ai fini par me tourner vers le karaté.

Connaissez-vous d’autres méthodes vous permettant de ressentir des émotions similaires et atteindre des objectifs semblables (notamment pour ce qui est de la conscience) ?

Non. Même si je gage que la méditation permette d’y aboutir.

En effet, tu as parlé de l’importance de la respiration. On ne nous apprend guère à respirer. Or s’il y a bien une chose à la base de la souplesse, c’est la respiration. On s’en rend compte quand on a peur, avec la tendance à être en apnée et à se raidir.

Partant de ce constat, étant donné que la posture et la respiration sont des éléments importants en méditation, je devine assez rapidement ses effets similaires au yoga — qui est, si je ne m’abuse, une forme de méditation.

Partagez-vous ces objectifs ? Pourquoi ?

Je pense avoir répondu par l’affirmative et expliqué en quoi je partageais ces objectifs. Je trouve plus intéressant d’entreprendre la démarche de se connaître que de s’en remettre aveuglément à un “coach” qui nous dilapide.

Et devenir une meilleure version de soi-même chaque jour nécessite de faire un travail sur soi que nul autre ne peut faire à ta place. Et pour ça, il faut parfois explorer des disciplines ou activités qui n’attirent pas forcément tout le monde pour ce qu’elles sont. Je ne parle pas du cas où : « Avec des professeurs certifiés. J’ai tendance à me méfier, peut-être à tort, de la frénésie commerciale dont le yoga fait l’objet. » Je partage d’ailleurs pleinement ton avis dessus. ;)

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