Sérieuse remise en question après 7 mois de doctorat

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Auteur du sujet

Bonjour à tous,

Cela fait 7 mois que j’ai commencé mon doctorat (en France), mais je me retrouve aujourd’hui démotivé et n’ai pas très envie de continuer. Je me tourne vers vous pour récolter quelques avis éclairés sur ma situation, voire des retours d’expériences similaires :) .

Motivations initiales

J’ai initialement choisi de faire ce doctorat après avoir travaillé 1 an en tant qu’ingénieur, dans le but de compléter ma formation initiale (assez généraliste) à des applications pratiques raccord avec mes convictions (ici apporter une dimension "environnementale"), puis devenir ingénieur R&D. Le doctorat que j’ai choisi correspond sur le papier au cahier des charges que je m’étais fixé. De plus, mes encadrants sont des pointes de leurs domaines, les discussions que j’ai pu avoir avec mon directeur de thèse avant de commencer ont été rares mais ne m’ont pas du tout fait fuir, et il s’agit d’une thèse CIFRE, donc intéressante pour basculer en tant qu’ingénieur R&D par la suite.

Déroulement des premiers mois

Si je fais un bilan de l’avancement de ces premiers mois de thèse, cela s’est plutôt bien passé : j’ai acquis de nouvelles compétences (2 mois d’apprentissage de nouvelles techniques prévus initialement avec mes encadrants), j’ai pu avancer sur la biblio de mon sujet, j’ai assez bien avancé sur le plan théorique et j’ai identifié les points durs auquels je serai confronté, j’ai pu faire quelques expériences et j’ai des débuts de résultats.

J’entretiens une bonne relation avec mes encadrants (au nombre de 4 !) qui semblent apprécier mon travail, et sont plutôt arrangeant en pratique. Avec mon directeur de thèse, malgré quelques difficultés à se comprendre parfois, on a des discussions intéressantes qui font avancer les choses.

Bref, sur le papier, aucun problèmes à l’horizon.

Désillusion et prises de tête

Tout paraît parfait sur le papier, mais en réalité, je ne vis pas très bien ma thèse : je ne me sens pas toujours à ma place (le fameux syndrôme de l’imposteur), j’ai parfois le sentiment de régresser, mais surtout la thèse est une telle charge mentale ! Je la retrouve dans les transports, sous la douche, à la cuisine, et le pire : la nuit. Pendant les séminaires de mes collègues, moments privilégiés de ma vie de doctorant pour voir et penser à "autre chose", je reste perdu dans mes pensées et je suis incapable de savoir ce qui a été dit : je me vois mal dans quelques mois moi-même présenter quoi que ce soit dans une conférence. Bref, elle occupe tellement mes pensées, que c’est un exploit que de mettre mon cerveau sur pause pour profiter des petites choses de la vie.

Comme beaucoup, je télétravaille ma thèse depuis mi-mars, ou devrais-je dire, je fais vie-commune avec ma thèse ! A partir de là ça a un peu dérapé : je ne respecte plus vraiment d’horaires fixes, mais surtout je travaille le week-end, et c’est un stress immense avant chaque réunion pour avoir du concret à présenter. Je garde de bonnes relations avec mes encadrants, même s’ils sont assez peu disponibles (enfants à garder). Coincé à la maison avec ma compagne, aussi compréhensive soit-elle, l’ambience est parfois électrique. J’ai du mal à faire des pauses et à m’arrêter, car n’ayant aucune fatigue physique assis derrière mon bureau, mon cahier, et mon ordinateur, mon corps ne me dis jamais d’arrêter.

J’ai tout de même la chance d’avoir accès à un extérieur, et j’ai profité des quelques heures en dehors de la thèse que je me suis accordé (60–80h sur 8 semaines) pour bricoler et travailler le bois, seul moment où je me suis bien senti pendant le confinement.

Retour à la réalité et remise en question

J’ai profité du déconfinement pour poser quelques congés et souffler, prendre l’air et me dépenser. J’ai réussi l’exploit de sortir ma thèse de ma tête pour ces quelques jours et quel soulagement : je fais enfin de bonnes nuits, et j’apprécie enfin toutes les petites choses de la vie.

Ce moment me permet surtout de prendre du recul sur mon vécu de ces derniers mois et j’arrive enfin à ouvrir les yeux, voir que quelque chose ne tourne pas rond. J’ai le sentiment d’avoir complètement perdu la motivation et la passion de ma thèse (initialement, ma motivation était à bloc). Je suis un peu dégoûté de mes principales activités en tant que thésard : revue de littérature, développement de théories mathématiques, codage d’expériences et rédaction. J’angoisse un peu à l’idée de reprendre, parce que je sais que je n’y prendrais aucun plaisir. J’ai pourtant parfois vécu le plaisir de comprendre, mais ça ne compense pas, pour moi, la charge mentale qui a été requise. J’ai peur que la future vie d’ingénieur R&D que je m’étais dessinée ressemble à ce que je vis en thèse : clairement, ça ne me fait pas du tout rêver !

J’ai conscience que je suis loin d’être le premier thésard à avoir envie de tout lâcher, mais je me questionne !

Intersection et chemins possibles

Je pense être à un moment clef à choisir entre une vie professionnelle que j’ai du mal à vivre (est-ce seulement dû au fait d’avoir travaillé comme un bourrin ces derniers mois ? ou peut-être que je ne suis vraiment pas fait pour ça ?), et repartir ailleurs sur le bon pied.

J’ai envie de faire d’autres choses : ce n’est pas la bonne volonté qui manque. Je pense en première approximation à me réorienter vers des métiers plus manuels, par exemple du travail du bois (je pense par exemple aux métiers de menuisier ou charpentier). J’ai totalement conscience que je n’atteindrais pas du tout les mêmes salaires avec ces métiers qu’avec une carrière d’ingénieur, mais je vis assez simplement pour ne pas avoir de problèmes avec l’argent (nous vivons à deux avec un peu plus de la moitié de ce que ma thèse me rapporte…).

Ma seule crainte est de faire un choix trop impulsif et de me planter : j’aimerai pouvoir avoir un avant-goût de la réalité de ces métiers avant de me mettre dans une situation potentiellement délicate.

Je me demande s’il est possible de "tester" ces métiers (je vois qu’il est par exemple possible de faire du wwoofing en "éco-construction") et je me demande également s’il est possible de se former relativement rapidement sur ces métiers : je tiendrais 6 mois avec mes économies, mais guère plus.

Qu’est-ce que j’attends en racontant ma vie ici ?

Je souhaite avoir des avis extérieurs à ma situation, ou des retours d’expériences similaires (réorientation après l’abandon d’un doctorat). Je suis habituellement spectateur sur ZesteDeSavoir, mais je sais que vous êtes une communauté bienveillante !

Merci :honte:

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Salut,

J’ai terminé il y a une année une thèse de 4 ans durant laquelle j’ai fait des horaires insensés debout dans un labo de chimie tout en ayant une pression énorme de mes supérieurs, et avec un projet de recherche qui s’enlisait. Bien évidemment, dans une situation pareille, j’ai hésité à tout plaquer.

En lisant ton récit, je me suis focalisé sur "J’ai peur que la future vie d’ingénieur R&D que je m’étais dessinée ressemble à ce que je vis en thèse ". Si tu étais toujours convaincu que c’est le métier de tes rêves, je dirais qu’alors le problème se "limite" à mieux vivre ta thèse pour la mener à terme. Mais dans ce cas, ok… il faut peut-être réfléchir à tes aspirations professionnelles à long terme.

PAR CONTRE : est-ce que c’est la première fois que tu n’as plus de plaisir avec tes tâches quotidiennes (calcul, programmation, etc) depuis que tu as commencé tes études dans ce domaine ? Franchement ce n’est pas étonnant qu’on perde le goût pour des choses qu’on est sensé aimer, lorsque le cadre dans lequel on les pratique ne nous convient pas. C’est ce que j’ai vécu, et heureusement mon attrait pour la chimie est remonté au bout d’un moment, lorsque j’ai réussi à m’adapter pour survivre dans mon environnement.

+5 -0

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Premièrement, il est normal d’avoir des doutes. Et le cas échéant, il est normal d’arrêter sa thèse.

Bon, ceci étant dit, j’ai l’impression que le problème tient en partie du syndrome de l’imposteur et en partie qu’effectivement, tu as du mal à lâcher prise, problème très commun (j’ai le même). D’après ce que j’en lis, c’est parce que t’as pas l’impression de te voir avancer. Est ce que tu en a déjà parlé avec tes collègues doctorant, qui ont probablement un regard extérieur sur ton travail et qui peuvent comparer avec le leur ? (c’est dangereux, mais bon)

Note que le confinement n’a aidé personne, crois moi. Je pense que c’est pas la période à prendre en référence pour rien du tout. Je crois que c’est donc pas forcément la bonne variable a mettre dans l’équation. Maintenant, je peux comprendre que ça aie émoussé ta motivation :)

#JeSuisToujoursArius • Doctorant et assistant en chimiedev' à temps partiel (co-réalisateur ZEP-12, recherche et template LaTeX)

+7 -0

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Salut,

Je te réponds ici en tant que personne qui n’a pas fait de thèse, mais qui fréquente un certain nombre de doctorant·e·s (ainsi que les personnes qui les encadrent), et je serai sûrement amené dans un futur proche à en conduire une.

Ce que j’ai retenu de mes échanges avec ces gens, c’est qu’il est primordial (bien que plus facile à dire qu’à faire) d’arriver à séparer franchement le travail de la vie perso, afin de garder un équilibre. Par exemple, il faut s’interdire strictement de travailler le week-end et le soir, et plus généralement à la maison (hors confinement bien entendu). Cela inclut notamment le fait de consulter ses mails, de noter des choses auxquelles on a pensé…pour que la maison reste la maison. La porosité lieu de travail/lieu de vie est un piège, et je pense qu’une première étape pour que tu vives mieux serait d’en sortir.

(Je me doute bien que tu en es sûrement conscient, mais ça ne coûte rien de rappeler ce genre de choses.)

En tout cas j’espère que ta vie s’améliorera.

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J’ai fait une thèse, mais je n’ai jamais rencontré ce problème (je n’ai jamais dépassé les 40 heures hebdomadaires ; de toute façon, si je bosse trop, je deviens totalement inefficace). Mais je connais le milieu, donc j’ai quelques conseils :

  • Déjà, les doctorants font partie des publics considérés comme fragiles psychologiquement. Et puisque tu parles de couples, une ambiance électrique, ça risque d’être compliqué 2 ans et demi de plus.
  • Il y a des gens qui sont ravis de se dédier corps et âme à leur métier ou leur thèse ; ce n’est pas ton cas, donc il faut que tu prennes de la distance. Même pour ta thèse, d’ailleurs : il est important de prendre du recul sur son travail. Plus facile à dire qu’à faire, je sais.

Qui peut t’aider ? L’université est un marasme de strates que personne ne connaît et dont les compétences sont parfois bien défini, mais jamais appliqué exactement comme le veut la théorie. En tant que doctorant, tu peux en parler à plein de monde. Le but est d’en parler à des gens qui soient capable de t’écouter, donc la bonne personne dépend des endroits :

  • D’autres doctorants. Ce sont des collègues directs, ils vivent peut-être la même chose que toi.
  • Tes encadrants.
  • N’importe quel collègue ou chef de ton labo. Un permanent ou un technicien chez qui tu sauras trouver une oreille attentive, le chef de groupe ou le directeur du labo. Fait juste attention aux querelles d’égo : ne va pas voir un type que ton encadrant ne supporte pas.
  • L’école doctorale ; moins connue, mais elle est officiellement en charge du suivi des doctorant. Il y en a plusieurs, il faut aller voir son école doctorale perso. Tu peux aller voir
    • les élus de l’école doctorale (qui sont aussi doctorants) ;
    • le directeur de l’école doctorale. S’occuper des doctorants ayant des difficultés fait partie de ses missions ;
    • les secrétaires de l’école doctorale. Officiellement, ils ne se chargent pas de ça, mais en pratique ça peut être une bonne idée.
  • La médecine universitaire. Chaque université à un service santé, avec des psychologues qui voient beaucoup de doctorants (si). Tu peux prendre rendez-vous ; ils sont soumis au secret médical.

Sinon, la thèse est un travail très particulier. Tu essaies des trucs sans savoir si ça va marcher ; c’est de la recherche. On peut être très doué et ne pas réussir en thèse, car ça nécessite de travailler avec de l’inconnu, de gérer l’échec permanent (souvent, ça marche pas, parfois, ça marche un peu) et d’être capable d’avancer dans le brouillard. On n’a pas l’habitude de ça. Il y a de la R&D plus D que R qui convient mieux si tu n’as pas cet état d’esprit ; un travail d’ingénieur est différent de la thèse. Après, les reconversions complètes sont possibles, mais je suis trop jeune pour avoir connu.

C’est compliqué d’en dire plus en ligne, je t’invite à chercher à en parler à l’une des personnes cités au-dessus.

Édité par Gabbro

Il y a bien des façons de passer à l’acte. Se taire en est une. Attribué à Jean-Bertrand Pontalis

+8 -0

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Je ne suis pas du tout dans le monde des doctorants, mais :

  • Tu penses à des métiers manuels, ça m’est déjà arrivé aussi, mais réfléchis à ça : est-ce que tu te vois travailler le bois pendant 40 ans ? Tous les jours, pendant 40 ans ? Et devenir vieux et mourir en n’ayant fait que ça dans ta vie ? La réponse peut être oui, mais te poser la question sous cet angle peut te permettre de prendre du recul.

  • La surcharge de travail et le délaissement de la vie personnelle au profit du travail sont toujours très mauvais, ça a toujours un impact psychologique important même si on ne s’en rend pas compte. Il faut absolument l’éviter, te l’interdire, rendre ta vie personnelle "incompressible" quoiqu’il arrive. Il faut que tu arrêtes ça immédiatement, vraiment. Tu avanceras ou tu piétineras, ta thèse sera une réussite ou un échec, peu importe, c’est juste "le boulot", ta vie personnelle ne doit rien à voir avec ça. Le risque il est simple : tu vas détruire ton couple, tu vas te cramer et faire un burn-out, tu vas perdre pied. Même si tu es passionné, tout comme il faut arrêter de fumer car le tabac donne le cancer, même si on aime fumer ; il faut arrêter de faire des semaines de 80h pour rien.

  • Parle à des gens, à la fois des gens qui sont dans le contexte (les gens qu’a mentionnés Gabbro), mais aussi des gens qui n’ont rien à voir, qui sont dans complètement autre chose : des amis, de la famille. Ca te permettra aussi de prendre du recul sur ce que tu es en train de faire et quel sens ça a. Et tu te sentiras aussi moins seul face à ta situation, qui n’est finalement jamais qu’une situation professionnelle, tout le monde en a une, parfois compliquée. Ca t’aidera à remettre ça comme élément de ta vie personnelle, au lieu de l’inverse. ;)

EDIT : Tu parles de réorientation, mais avant d’envisager le travail du bois, pourquoi ne pas redevenir ingénieur comme tu étais avant ? Ca ne te plaisait pas ? Je pense que tu peux trouver des postes plus ou moins R&D ou plus ou moins liés à l’environnement sans passer de thèse.

Édité par Society

+2 -0
Auteur du sujet

Merci beaucoup pour vos retours qui me sont très utiles :)

PAR CONTRE : est-ce que c’est la première fois que tu n’as plus de plaisir avec tes tâches quotidiennes (calcul, programmation, etc) depuis que tu as commencé tes études dans ce domaine ?

Non ce n’est clairement pas la première fois que ce "problème" survient : l’année passée, dans mon boulot d’ingénieur, je travaillais sur un projet que je n’affectionnais pas particulièrement. Pourtant, ce boulot comprenaît tout ce que je savais faire (a fortiori, ce que je suis censé aimer faire — la frontière me paraît floue). J’ai perdu le goût du métier, et même si ça ne m’a pas empêché de faire du bon boulot (on voulait me garder), ça ne m’a pas donné envie de continuer.

J’ai alors pensé que c’était simplement une question de contexte, et j’ai sauté sur l’occasion de cette thèse : un projet qui m’emballe, et de quoi compléter mes compétences techniques.

C’est pour ça que je me demande si je ne me suis pas un peu planté de voie.

Bon, ceci étant dit, j’ai l’impression que le problème tient en partie du syndrome de l’imposteur et en partie qu’effectivement, tu as du mal à lâcher prise, problème très commun (j’ai le même).

Ce que j’ai retenu de mes échanges avec ces gens, c’est qu’il est primordial (bien que plus facile à dire qu’à faire) d’arriver à séparer franchement le travail de la vie perso, afin de garder un équilibre.

Oui, ce syndrôme de l’imposteur est au coeur du problème. Et pourtant, paradoxalement, je n’ai pas une pression énormissime de la part de mes encadrants.

@pierre_24 : mis à part le fait de se forcer à lâcher prise, quelles autres mesures as-tu pu mettre en place pour tenter d’éviter le problème ? Car quoiqu’il arrive (abandon ou poursuite), je ne souhaite pas retomber dans ce travers dans le futur.

Note que le confinement n’a aidé personne, crois moi. Je pense que c’est pas la période à prendre en référence pour rien du tout. Je crois que c’est donc pas forcément la bonne variable a mettre dans l’équation. Maintenant, je peux comprendre que ça aie émoussé ta motivation :)

Dans mon cas, je me souviens avoir eu des doutes avant, mais cette période de confinement a dû amplifier les choses.

Déjà, les doctorants font partie des publics considérés comme fragiles psychologiquement. Et puisque tu parles de couples, une ambiance électrique, ça risque d’être compliqué 2 ans et demi de plus.

Effectivement, je ne souhaite pas faire vivre un enfer à ma moitié, ni à moi-même d’ailleurs.

Il y a des gens qui sont ravis de se dédier corps et âme à leur métier ou leur thèse ; ce n’est pas ton cas, donc il faut que tu prennes de la distance. Même pour ta thèse, d’ailleurs : il est important de prendre du recul sur son travail. Plus facile à dire qu’à faire, je sais.

Effectivement, j’ai rencontré ce type de personnes, et j’admire leur dévouement. Mais ça requiert une passion qu’effectivement je n’ai pas (ou plus ?). Par ailleurs, de l’autre côté, j’ai aussi vu certaines personnes d’un même labo se tirer dans les pattes. Mais ce type de comportements doit exister dans tous les milieux.

Est ce que tu en a déjà parlé avec tes collègues doctorant, qui ont probablement un regard extérieur sur ton travail et qui peuvent comparer avec le leur ?

Qui peut t’aider ? L’université est un marasme de strates que personne ne connaît et dont les compétences sont parfois bien défini, mais jamais appliqué exactement comme le veut la théorie. En tant que doctorant, tu peux en parler à plein de monde. Le but est d’en parler à des gens qui soient capable de t’écouter

J’ai beaucoup discuté pendant la période de confinement avec deux collègues doctorants, mais principalement des difficultés liées à la thèse en télétravail. Ils n’ont pas vécu la période de la même manière : l’un a réussi à tenir la cadence tout le long de la période en forçant moins (ce qui semble être l’idée la plus censée), et l’autre a comme moi vécu une période de motivation en dents de scie, sans que ça ne semble l’avoir affecté autant que moi. J’ai également discuté avec un de mes encadrants (pas mon directeur) avec qui j’ai le plus d’affinités, qui m’a "rassuré" en me disant qu’il était normal que la motivation baisse au fil des mois, surtout en cette période compliquée.

C’est vrai que je n’ai pas pensé à impliquer l’école doctorale, qui n’a pour le moment eu à mes yeux qu’un rôle administratif, ni au service santé de l’université. A creuser.

Sinon, la thèse est un travail très particulier. Tu essaies des trucs sans savoir si ça va marcher ; c’est de la recherche. On peut être très doué et ne pas réussir en thèse, car ça nécessite de travailler avec de l’inconnu, de gérer l’échec permanent (souvent, ça marche pas, parfois, ça marche un peu) et d’être capable d’avancer dans le brouillard. On n’a pas l’habitude de ça.

Tu mets le doigt sur quelque chose : l’échec permanent est effectivement démotivant. L’échec mène à la frustration, la frustration à l’obstination, l’obstination à l’épuisement, et l’épuisement au côté obscur. J’ai en fait ce réflexe, que je trouve idiot a posteriori, de m’accrocher, de persévérer, et de ne pas lâcher tant que ça ne fonctionne pas. Ce n’était pas à ce point le cas lors de mon précédent travail d’ingénieur, dans lequel le chemin était de fait un peu mieux tracé. Dans n’importe quelle autre activité en fait, je sais m’arrêter quand je vois que je fais n’importe quoi. Dans la thèse je ne me rends pas compte du moment où je fais n’importe quoi. Mais je suis tout à fait d’accord avec le malaise de travailler avec l’inconnu.

Il y a de la R&D plus D que R qui convient mieux si tu n’as pas cet état d’esprit ; un travail d’ingénieur est différent de la thèse. Après, les reconversions complètes sont possibles, mais je suis trop jeune pour avoir connu.

Dans ce cas, il semblerait judicieux d’arrêter ce travail de thèse ici, plutôt que de me forcer pendant encore 30 mois pour m’ouvrir des portes que je ne souhaite pas emprunter. Je vais continuer à discuter ici et là avant de prendre cette décision qui ne peut se faire à la légère, et consulter si les symptômes persistent au delà de 14 jours.

Je pensais à la reconversion complète de par le fait d’être quelque peu dégoûté de mes activités actuelles (qui, j’ai l’impression, concentrent tout ce que j’ai appris en école d’ingénieur). Mais il y a peut-être d’autres métiers très intéressants que je peux faire avec ma formation sans forcément tout changer, mais je ne les connais pas. Il faut que je creuse dans ce sens je pense.

C’est compliqué d’en dire plus en ligne, je t’invite à chercher à en parler à l’une des personnes cités au-dessus.

Vous en avez déjà tous beaucoup dit, et cela m’aide sincèrement : merci :)

EDIT

Tu penses à des métiers manuels, ça m’est déjà arrivé aussi, mais réfléchis à ça : est-ce que tu te vois travailler le bois pendant 40 ans ? Tous les jours, pendant 40 ans ? Et devenir vieux et mourir en n’ayant fait que ça dans ta vie ? La réponse peut être oui, mais te poser la question sous cet angle peut te permettre de prendre du recul.

Avoir pensé à ces voies semble potientiellement tenir du caprice ou du ras-le-bol que je vis actuellement. Je n’ai pas actuellement la réponse à ces questions. Mais je ne me vois pas non plus derrière un bureau pendant 40 ans.

La surcharge de travail et le délaissement de la vie personnelle au profit du travail sont toujours très mauvais, ça a toujours un impact psychologique important même si on ne s’en rend pas compte. Il faut absolument l’éviter, te l’interdire, rendre ta vie personnelle "incompressible" quoiqu’il arrive. Il faut que tu arrêtes ça immédiatement, vraiment. Tu avanceras ou tu piétineras, ta thèse sera une réussite ou un échec, peu importe, c’est juste "le boulot", ta vie personnelle ne doit rien à voir avec ça. Le risque il est simple : tu vas détruire ton couple, tu vas te cramer et faire un burn-out, tu vas perdre pied. Même si tu es passionné, tout comme il faut arrêter de fumer car le tabac donne le cancer, même si on aime fumer ; il faut arrêter de faire des semaines de 80h pour rien.

Je l’ai appris à mes dépens, mais une piqûre de rappel ne fait pas de mal. Merci.

Parle à des gens. […] Ca t’aidera à remettre ça comme élément de ta vie personnelle, au lieu de l’inverse. ;)

C’est vrai que j’ai pendant des mois été persuadé d’être Mr Thésards, plutôt que Mr <mon_nom>.

Tu as une manière très percutante de faire passer le message, mais au moins c’est limpide.

EDIT : Tu parles de réorientation, mais avant d’envisager le travail du bois, pourquoi ne pas redevenir ingénieur comme tu étais avant ? Ca ne te plaisait pas ? Je pense que tu peux trouver des postes plus ou moins R&D ou plus ou moins liés à l’environnement sans passer de thèse.

Je n’ai pas très bien vécu ma seule année d’expérience (hors stages) : projet pas intéressant, travail solitaire, et management inexistant. Comme expliqué ci-dessus, il faut que je passe outre le fait de m’être quelque peu dégoûté de mes activités pro.

Édité par dersigmund

+0 -0

J’ai totalement conscience que je n’atteindrais pas du tout les mêmes salaires avec ces métiers qu’avec une carrière d’ingénieur, mais je vis assez simplement pour ne pas avoir de problèmes avec l’argent (nous vivons à deux avec un peu plus de la moitié de ce que ma thèse me rapporte…).

Je pense que c’est un préjugé. Ce n’est pas vraiment comparable en fait. En étant ingénieur R&D, tu seras certainement salarié. En étant charpentier ou menuisier, tu seras potentiellement chef d’entreprise (aussi petite soit-elle) et les implications et les leviers disponibles pour maximiser les revenus ne sont pas les mêmes. Ils ne sont pas meilleurs ou pires, ils sont juste différents au point où il n’est pas aussi aisé de prévoir l’hypothétique différence de revenu comme il le serait en comparant deux professions salariées comme, par exemple, caissier et ingénieur.

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Salut, t’es en train de faire un burn-out mec. T’es en train de souffrir là. T' as une fuite d' énergie entre "je devrais" / "je veux" / "je peux". Comme un bras de fer intérieur, avec une pression sociale en bonus (proches, milieux pro).

Peut-être tu peux finir plus précocement si tu restructures à la tronçonneuse certaines parties ? Quel temps et quelle énergie tu peux encore engager si tu réduis le délai avant ta soutenance ?

Pourquoi ce sujet te tenait à coeur ? Que voulais tu apporter à travers ce travail ? Si tu devais stopper dans une semaine, que voudrais tu prioritairement transmettre au thésard suivant qui poursuivra sur le même thème ?

Fais du Pareto, Va droit au but, resserres le cadre, perds pas ton temps sur ce qui te fais chier. Court et propre.

+1 -0

De passage sur ZdS, je me suis dis que j’allais ajouter mon grain de sel un peu en retard :’)

J’ai vécu à peu près la même expérience en thèse, et je comprends assez bien la situation dans laquelle tu te trouves. Pour ma part, j’ai sérieusement remis en question mes ambitions au cours de la 2ème année et j’ai régulièrement envisagé de démissionner. Si tu savais le nombre de fois où je me suis imaginé dans le noir, enfermé dans une salle serveur, à enfin faire de la "vraie" informatique loin de l’épuisante théorie de la thèse… Toi c’est travailler le bois, moi c’est Linux, chacun ses soupapes :’)

Mais comme tu l’as dis, je pense que ce n’est que ça : une soupape. Ta vie s’est tellement articulée autour de ta thèse que ton cerveau absorbe la moindre petite échappatoire immédiatement. Je pense que tu es tellement écrasé par ta thèse que la moindre opportunité de faire autre chose apparaît comme très alléchante.

Bien que tu aies peut-être, en effet, une vocation cachée de charpentier, je pense que tu as tout de même réalisé qu’il s’agissait plutôt là d’une forte répulsion pour s’éloigner de la thèse plutôt que d’une véritable envie de carrière. Prendre une décision dans cette situation n’est probablement pas une bonne idée.

Au final (et tu as dû entendre ça plein de fois) : tout est question d’équilibre. C’est vrai que quand on passe ses journées entouré d’autres chercheurs, qui semblent également avoir arrangés leurs vies autour de leurs travaux, on se dit que c’est normal et que c’est juste la vie d’un universitaire. Lorsque l’on n’arrive pas à suivre le même rythme en apparence, on se retrouve assez vite avec ce fameux syndrome de l’imposteur. Garde cependant ça en tête : si ces gens ont (pour une grande partie) choisi d’articuler leur vie autour de leur carrière, il s’agit de leur choix et pas du tien. La plupart de mes collègues avaient fait ce choix, et je suis aujourd’hui assez ravi de ne pas l’avoir fait. Si je dois donner mon opinion personnelle, je trouve que les rares collègues qui ont suivi la même voie que moi semblent aujourd’hui beaucoup plus épanouis, même professionnellement, et j’admets trouver leurs travaux beaucoup plus fascinants (mais ça, c’est peut-être une coïncidence…) Au final ils ont choisi de ne pas laisser leur contrat de travail étouffer leur passion pour le domaine, et ça se voit.

Pour ma part, j’ai retrouvé l’envie de terminer ma thèse lorsque j’ai accepté le fait que je travaillais à un rythme différent et avec des priorités différentes. J’ai choisi de faire une thèse par passion de mon domaine. J’ai accepté qu’un échec dans ma thèse n’allait pas constituer un échec de carrière. Même sans le titre de docteur les portes des salles serveurs allaient rester ouvertes :3 J’ai également trouvé pas mal de répit dans l’enseignement, et travailler sur des bases avec des étudiants m’a beaucoup aidé à me détacher de ma thèse. Ces missions d’enseignements deviennent généralement disponibles après la première année. De façon plus générale, j’ai réalisé que la thèse n’allait définir ni ma vie, ni ma carrière et qu’il ne s’agissait de rien d’autre qu’un diplôme à ajouter aux autres. À coté de ça, j’ai décidé d’accorder beaucoup plus de place à ma vie privée, quitte à y sacrifier une ou deux pistes de recherche. Ma thèse a finalement été beaucoup plus légère que je ne l’avais imaginé, mais je ne suis que davantage satisfait de l’expérience.

Un autre point qui m’a aidé, qui a déjà été mentionné et que je ne pourrais jamais mettre suffisamment en avant :

La médecine universitaire. Chaque université à un service santé, avec des psychologues qui voient beaucoup de doctorants (si). Tu peux prendre rendez-vous ; ils sont soumis au secret médical.

Si tu savais le bien fou que ça m’a fait de parler à un psy universitaire des pressions d’un doctorant, des attentes de mon directeur, de cette horreur qu’est le monde de la publication scientifique, de ma désillusion vis-à-vis du métier d’enseignant-chercheur, … De façon générale, parler à des gens extérieurs fait partie de ces choses auxquelles tu dois accorder du temps, et je ne peux que t’encourager d’y inclure ton service de médecine préventive. Le secret médical est un excellent support pour lâcher prise. Les psy universitaires présentent aussi l’avantage qu’ils sont familier avec les problèmes de doctorants : pas besoin de leur expliquer ton métier et pourquoi tu en as marre, ils savent :’) Nombreux ont été mes collègues doctorants écrasés par toute la pression, et dépasser le stigma du "psy" leur aurait sûrement fait du bien. C’est peut-être également l’occasion de parler de tes ambitions et de clarifier un peu ces doutes quant à ton futur métier !

JWHS.

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