Un peu de lecture pour cet été ?

J'ai besoin de votre avis

L'auteur de ce sujet a trouvé une solution à son problème.
Auteur du sujet

Bonjour tout le monde,

J’ai écrit un début d’histoire. J’aimerais bien avoir des avis critiques. Est-ce que ça vous donne envie de lire la suite ? Qu’est-ce que vous pensez des personnages ?

Merci d’avance pour le temps que vous allez passer à lire !

Toute opinion constructive m’intéresse, surtout que j’ai bien envie d’écrire la suite ;)

DRAGAMONT

Prologue : Le début de la fin

Les cloches se mirent à sonner à tout rompre provoquant l’envol d’une centaine de corbeaux qui avaient élu domicile sur le clocher de la petite église. Les corvidés qui fuyaient en pagaille la tourelle assourdissante ouvrirent grand leurs ailes et, durant une minute entière, le soleil de onze heures fut dissimulé par un enchevêtrement de plumes sombres. Le premier affolement passé, les oiseaux filèrent vers le sud, dessinant une grande trainée noire dans le ciel bleu, jusqu’à l’horizon.

Théodore releva lentement la tête de la lettre qu’il était en train d’écrire et posa son stylo pour observer la nuée s’éloigner au loin. Par la fenêtre ouverte, les champs s’étendaient à perte de vue. Le printemps naissant avait fait éclore des coquelicots, des marguerites et une multitude de fleurs sauvages, qui avaient progressivement mis de la couleur dans l’étendue verdoyante. Théodore soupira puis détacha ses yeux du spectacle. Le temps lui était compté.

Mal lui en prit parce qu’il fut de nouveau distrait, mais cette fois par son reflet dans le miroir situé sur le mur de la chambre. L’homme qui lui faisait face était petit, maigre et ridé. Il incarnait l’image classique d’un vieillard fatigué, une représentation physique banale pour quelqu’un dont le destin avait été hors du commun. Deux yeux vifs et perçants rendaient toutefois justice au personnage. Ils lui redonnaient une jeunesse qu’il avait perdue au fil du temps.

Théodore signa sa lettre, la mit sous enveloppe puis la rangea dans la petite bibliothèque à côté du miroir.

La pendule sonna midi. Il n’y eut cette fois aucun vol d’oiseaux. Effrayés, les corvidés avaient renoncé à élire domicile au sommet de la petite église.

Théodore se releva et attendit. Deux minutes passèrent, puis cinq. Quelle était la raison de ce retard ? Une douleur au ventre le fit soudainement se plier en deux. Ce fut comme si une dizaine de pics lui perforaient l’abdomen. Il tenta de se relever mais il fut de nouveau soufflé par une douleur beaucoup plus vive, puis une troisième. Il resta quelques instants courbé en deux, attendant une quatrième rafale. Elle ne vint pas. Quand les picotements eurent disparu, il se redressa et il s’appuya tant bien que mal sur le dossier de sa chaise. La machine était en marche, il ne pouvait plus l’arrêter. Il respira un peu d’air mais son souffle fut aspiré par une douleur encore plus ardente. Il s’effondra sur le plancher, se tordit sur le sol et les larmes lui montèrent aux yeux. Il eut un spasme et il hurla de douleur. Il brûlait de l’intérieur, il en était certain. Alors qu’il se remettait timidement debout pour affronter son mal, il vacilla. Ses jambes sollicitées trop rapidement se dérobèrent sous lui. Sa tête se fracassa alors brutalement sur le miroir. Ses yeux se révulsèrent.

Les mouvements cessèrent d’un coup. Le calme emplit la pièce. Le miroir, qui avait reflété quelques minutes plus tôt le portrait d’un homme épuisé, renvoya l’image de la mort. L’horloge sonna le quart.

Dans la petite bibliothèque où Théodore avait rangé sa lettre, une lumière bleutée s’alluma quelques secondes avant de s’essouffler.

Une coccinelle, qui grimpait lentement le long de l’encadrement de la fenêtre, agita ses antennes en direction de l’homme inanimé avant de s’envoler vers l’immensité bleue.

............

Quelques siècles plus tôt

Ses pieds menus frappaient d’un rythme cadencé les pavés de la rue. La pluie de la veille avait rendu les pierres glissantes mais Léonor ne s’en préoccupait pas. Elle devait rentrer d’urgence à la maison. Même si ses petites jambes et son corps potelé la ralentissaient considérablement, elle refusait de modérer son allure.

Autour d’elle, les rues nageaient dans le flou et l’imprécision. Les banderoles colorées et les balcons décorés qui avaient retenu son attention le matin même avaient perdu tout leur charme. Léonor n’avait plus le cœur à la fête. Elle voulait fermer ses yeux et les condamner à l’ombre pour toujours, ses yeux criminels qui avaient vu et laissé faire. L’inimaginable venait de se produire devant elle et les images qui défilaient en boucle dans sa tête en témoignaient.

Ses pieds s’arrêtèrent devant la porte verte en bois, elle était arrivée. Le visage rougi et la gorge nouée, elle frappa. C’est le moment que choisit sa première larme pour s’écraser sur sa joue. Elle ne tarda pas être suivie par les autres qui avaient trop longtemps été contenues. Comment allait-elle trouver la force d’annoncer ce qui venait de se produire ? Il fallu quelques minutes avant que quelqu’un vienne lui ouvrir.

Quand sa mère apparut dans l’embrasure, leurs yeux se croisèrent et Léonor comprit qu’elle savait déjà. Les quelques secondes de tristesse que Léonor vit passer sur le visage de sa génitrice furent remplacées rapidement par une froide contenance. Léonor comprit vite la raison de ce masque quand sa mère la guida dans la pièce principale.

Autour de la table, il régnait un silence de mort. Ils étaient une quarantaine, le visage grave. Tous étaient au courant de ce qui venait de ce passer, il n’y avait pas de doute possible.

Sa mère l’accompagna doucement auprès du feu avant de rejoindre sa place au bout de la table. Léonor ravala ses larmes tant bien que mal et observa la foule. Ils attendaient que sa mère prenne la parole. Elle était leur chef après tout. Celle-ci échangea quelques mots avec ses voisins, se leva et commença à parler :

  • Mes frères, mes amis, vous n’êtes pas sans connaître les événements qui viennent de se produire aujourd’hui. Une fois de plus, nous avons été touchés.

Elle respira et scruta l’assemblée.

  • J’ai néanmoins une grande nouvelle à vous annoncer. Nous sommes enfin prêts.

Une clameur monta dans la pièce. Elle attendit que le brouhaha s’estompe avant de reprendre solennellement :

  • Demain matin, j’ouvrirai le passage. Nous pourrons faire partir une première vague. Que ceux que l’inconnu et le danger ne rebutent pas se préparent. Que ceux qui ne craignent pas la perte de leur statut et de leurs attaches ici rassemblent leurs affaires. Que ceux qui croient en la justice et l’égalité me suivent. Aujourd’hui, nous avons été atteints mais, demain, nous serons plus forts.

Elle se rassit et le silence retomba dans la pièce. Léonor regarda sa mère abasourdie. Elle était loin d’être la seule.

Sous la main droite de sa mère, une lumière bleutée scintilla quelques secondes avant de s’éteindre discrètement.

Chapitre 1 : Bienvenue au 6e étage

Paris. 6 mai.

Au dernier étage du 24 rue des Martyrs, un grincement de porte, accompagné d’éclats de voix, perturba le calme habituel du couloir.

Charles, avachi sur son canapé, sursauta et se redressa sur les coudes. La pile de feuilles qui tenait en équilibre sur l’un des coussins du sofa glissa et s’éparpilla par terre. Le jeune homme souleva ses jambes musclées du canapé pour ramasser les papiers, puis secoua les cheveux bruns en pagaille qui étaient collés sur sa tête. La propreté ne faisait pas partie de ses priorités du jour ; il trainait en caleçon depuis le matin et avait remis le tee-shirt de la veille.

Le roman historique qu’il avait acheté dans la semaine était ouvert par terre, au milieu du salon. Il avait passé la nuit à lire mais il lui restait une centaine de pages à dévorer. Il en était au quatrième tome de la série Mythologie et la découverte de la suite de la saga constituait depuis quelques temps le contenu essentiel des ses journées. Les conséquences sur ses activités habituelles étaient désastreuses. Il avait manqué les séances d’entrainement de son équipe de rugby, les Grizzlis et, surtout, son inspiration lui faisait faux bon depuis quatre jours. Il ne parvenait pas à écrire le nouveau chapitre des Chroniques de Dragamont qu’il publiait tous les mois dans le journal Bonne nouvelle. Avec cette fiction découpée en épisodes, Charles s’assurait un revenu régulier qu’il complétait avec des piges ponctuelles pour la page des sports du mensuel. Serge, le rédacteur en chef, était un peu sanguin mais il s’était pris d’affection pour le garçon qui attirait chaque semaine plusieurs centaines de nouveaux lecteurs. Serge attendait le nouveau texte pour ce soir 22 heures et il ne manquerait pas de rugir si le garçon avait du retard.

Un deuxième grincement se fit entendre dans le couloir de l’immeuble. Le futur occupant de l’appartement d’en face devait être en train d’emménager. Le gardien était monté la semaine dernière pour prévenir les locataires du 6e étage qu’ils auraient bientôt un nouveau voisin. Charles avait levé quelques interrogations pour en apprendre davantage sur l’arrivant mais l’homme avait rouspété en disant que les jeunes d’aujourd’hui posaient beaucoup trop de questions.

Emporté par la curiosité, le jeune homme avança sur la pointe des pieds jusqu’à la porte et enfouit son globe oculaire contre l’œil de bœuf. L’espionnage était une activité qu’il affectionnait tout particulièrement. Il ne fut pas déçu du voyage : plus qu’un nouveau voisin, c’était une nouvelle voisine qu’il entrevoyait dans le rond de la porte. L’image était un peu floue mais les grandes tresses blondes qui occupaient presque toute la surface du rond de la porte ne trompaient pas.

Il attrapa son portable et envoya un texto à Ernest qui habitaient dans l’appartement mitoyen au sien.


Ernest entendit son Smartphone bipper dans la poche de son jean. Les bras chargés d’assiettes, il renonça à attraper l’objet et fila déposer les plats sur la table de dix personnes qui riaient bruyamment sur la terrasse de l’Albatros.

La soirée venait de commencer et il n’y avait pas une minute à perdre. Les clients arrivaient à la chaîne et une file d’attente commençait déjà à se former devant la porte du pub. On était vendredi soir et comme toutes les fins de semaine, l’Albatros organisait une soirée à thème. L’affiche du jour, placardée à l’entrée depuis une semaine, était aux couleurs de l’Angleterre. Un gigantesque drapeau britannique avait été dressé entre les tables et au fond de la salle un groupe de folk reprenait quelques morceaux des années 1930, entre quelques compositions personnelles. L’ambiance était décontractée et la bière coulait à flot.

Ernest connaissait bien le groupe qui jouait ce soir, les Ladybirds ; il les avait recommandés au patron, Tonio. Il y a quelques années, il avait été des leurs, faisant lui aussi la tournée des bars pour gagner quelques piécettes. C’était la belle époque, quand l’argent n’était pas une préoccupation. Ernest repensa au van aménagé, le Ladyvan, qu’ils s’étaient acheté et qu’ils avaient repeint aux couleurs du groupe : rouge et noir. Avec le véhicule, ils avaient entamé une mini-tournée pendant tout un été, s’improvisant musiciens professionnels. Ils jouaient, buvaient, dormaient et recommençaient. La vie était belle. La situation avait brusquement pris une autre tournure lorsque sa mère avait été victime d’un grave accident de la route. Il avait fallu qu’il commence à travailler pour payer les soins médicaux très coûteux. Ce bouleversement avait mis un terme à ses plaisirs de jeunesse et les Ladybirds avaient pris un autre guitariste pour le remplacer.

Dans un coin du pub, Ernest aperçut Alice qui était en train d’essayer de se frayer un chemin pour rejoindre une table. Alice habitait également au 6e étage du 24 rue des Martyrs, qu’elle avait rejoint il y a huit mois, début septembre. Ernest se faufila entre les chaises et la rattrapa. Elle l’accueillit à bras ouverts et le supplia de s’asseoir quelques instants avec elle et ses amis. Avec ses cheveux rouges bouclés et ses grandes lunettes, Alice était un ovni. Elle lui expliqua qu’elle ne pouvait rester que cinq minutes parce qu’elle devait rentrer chez elle mais qu’elle était contente de le voir.

L’agitation dans le bar devenait difficile à supporter. Ernest se leva et alla se caler entre le comptoir et la cuisine. Il jeta une œil vers son patron mais celui-ci était occupé à discuter avec un des gros clients du pub. Ernest saisit son portable ; le message venait de Charlie. Il lui annonçait avec un smiley l’arrivée d’une nouvelle voisine sur le pallier.


Alice vit Ernest s’éloigner vers le comptoir du bar. Depuis quelques jours, elle le trouvait fatigué et amaigri. Ernest ressemblait à une grande brindille fragile que le moindre coup de vent pouvait plier ou briser. Il travaillait très dur à l’Albatros et n’hésitait pas à faire des heures supplémentaires pour boucler ses fins de mois. Elle le vit passer une main dans ses cheveux noirs et regarder son portable. La pause fut de courte durée puisqu’il fut hélé quelques secondes plus tard par un client.

Alice rassembla ses affaires et quitta l’Albatros. Elle avait hâte de rentrer même si sa journée était loin d’être terminée. Elle traversa la rue et rejoignit le 24 rue des Martyrs. Elle gravit les six étages en sautant une marche sur deux. C’était devenu un jeu pour elle, un pari à deux issues avec sa conscience. Ce soir, l’enjeu était simple : il ne fallait poser le pied que sur les marches impaires. Si elle réussissait, la chance la ferait avancer dans Les Royaumes du Levant, le jeu sur ordinateur auquel elle jouait depuis son enfance. Si le moindre de ses orteils effleurait une marche paire, elle était sûre qu’Hector, son personnage, faillirait à sa prochaine mission. Malgré le ridicule de la situation, l’étudiante se lança dans son entreprise. Il fallait qu’elle se dépêche et qu’elle ne croise personne, sinon le risque de perdre croîtrait inévitablement.

Alice était tellement absorbée par son nouveau divertissement qu’elle ne remarqua pas qu’il y avait eu du mouvement au 6e étage. Elle bondit dans son appartement, fière d’avoir fait un sans-faute sur les impairs, et s’effondra devant son ordinateur. Elle repoussa d’une main ses cours de mathématiques. La semaine prochaine allait être chargée avec tous les examens qui approchaient. Elle savait qu’elle aurait dû réviser comme tous les autres étudiants du master. Cependant, ce soir, la tentation de rejoindre son cher Hector était trop grande. Elle actualisa la page du navigateur et Hector s’afficha en gros plan sur l’écran. Son personnage la suivait depuis maintenant neuf ans et aussi étrange que cela puisse paraître, elle le considérait presque comme un ami. Elle vit que son frère était également connecté et elle le provoqua immédiatement en duel. Alors qu’elle sélectionnait avec soin et précision les armes qu’elle allait utiliser, elle entendit quelqu’un frapper à sa porte. Qui pouvait bien déranger Hector avant son combat ? Elle envoya un message à son frère via le chat et mit la partie en pause.

L’inconnue qui lui faisait face était toute petite et avait deux yeux bleus encadrés par des nattes blondes. Elle se présenta : elle s’appelait Nina et venait de s’installer à l’étage. Elle n’avait pas encore d’électricité dans son studio et elle venait voir Alice pour lui emprunter des allumettes. Elle était intimidée et ne cessait de s’excuser pour le dérangement.


Nina pénétra dans l’appartement d’Alice. Elle n’aurait pas été plus dépaysée si elle s’était retrouvée sur un champ de bataille. Il y avait des objets partout et le manque d’ordre donnait l’impression de se retrouver dans une pièce surchargée par rapport à sa capacité. Elle vit Alice ouvrir un tiroir et partir à la recherche d’une boîte d’allumettes. Toutes les fenêtres de la pièce étaient rondes, ce qui contrastait étrangement avec le style architectural du reste de l’immeuble. Accroché sur tout un pan de mur, une grande banderole annonçait qu’elle se trouvait dans « Le Perchoir ». Le regard perdu dans l’exploration de l’habitation de sa voisine, Nina sursauta quand Alice agita les allumettes devant ses yeux.

L’appartement de Nina était bien moins chaleureux que celui de sa voisine. Entre les quatre murs blancs et vides, une dizaine de cartons s’entassaient au milieu de la pièce. Ses parents étaient venus en voiture lui déposer ses affaires et étaient repartis en début de soirée. Ils devaient assurer le lendemain une représentation dans le cirque familial, le cirque Pardelli, et il n’était pas question qu’ils arrivent épuisés pour le spectacle. Dans la famille, tout le monde était voltigeur. Nina n’avait pas échappé à la transmission familiale et avait fait ses premiers pas sur le fil dès l’âge de cinq ans. Petite et svelte, elle disposait de prédispositions pour l’exercice et était très vite devenue une excellente équilibriste. Dans ses paquets, la jeune femme avait emporté ses plus beaux costumes de scène. Elle espérait trouver un endroit pour s’entrainer en attendant de pouvoir retourner avec ses proches.

Nina avait choisi de suivre une double spécialisation dans l’univers du cirque. Non contente d’assurer chaque soir un numéro de voltige, elle s’était mise en tête de devenir dresseuse d’oiseaux. Pendant quelques mois, elle allait suivre ici des cours auprès d’un certain Simone, un ami de son oncle. Elle voulait surtout en apprendre le plus possible sur ces volatiles afin de sélectionner celui qui deviendrait son animal totem et peut-être le clou du prochain spectacle.

Elle jeta un œil à Plumix, le perroquet amazone qui ne la quittait pas depuis sa majorité. Il mordillait les barreaux de sa cage en silence, comme si le déménagement lui avait coupé le sifflet. Nina ne se faisait toutefois pas de souci pour lui. Il était résistant et habitué aux changements de décors. Le cirque Pardelli était itinérant et il était rare de dormir deux fois au même endroit.

Nina frotta une allumette mais la flamme ne prit pas. Elle tenta avec une seconde mais elle ne produisit pas un meilleur résultat. La boîte et les brindilles étaient légèrement humides ; elles avaient dû prendre l’eau dans le tiroir d’Alice. Hésitant sur la marche à suivre et craignant de déranger une nouvelle fois la jeune fille, Nina décida de tenter auprès d’un autre de ses voisins.

Alors qu’elle sortait sur le pallier, elle tomba nez-à-nez avec trois individus, deux garçons et Alice. Leurs regards à tous les quatre se croisèrent. Alice et le grand garçon maigre aux cheveux noirs soutenaient le deuxième garçon, brun et costaud, qui semblait complètement effondré. Des larmes coulaient le long de ses joues et il était pâle comme la mort.

Nina se précipita pour soutenir à son tour le jeune homme. Alice montra d’un signe de tête son appartement et tous se dirigèrent vers le Perchoir. Ils portèrent tant bien que mal Charles vers le canapé sur lequel il se laissa tomber abattu. Alice se dépêcha de préparer des boissons fraiches pour tout le monde et quand chacun fut servi elle se tourna vers Charles :

  • Charlie, comment cela a-t-il pu arriver ?

  • Je ne sais pas, articula tant bien que mal l’intéressé.

  • Y a-t-il eu des signes ? ajouta Ernest.

  • Non, non, absolument rien. C’est arrivé subitement apparemment… Je ne comprends pas.

  • De telles choses ne se produisent pas sans raison, réfléchit Alice.

  • Je n’arrive pas non plus à reconstituer les événements, soupira Charles. Ils m’ont juste annoncé les faits, froidement… Je ne comprends pas. Je n’arrive pas à y croire.

  • Quand pars-tu ?, demanda Enerst.

  • Demain. Demain matin, je prendrai le premier train.

Nina les regarda tous les trois. Elle ne comprenait pas un traitre mot de la discussion qui était en train de se dérouler devant elle. Que venait-il donc de se passer au 24 rue des Martyrs pour que son voisin soit si chamboulé ?

Dehors, la nuit finissait d’envelopper de son voile sombre la rue des Martyrs. Un vent léger soufflait entre les toits, perturbant à peine la quiétude des immeubles endormis. Jamais soirée n’aurait pu paraître aussi banale si la petite fenêtre ronde du Perchoir n’avait pas encore été allumée à une heure aussi tardive. A cet instant précis, aucun des quatre voisins n’aurait pu se douter que, quelque part, une page de l’histoire venait de se tourner pour des milliers d’individus au destin plus incertain que jamais. Ils ne savaient pas davantage que ce qui venait de se produire n’était que les prémices d’une succession d’événements qui allaient bientôt bouleverser leur vie à tous.

La lune apparut quelques secondes au coin de la rue des Martyrs avant de disparaître derrière un nuage sombre.

J’ai envie de vous en dire plus sur l’idée qui me passe par la tête. J’ai envie de laisser choisir la suite aux lecteurs et de l’écrire. Voire même de les laisser choisir un personnage. Est-ce que ça vous intéresserait ? Si oui, qu’est-ce que vous attendriez de cette idée. Si non, pourquoi ?

Édité par Moody_jr

+2 -0

J'ai envie de dire que pour l'instant, c'est plutôt pas mal. Le style est bon, et c'est l'important étant donné que l'intrigue est encore en train de se mettre en place.

Quand à laisser les lecteurs choisirs et écrire, j'y vois quelques problèmes :

  • Il faut des lecteurs très intéressés, et malheureusement tu n'en as pas, et n'en auras pas avec si peu de matière.
  • Il faut que tes lecteurs écrivent bien. Sinon ta propre histoire te semblera moche.
  • Malgré tout, c'est ton histoire que tu es en train d'écrire. Je ne sais pas si c'est ta première, surtout au regard de ton style, mais c'est la tienne. Et comme tu l'as dit, tu as envie d'écrire la suite. Au final, l'intrigue et tous les personnages t'appartiennent, et ce n'est vraiment pas facile de les donner, surtout quand d'autres font des choix contraires aux tiens.

La vie, c'est comme les mirabelles

+0 -0
Staff

Pour ne pas être influencé, je n'ai pas lu les autres réactions avant d'écrire la mienne.

Je précise aussi que tout ce qui suit n'est que mon avis, qu'il n'engage que moi, que je n'y mets pas spécialement les formes pour rester lisible mais que je ne suis pas là pour t'enfoncer et que si tu décides de te torcher avec, c'est ton droit le plus strict.


Le fond

Le prologue-incompréhensible-tant-qu'on-a-pas-lu-le-reste : c'est un exercice casse-gueule que les auteurs aiment bien (et que j'ai moi aussi pas mal utilisé), mais qui en général n'apporte strictement rien au lecteur, voire de la frustration.

Tout le début, tu nous envoies des tas de personnages plus ou moins complètement présentés avec plus ou moins de liens entre eux. Du coup, en tant que lecteur, je me sens perdu et je n'accroche pas. Là où ça devient vraiment problématique, c'est que c'est le début de ton histoire, donc le seul et unique moyen que tu as pour accrocher ton lecteur. Si je n'avais pas fait preuve de bonne volonté, j'aurais abandonné à peu près à "Il lui annonçait avec un smiley l’arrivée d’une nouvelle voisine sur le pallier.", parce qu'arrivé là (et sans compter le prologue), je ne sais toujours pas vers où tu veux aller – dans le sens où je ne peux même pas encore déterminer le genre du texte.

Je rentre plus dans les détails, mais attention à la cohérence, qui n'est pas toujours là. Par exemple, tu décris ton héros comme "rugbyman" puis "grande brindille fragile".

Les annonces de suspense comme " Ils ne savaient pas davantage que ce qui venait de se produire n’était que les prémices d’une succession d’événements qui allaient bientôt bouleverser leur vie à tous." : à moins de savoir très exactement ce que tu fais, à bannir à vue. Vraiment. C'est un coup à te tuer un texte – et ce n'est pas qu'une supposition, c'est par exemple ce qui fait passer La Malerune, Tome 1 : Les Armes de Garamont de Pierre Grimbert de "livre sympa" à "pavé pénible".

Quant à l'histoire, pour l'instant il ne se passe rien, je ne peux donc rien en dire. En presque 14000 SEC (une nouvelle – sans le prologue), je trouve ça dommage.

La forme

D'un point de vue technique, c'est propre : y'a pas de fautes, la typographie est propre, y'a pas de phrases de 15 kilomètres mais ce n'est pas que des phrases "sujet verbe". Rien que ça, c'est mieux que 90% des textes qu'on peut lire sur le net. Ton texte mériterait par contre une relecture sur des points de styles : virgules (essaie de lire ta première phrase à voix haute), répétitions, passifs, etc. Mais c'est du travail de relecture, donc pas à faire tout de suite.

J'ai, surtout au début, une impression de cliché et de déjà-vu. Le titre (qui en soi est original mais ressemble à plein de trucs connus, de part le "drag" qui fait penser à "dragon" et la terminale en "mont" qui fait très "médiéval"), des expressions toutes faites un peu partout dans ton texte. Exemple : "Autour de la table, il régnait un silence de mort. Ils étaient une quarantaine, le visage grave. Tous étaient au courant de ce qui venait de ce passer, il n’y avait pas de doute possible."

C'est plus globalement un problème de style que je ne trouve pas fluide du tout, pas impliqué, trop froid et détaché. Exemple : dans ton prologue, j'ai l'impression de lire un documentaire sur "un homme qui meurt de façon douloureuse", pas de le vivre. De même, tu t'embrouilles parfois dans des phrases qui enchaînent des éléments sans rapports les uns avec les autres. Exemple : "Les bras chargés d’assiettes, il renonça à attraper l’objet et fila déposer les plats sur la table de dix personnes qui riaient bruyamment sur la terrasse de l’Albatros."

En vrac :

Les dialogues commencent par des tirets cadratins — que tu peux faire en markdown : ---

et enfouit son globe oculaire contre l’œil de bœuf.

D'une l'expression est atroce (j'ai mis 15 secondes à la comprendre), ensuite tu confonds œil de bœuf et judas.

Y'a pas que 5 étages au 24 rue des Martyrs ?


En fait, vu ce que tu nous proposes, je n'ai pas d'énorme problème à soulever. C'est plus du domaine du tas de petits réglages. Du coup je peux difficilement faire mieux que te donner les axes que j'essaie d'appliquer moi-même :

  • L'histoire et les personnages doivent être cohérents (ce qui ne veut pas dire "réaliste")
  • Show, don't tell
  • Un texte se lit avec les 5 sens
  • "La perfection est atteinte, Non pas lorsqu'il n'y a plus rien à ajouter, Mais lorsqu'il n'y a plus rien à retirer." (Attribuée à Antoine de St Exupery), même si elle est plus vraie pour les nouvelles.
  • En français, les voix passives sont en général remplacées avantageusement par une voix active
  • Les adverbes peuvent souvent être supprimés

Concernant ton idée, je dirais que c'est beaucoup trop casse gueule. L'idée amusante et plus intéressante serait de jouer à ça avec un ou plusieurs amis : chacun écrit un chapitre en essayant de respecter la cohérence de l'ensemble.

Tiens, pour SpaceFox, qu'est-ce que tu entends pas voix passive et voix active ?

Et sinon, au niveau de l'orthographe, je crois n'avoir repéré que 2 ou 3 fautes dans tout le texte, ce qui est largement acceptable à ce niveau-là (même si "ce" à la place de "se", c'est pas beau :/ )

EDIT : ton lien wikipédia est mauvais, voici le correct : Show, don't tell

Édité par Phigger

La vie, c'est comme les mirabelles

+0 -0
Staff

Tiens, pour SpaceFox, qu'est-ce que tu entends pas voix passive et voix active ?

Ceci : https://fr.wikipedia.org/wiki/Voix_passive

L'exemple typique est :

  • Voix active : Le chat mange la souris
  • Voix passive : La souris est mangée par le chat

L'anglais utilise énormément la voix passive, mais elle est vite très lourde en français. Cela dit, le texte proposé est très loin des abus que j'ai pu lire.

Auteur du sujet

Salut Phigger,

Je te remercie sincèrement d'avoir pris le temps de lire le texte et de me donner ton opinion.

Tu as soulevé quelques questions et j'aimerais te donner davantage d'informations sur le concept de l'histoire. En gros, l'idée serait de proposer trois suites à l'issue de chaque chapitre. Le lecteur vote pour la suite qui lui fait le plus envie et celle qui reçoit le plus de votes est choisie. J'écris donc la suite la plus plébiscitée. L'histoire reste la mienne tout en permettant aux lecteurs d'y contribuer.

Est-ce que sous cet angle le concept te plairait davantage ?

+0 -0
Auteur du sujet

Bonjour SpaceFox,

Tout d’abord merci d’avoir pris le temps de me faire un retour aussi détaillé. Je vais donc répondre à chacune de tes remarques.

Le fond

Ce que tu appelles “le prologue-incompréhensible-tant-qu’on-a-pas-lu-le-reste” : c’est vraiment un choix et pour le coup je me suis placé en tant que lecteur. J’ai le souvenir d’avoir beaucoup aimé avoir de l’intrigue dès le démarrage de l’histoire, quelque chose d’incompréhensible qui me donne envie de pousser plus loin.

Le nombre de personnages : je suis assez d’accord avec ta remarque. Je me suis posé la question en écrivant. Je sais que ça peut être problématique de découvrir beaucoup de personnages d’un coup. Le risque est clairement de perdre le lecteur dès le début. Je vais réfléchir à une façon d’optimiser les premiers chapitres dans ce sens.

En ce qui concerne la cohérence, nous ne sommes plus sur le même personnage donc il me semble qu’il n’y a pas de problème de ce côté là ;)

Je note ton opinion pour les annonces de suspens. Là encore, c’est probablement très subjectif mais je les aime beaucoup en tant que lecteur. Je comprends très bien qu’elles puissent ne pas être appréciées.

“Il ne se passe rien au début de l’histoire” : comme ma volonté est de faire choisir éventuellement la suite/les personnages aux lecteurs, j’ai besoin de planter un décors.

La forme

Relecture : oui, c’est nécessaire d’être relu par quelqu’un d’autre que soi.

Je note tes remarques concernant le style. Ca reste quelque chose de propre à chaque personne il me semble.

En vrac

J’ai eu du mal à faire les tirets sur le forum.

Merci pour la remarque sur l’oeil de boeuf…

Merci pour les conseils à appliquer.

Concernant le concept de l’histoire, je viens juste de répondre dans un dernier post. Qu’en penses-tu ?

Merci !

J'envisage de soumettre un texte retravaillé avec les remarques :)

+0 -0
Vous devez être connecté pour pouvoir poster un message.
Connexion

Pas encore inscrit ?

Créez un compte en une minute pour profiter pleinement de toutes les fonctionnalités de Zeste de Savoir. Ici, tout est gratuit et sans publicité.
Créer un compte