Du bon usage des tests ADN

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Auteur du sujet

Bonsoir !

Jusqu'à ce soir, je pensais naïvement qu'un test ADN était infaillible (c'est-à-dire, aux éventuelles erreurs de manipulation près). En lisant cet article sur le blog Passeur de science, j'ai changé d'avis. Si vous n'avez pas le courage de le lire vous-mêmes (c'est votre dernière chance, après je spoile !), en voici un résumé : un couple a un enfant suite à une fécondation in vitro. Un test ADN est effectué, et il indique que l'homme n'est pas le père biologique de l'enfant. Le laboratoire n'a pas commis d'erreur : il a bien pris des spermatozoïdes de l'homme et des ovules de la femme.

Que s'est-il passé ?

L'homme est une chimère : il a deux génômes. L'un est le sien et l'autre celui de son frère jumeau, qui n'a jamais dépassé le stade d'embryon. Leurs cellules se sont mélangées lors de la grossesse. Pour découvrir cela, un autre test ADN a été fait pour rechercher des liens de parenté plus éloignés. Il s'avère que génétiquement, le père de l'enfant est en fait son oncle. Vous suivez ? :D

Du coup, j'ai plusieurs questions.

  • Est-ce que vous connaissez d'autres raisons pour lesquelles un enfant pourrait ne pas hériter des gènes de ses parents (hors adoption bien sûr) ?

  • Qu'est-ce que cela implique d'un point de vue judiciaire et/ou sociétal ? Cela a l'air assez rare comme situation, mais ça veut quand même dire qu'il faut faire très attention quand on utilise cet outil…

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Coucou !

c'est un article très intéressant sur les limites du séquençage à tout bout de champ ; y'a de nombreuses raisons (toutes aussi sérieuses les unes que les autres) pour limiter l'utilisation du séquençage, tests ADN et cie…

Alors soyons honnêtes : qu'un enfant n'hérite pas des gènes de ses parents, c'est du très rare. il faut tenir compte des mutations certes mais le taux est très faible. Au niveau de la séquence, on sera du du epsilon près. EDIT : si on parles du très très improbable, des situations où un spermatozoïde a un chromosome en moins (monosomie pour une paire de chromosome) et l'ovocyte un en trop (donc deux chromosomes au lieu d'un seul) et comme par hasard, sur la même paire, donc l'enfant aura une paire de chromosomes exclusivement maternels. Donc il aura un chromosome entier qui ne proviendra pas du père. Mais bon, c'est vraiment, vraiment très rare - et pas facilement détectable non plus.

En revanche, on peut aussi discuter sur « l'efficacité » des gènes récupérés ; ça s'appelle l'épigénétique et c'est un sous-domaine de la biologie qui t'explique que même avec la moitié du génome de chacun de tes parents tu pourras avoir quelques différences notables non pas au niveau de la séquence (donc indétectable par le test ADN classique) mais de leur taux d'expression. Ça permet de discuter de l'importance de la séquence ADN et tout et tout.

Et puis, très souvent un caractère c'est plus qu'un gène c'est plusieurs gènes et que deux parents de groupe sanguin O peuvent avoir un enfant de groupe sanguin A. Là encore, pas vraiment que le gosse a de l'ADN non parental mais juste une histoire de combinaison d'allèles qui font que. Ça laisse à discuter de la pertinence de faire des tests à tout bout de champ.

Enfin, ça soulève le problème de l'importance du test ADN au niveau de la société. Ce qui nous pend au nez, c'est un dépistage de la séquence ADN pour les assurances « pour avoir une ristourne s'il s'avère que vous n'avez aucune prédisposition au cancer/ à Alzheimer (connue, of course, donc c'est aussi un sujet de discussion) eh bah ristourne », sous-entendu « ceux qui ont une prédisposition démerdez-vous », des tests ADN pour l'accès à « quelques posts importants et stratégiques qu'on peut pas laisser à n'importe qui », ou encore « je veux être sûr que mon gosse n'aura pas de problèmes à l'oeil comme ma grand-mère plus tard, séquencez son génome et si y'a un risque j'avorte ». C'est un outil assez dangereux (comme de nombreuses choses) s'il est utilisé officiellement pour de bonnes raisons, dans les faits pour des choses complètement injustifiées. Et ce sont des débats qui nous pendent au nez, au demeurant. Je crois que c'est en partie en législation actuellement aux USA mais j'en sais pas plus.

Édité par Goeland-croquant

Ich bin très occupé cette année. Ne vous étonnez pas si je réponds par intermittence.

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Staff

Qu'est-ce que cela implique d'un point de vue judiciaire

Tu veux dire, en regard de son statut juridique de père ? Je ne suis pas un expert en matière de filiation (il faudrait donc que je regarde s'il y a déjà eu de la jurisprudence à ce propos, étant donné que c'est un fait très, très rare) mais ça ne devrait pas changer grand-chose compte tenu que l'on connait la cause génétique produisant le résultat. Ainsi, je suppose qu'une fiction juridique sera appliquée donnant le statut de père "biologique" vis à vis de l'enfant.

Du reste, le n'oiseau du dessus a très bien répondu :)

Édité par Arius

Staff

Salut,

Je n'avais jamais entendu parler cela. Merci pour cette information déroutante. :)

Tu veux dire, en regarde de son statut juridique de père ? Je ne suis pas un expert en matière de filiation (il faudrait donc que je regarde s'il y a déjà eu de la jurisprudence à ce propos, étant donné que c'est un fait très, très rare) mais ça ne devrait pas changer grand-chose compte tenu que l'on connait la cause génétique produisant le résultat. Ainsi, je suppose qu'une fiction juridique sera appliquée donnant le statut de père "biologique" à l'enfant.

Arius

Je suis du même avis, d'autant que le père ne sera inquiété que si une action en contestation de paternité est intentée et je ne vois pas trop qui s'amuserait à le faire (à part la mère si le couple se sépare en mauvais termes par après :-° ).

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Staff

à part la mère si le couple se sépare en mauvais termes par après

Ce n'est pas lui le père, c'est son frère qui n'a jamais dépassé le stade de quelques cellules et qui n'a aucune existence légale ! Mon mari a juste fabriqué des spermatozoïde pour lui.

Je doute que ça passe devant un tribunal. :D

Hier, dans le parc, j'ai vu une petite vieille entourée de dinosaures aviens. Je donne pas cher de sa peau.

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Auteur du sujet

Merci pour vos réponses !

Je trouve ça vraiment fascinant comme phénomène. Je me demande combien de gens sont des chimères sans le savoir…

Cela peut donner d'autres situations intéressantes. Imaginons par exemple qu'un suspect soit innocenté grâce à son ADN (différent de celui retrouvé sur une scène de crime). Et si ce fameux suspect est une chimère et que la partie de son corps qui a fourni l'ADN pour le test n'est pas la bonne ?

Pour l'épigénétique, est-ce que c'est quelque chose qui peut se transmettre (et si oui, par quel moyen puisque ce ne sont pas les gènes) ou c'est l'environnement qui va décider si un gène est exprimé ou pas ?

P.S. "Fabricant de spermatozoïdes", un métier d'avenir ?

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Staff

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Très rapidement, l'épigénétique est (entre autre) dû à des molécules (éthyle) qui viennent placer sur certains gènes, empêchant/limitant leur expression. Ces molécules peuvent être mises et enlevée sur les gènes. Elles sont transmises avec les gènes lorsque présentes dans les cellules type ovule/spermatozoïde. Donc ce genre de mécanisme épigénétique est potentiellement transmis.

Hier, dans le parc, j'ai vu une petite vieille entourée de dinosaures aviens. Je donne pas cher de sa peau.

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Bah la probabilité qu'il modifie exactement la chromatine comme le feraient des enzymes est très très faible. Par contre ça peut (m)éthyler les bases azotées assez facilement, y'a des produits déjà existants qui utilisent ce principe pour induire des mutations (incontrôlables par contre, c'est de l'aléatoire), par contre avant d'arriver à la chromatine, faut passer par les protéines extracellulaires, pénétrer la cellule, remonter jusqu'au noyau, toucher l'ADN, en slalomant entre tout. Y'a toutes les chances que ça ait déjà réagit avant ! Les produits mutagènes eux sont designés pour être un peu plus spécifique des bases azotées. Mais on dérive à peine de la conversation.

Ich bin très occupé cette année. Ne vous étonnez pas si je réponds par intermittence.

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Staff

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Imaginons par exemple qu'un suspect soit innocenté grâce à son ADN (différent de celui retrouvé sur une scène de crime). Et si ce fameux suspect est une chimère et que la partie de son corps qui a fourni l'ADN pour le test n'est pas la bonne ?

Fort heureusement, on ne se base pas que sur l'élément matériel pour juger une personne et de plus, le fait qu'il soit une chimère ne lèvera pas à lui seul les soupçons. Et l'on peut toujours refaire des analyses pour s'en assurer. ;)

Puisque nous parlons de cela : http://www.futura-sciences.com/magazines/sante/infos/actu/d/genetique-criminologie-test-adn-peut-il-faire-accuser-innocent-60328/

Édité par Arius

EN fait j'en sais rien si ce produit peut méthyler les bases azotées ou pas, je sais que c'est possible et qu'on emploie des drogues méthylantes pour faire de la mutagenèse. Après, de mes souvenirs l'iode est un assez bon groupement partant donc avant d'atteindre le noyau il aura toutes ses chances de méthyler ailleurs, mais j'en sais pas plus. Disons que ça doit être possible en mélangeant directement les bases azotées et le produit, mais in vivo…

Ich bin très occupé cette année. Ne vous étonnez pas si je réponds par intermittence.

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