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Apprenez les hiéroglyphes !

Guide pour lire (et comprendre un peu) les hiéroglyphes égyptiens

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Les hiéroglyphes sont sans doute un élément des plus connus de l’Égypte antique : ils en illustrent à la fois la finesse, la beauté et la complexité. Je vous propose ici d'apprendre à les lire, c’est-à-dire de connaître les sons signifiés par les lettres, et aussi de commencer à en comprendre le sens, avec quelques exemples ciblés.
Ce n’est donc en aucun cas un cours de langue égyptienne antique, mais simplement un guide à la lecture.

Bref, prenez un siège, un papier, un crayon, du pop-corn, et allons-y :D !

Un peu d'histoire

Avant de passer au vif du sujet, voici quelques éléments, pour bien comprendre l’histoire de ces lettres mystérieuses.

Dans l’absolu, vous pouvez passer cette partie, elle ne vous apprendra rien sur la lecture des hiéroglyphes. Mais si ce sujet vous intéresse, je vous enjoins chaleureusement à lire ce qui suit.

Évolution des hiéroglyphes

Les premières inscriptions hiéroglyphiques connues remontent à 3200 av. J.-C. et ont été découvertes à Abydos, dans le sud de l’Égypte. C’est à peu près à la même époque qu’apparaît l’écriture cunéiforme en Mésopotamie. Y a-t-il un lien entre ces deux systèmes ? Certains chercheurs en ont fait l’hypothèse, mais rien ne permet de le démontrer concrètement.
Les premiers usages de hiéroglyphes sont très proches de représentations artistiques, mais leur ordre et leur disposition sont déjà réglementés 1. Au début, l’utilisation de ces signes est restreinte à l’entourage royal, mais ce système de notation se diffuse très vite, d’abord dans un but commémoratif (honorer les morts), puis enfin pour noter la parole1.

Au cours de son évolution, le système hiéroglyphique se complexifie peu à peu, d’abord très basé sur les idéogrammes, puis s’en écartant peu à peu. Des signes commencent à désigner des sons, et non plus des concepts, et plusieurs supports deviennent possibles pour les hiéroglyphes : la pierre, bien sûr, mais aussi la peinture sur bois (comme sur les sarcophages) ou le fameux papyrus. Le papy russe papyrus est un papier issu de la plante de même nom, découpée en lamelles, qui ont été assemblées puis compressées : on écrit dessus à l’aide d’une calame, qui n’est autre qu’un roseau taillé.

Je vous présente un papyrus :D
Je vous présente un papyrus :D

Mais toutes les bonnes choses ont une fin : à partir du VIIIème siècle av. J.-C., l’usage des hiéroglyphes se perd peu à peu, notamment avec les invasions étrangères. Ce système est alors considéré comme magique, révélant un savoir allégorique : d’où d’ailleurs le nom des hiéroglyphes, de hiero, « sacré », et glyphe, « signe gravé » 2.
Le dernier écrit hiéroglyphique est l’inscription d'Esmet-Akhom, écrit le 24 août 394, à Philae.

Les hiéroglyphes ont laissé malgré tout plusieurs systèmes d’écriture derrière eux :

  • L'écriture hiératique, sorte de dactylographie des hiéroglyphes, qui en simplifie les motifs pour augmenter le rythme d’écriture. Ce système, utilisé dans l’administration, la religion et la culture, a été vigueur dès le 4ème millénaire av. J.-C. jusqu’au IIIème siècle ap. J.-C.
Quelques correspondances hiéroglyphes-hiératique
Quelques correspondances hiéroglyphes-hiératique
  • Le démotique, version simplifiée de l’écriture hiératique, est utilisé dans la vie courante (commerce, etc.) et l’administration : il est apparu vers le VIIème siècle av. J.-C. et la dernière inscription démotique connue date de 452 ap. J.-C.
  • L'écriture copte est le dernier survivant de cette généalogie, avec quelques rares usages de nos jours, principalement dans un rôle liturgique, par l’Église orthodoxe copte. Il s’agit cette fois-ci d’un alphabet cursif3, extrêmement influencé par l’alphabet grec, mais avec quelques éléments directement hérités du démotique et donc, indirectement, des hiéroglyphes.

Déchiffrer les hiéroglyphes (en très gros)

Comme on l’a dit, la signification attribuée aux hiéroglyphes a très vite été liée à la magie ou à l’occultisme, et cela n’a fait que s’accentuer après la disparition de leur usage. Longtemps on a cru que les hiéroglyphes étaient liés à un savoir magique, non seulement en Europe (concept de « langue sapientiale ») mais aussi au Moyen-Orient, avec les descriptions fantaisistes de Dhul-Nun al-Misri (IXème siècle).
Ceci dit, plusieurs individus ont pu fournir de premiers éléments de décryptage : c’est le cas d’Horapollon, auteur supposé de Hieroglyphica, traité du Vème siècle décrivant de manière fantaisiste les hiéroglyphes, mais quelquefois en faisant mouche ; ou encore Ibn Wahshiyya (Xème siècle) rapprochant certains signes avec le copte et obtenant, de fait, certaines réussites.

Tout à coup... :D
Tout à coup... :D

Mais c’est clairement la Pierre de Rosette qui fut le déclencheur d’un décryptage en règle des hiéroglyphes. Fragment de stèle véhiculant un décret royal, son intérêt exceptionnel tient à ce qu’elle comporte le même texte en trois écritures différentes : en grec ancien, en démotique, et en hiéroglyphes. Découverte à la toute fin du XVIIIème siècle, elle évoqua rapidement la curiosité de nombreux chercheurs qui se mirent à travailler sur des copies de cette pierre. Finalement, c’est Jean-François Champollion (cocorico) qui mit au point, en 1822, une première traduction, signant le début du déchiffrement des hiéroglyphes.

Ce n’est cependant qu’au début du XXème siècle que commencent à s’imposer des standards de lecture pour les hiéroglyphes, chaque auteur utilisant jusque-là son propre système de sons. Ces conventions ont d’abord touché le monde germanophone, avec le Wörterbuch d’Erman et Grapow (dès 1926), puis au monde anglophone, avec Gardiner (1954) ou Edel (1955). Des usages plus fidèles de la prononciation ont été mis au point par la suite (Schenkel, Schneider) mais sont moins utilisés, notamment dans les milieux universitaires anglophones où Gardiner reste une référence.


  1. Source.

  2. Le mot « hiéroglyphe » ne désigne donc pas uniquement les inscriptions égyptiennes. Il existe aussi des hiéroglyphes crétois, micmacs, hittites, etc.

  3. C’est-à-dire que les lettres d’un même mot sont reliées les unes aux autres.

Le vif du sujet : comment lire les signes ?

C’est bien beau tout cela, mais cela ne nous aidera pas à déchiffrer l’inscription qui nous intéresse !

Ce qu’il faut d’abord savoir sur les hiéroglyphes, c’est qu’il ne s’agit pas d’un alphabet normal ou d’un système d’idéogrammes 1 : c’est un abjad (ou alphabet consonantique). Ceux qui connaissent l’arabe et l’hébreu verront que les systèmes d’écriture de ces langues fonctionnent de la même manière, ce qui n’est pas étonnant vue la proximité géographique.
Grosso modo, cela signifie que dans un mot, seules les consonnes sont écrites : ainsi donc, pour écrire le nom du dieu Snéfrou, les Égyptiens ne notaient en fait que snfrw (à vos souhaits). Pour pouvoir prononcer ce tas informe de consonnes, l’usage est de rajouter des voyelles par-ci par-là, soit les voyelles correspondantes aux semi-voyelles indiquées (w donne « ou », y donne « i », etc.), soit on rajoute des « e ». Snfrw devient donc « Snéfrou », nfrtyty « Néfertiti », etc. : mais il ne s’agit dans tous les cas que de reconstitutions, qui sont sans doute imparfaites.

Il existe environ 25 sons utilisés dans la langue égyptienne, exposés dans le tableau ci-dessous, avec dans l’ordre :

Hiéroglyphe Symbole Son Hiér. Symbole Son Hiér. Symbole Son Hiér. Symbole Son
A ȝ /a/ I /j/ (ou quelquefois /a/) II ou Y y /iː/ Ayin ˁ /aː/
W ou W-variante w /w/ B b /b/ P p /p/ F f /f/
M m /m/ N ou N-variante n /n/ r r /r/ (ou /l/) H h /h/
HH /ħ/ KH /χ/ Tch /ç/ Z z /z/ (ou /s/)
S s /s/ Sh š /ʃ/ Q /q/ K k /k/
G g /g/ T t /t/ Tch /t͡ʃ/ d d /d/
Dj /d͡ʒ/
Les hiéroglyphes monolittéraux.

Et c’est tout ?

Non, vous vous doutez bien :D ! Il existe en fait plusieurs centaines de hiéroglyphes différents, environ entre 700 et 1000 (d’autres sources vont jusqu’à 4500 minimum), divisés en trois groupes :

  • Les monolittères, exposées plus haut, qui se transcrivent par un seul signe ;
  • Les bilittères, qui se transcrivent par deux signes. Par exemple, WP se transcrit wp.
  • Les trilittères, qui valent trois signes. xnt est transcrit ḫnt.

Je ne vais pas vous donner ici la liste totale des bilittères et trilittères, mais si vous voulez les apprendre, je vous conseille très chaleureusement d’utiliser Memrise qui m’a, personnellement, permis de les apprendre en un week-end. Je vous recommande surtout le cours de Brent Davis, qui regroupe la plupart des hiéroglyphes les plus courants : mais d’autres liens vous seront donnés dans la section « Aller plus loin et sources » ;)

L’info cool mais inutile : les hiéroglyphes étaient généralement colorées, bien que la peinture soit partie dans la plupart des cas. Elles avaient généralement une couleur spécifique (rouge pour b, bleu pour n, etc.), mais quelquefois, plusieurs couleurs sont attestées pour un même signe.


  1. Un système d’idéogramme est un système où chaque symbole désigne un concept précis. Par exemple, 人, ren, désigne une personne. Au contraire, dans notre alphabet, un symbole (par exemple « l ») ne désigne aucun concept particulier.

  2. J’avoue le faire par commodité, car c’est celui-ci que j’ai appris.

Pimentons la chose : combinaisons de hiéroglyphes et agencement

Les redondances

Nous avons donc vu comment les hiéroglyphes pouvaient correspondre à un ou plusieurs sons. Mais certains signes peuvent être lus de manière très différente, comme SK qui peut se transcrire sk (bilittéral) ou wȝḥ (trilittéral), ou alors st, qui peut être transcrit st, ȝs, ws ou ḥtm. Alors, comment faire pour lever cette ambiguïté ? Rajouter des signes !

  • HH st M (-signe ambigu-m) désigne clairement ḥtm ;

  • A st (ȝ-signe ambigu) est transcrit ȝs ;

  • SKK (signe ambigu-k) vaut sk ;

  • W-variante SK A HH (w-signe ambigu-ȝḥ) donne wȝḥ sans incertitude possible.

Une fois que vous savez cela, vous êtes prêts pour la grande révélation : *les redondances n’ont pas lieu qu’en situation d’ambiguïté. Cela signifie que les Égyptiens ne sont pas contre rajouter des signes inutiles, par exemple à un bilittère qui n’est pas ambigu du tout. De fait, un même mot peut s’écrire de très nombreuses manières différentes :

  • ḏd peut être écrit Dj d (ḏ-d), Dd (ḏd), Dd d (ḏd-d), Dj Dd d (ḏ-ḏd-d), voire Dd Dd (ḏd-ḏd).

  • P XA (p-ḫȝ), P KHA (p-ḫ-ȝ), P KH XA A (pḫ-ḫȝ-ȝ) donnent tous pḫȝ.

Bien sûr, dans la retranscription des hiéroglyphes, on ne note pas les signes redondants, sans quoi on se perdrait dans un flot indistinct de consonnes :p .

Cette redondance vous fait prendre conscience qu’en égyptien hiéroglyphique, il n’y a donc pas vraiment d’orthographe correcte : il faut juste indiquer les bons sons pour produire les bons mots. C’est comme si vous pouviez écrire le mot « fusée » : fusée, fusé, fuzai, phuzé, etc. Ça fait rêver :-° .

Les déterminants

L’autre difficulté de l’égyptien, c’est que les mots sont extrêmement polysémiques. Cela signifie qu’ils peuvent avoir beaucoup de sens différents. Quelques exemples :

  • pḫȝ désigne un type de grain, un type de boisson, le pavement, le pont d’un bateau et le fait de révéler un secret ;
  • ˁȝ peut signifier la grandeur, un âne, ou le fils aîné ;
  • On peut comprendre mr comme un canal, un lac artificiel, une libation, le fait de lier, une jarre de lait, une pyramide, la maladie, la douleur, une chose grave.

Pour démêler tout ça et choisir le bon sens pour la traduction, deux choses vont nous aider : le contexte (si c’est un texte sur les bateaux, on traduira pḫȝ comme le pont d’un bateau) et les déterminants (ou déterminatifs).

Les déterminants, ce sont des hiéroglyphes qui ne se transcrivent pas, c’est-à-dire qui n’ajoutent pas de son, mais qui précisent le sens du mot indiqué. Ces déterminants peuvent indiquer une personne, comme God-deter (divinité), Man-deter (homme) ou Woman-deter (femme), mais aussi un objet, Y3 (palette du scribe, servant à écrire), ou même un concept : Deter-Effort (effort).

Par exemple, le mot r peut avoir plusieurs sens :

  • r tout court est une proposition désignant la direction : à, vers, etc.

  • r Unité (avec le bâton signifiant une unité concrète) renvoie à la bouche ;

  • r Unité eau symbolise le bord de l’eau ;

  • r Unité SA-Oie symbolise d’abord l’oie cendrée, puis le gâteau fait en forme d’oie, et l’encens modelé en forme d’oie.

Mais bien sûr, les déterminants ne sont pas seulement utilisés en cas d’ambiguïté, mais peuvent simplement colorer la signification d’un mot. L’exemple le plus parlant que j’ai trouvé est K HH K HH Deter-bouche (kḥkḥ, avec le déterminant de l’homme portant la main à sa bouche), qui signifie une quinte de toux. C’est une évocation très imagée (et très amusante :p ), rendue encore plus concrète avec le dessin de l’homme portant la main à sa bouche.

Mise en forme textuelle

Maintenant que vous connaissez tout cela, il vous reste à voir comment les mots s’organisent entre eux pour forme un texte.

La première chose à savoir, c’est qu’il n’existe pas d’espace chez les égyptiens, ni de ponctuation. Cela signifie que tous les mots sont collés bout à bout, qu’il faut commencer à être l’aise avec la langue égyptienne pour séparer avec certitude les mots les uns des autres.

La deuxième chose, c’est que le sens de lecture des hiéroglyphes n’est pas forcément de gauche à droite : on peut aussi lire dans l’autre sens, de droite à gauche.

Mais alors, comment on sait dans quel sens il faut lire ?

L’astuce à retenir, c’est que la plupart des animaux et personnages regardent vers le point de départ de lecture : ainsi, on a vu jusque là des spécimens d’oiseaux et d’humains regardant principalement vers la gauche, c’est donc que la gauche est le point de départ de la lecture (on lit de gauche à droite). Si au contraire on avait : oie-retournée Unité r, il faudrait commencer à lire par la droite, car l’oie regarde vers la droite.
Vous noterez que certains hiéroglyphes, comme XA, dans le sens de lecture gauche-droite, regardent à droite (et non à gauche) : il faut donc ne pas être induit en erreurs par eux !
Il est enfin possible d’écrire verticalement, auquel cas on lit simplement de haut en bas. S’il y a plusieurs colonnes, on les lit dans le sens de lecture indiqué par le sens des hiéroglyphes.

En somme :

Lecture gauche-droite (les flèches notent la direction du regard des êtres vivants)
Lecture gauche-droite (les flèches notent la direction du regard des êtres vivants)
Lecture droite-gauche (idem)
Lecture droite-gauche (idem)
Lecture en colonnes. Les flèches notent la direction du regard des hiéroglyphes ; les numéros indiquent l'ordre de lecture des hiéroglyphes. Comme les hiéroglyphes regardent vers la droite, on lit de droite à gauche, et de bas en haut.
Lecture en colonnes. Les flèches notent la direction du regard des hiéroglyphes ; les numéros indiquent l'ordre de lecture des hiéroglyphes. Comme les hiéroglyphes regardent vers la droite, on lit de droite à gauche, et de bas en haut.

Bien sûr, dans un même document, on peut combiner les trois sens d’écriture, afin d’obtenir un effet de symétrie, par exemple, comme c’est le cas sur ce sarcophage du scribe Nesyamon.

Troisième révélation : les hiéroglyphes se notent rarement les uns après les autres, de manière sérielle, comme j’ai pu vous le montrer jusque-là (par commodité). Généralement, comme vous pouvez l’observer sur l’image ci-dessus, ils se combinent de sorte à laisser le moins d’espace blanc possible. Malgré tout, il ne s’agit pas d’une combinaison sauvage, mais rigoureusement ordonnée, selon des structures non-tracées appelées quadrats. Ces lignes organisent le placement des hiéroglyphes. Par exemple :

Quadrats
Quadrats

On combine donc les signes ne remplissant pas complètement un quadrat, comme Goose (3ème quadrat à partir de la droite). Cela permet d’obtenir un texte très ordonné et lisible.
L’utilisation de ces quadrats donne lieu à certaines pratiques afin de sauvegarder l’esthétique du texte écrit : il est possible de chambouler un peu l’ordre des hiéroglyphes afin de rendre l’arrangement plus facile, d’oublier certains signes ou, en cas de demi-quadrat ou quart de quadrat vide, d’ajouter un petit trait de remplissage.

Enfin, un autre élément de la mise en forme est ce que l’on appelle le cartouche : il s’agit simplement d’une bordure (souvent stylisé en palais ou en corde) entourant un nom propre (cf. image ci-dessous). On rencontre généralement cet élément quand il est question de dieux ou des (très multiples) noms portés par les pharaons :

Cartouche de Ramsès II (mr-ỉmn-rˁ-msz)
Cartouche de Ramsès II (mr-ỉmn-rˁ-msz)

Ces noms pharaoniques, d’ailleurs, font généralement mention d’un ou plusieurs dieux, qui sont placés en tête du nom, afin de les honorer (antéposition). Ainsi le nom de Toutânkhamon s’écrit :

Cartouche de Toutânkhamon
Cartouche de Toutânkhamon

mais il se transcrit sans tenir compte de ces antépositions : twt-ˁnḫ-ỉmn ḥḳȝ-ỉwnw-šmȝ. Bien sûr, sans connaître la syntaxe de l’égyptien, il est extrêmement difficile de détecter quand les antépositions ont réellement lieu ou pas, mais il est préférable que vous soyez au courant de l’existence de phénomène.

Il est temps de pratiquer :)

Ne vous attendez pas à réussir avec facilité tous ces exercices : le but de ces exercices est, justement, de vous aiguiller vers ce que vous ne connaissez pas encore.

Il vous est bien sûr conseillé d’avoir appris, ou au moins survolé, les hiéroglyphes mono-, bi- et trilittérales, ainsi que les déterminants.

Exercice 1 : commençons soft

Pour bien commencer, je vous demanderai de transcrire le nom « Clem » (d’après le nom de notre mascotte bien-aimée) en hiéroglyphes.

La solution :

Le nom de Clem
Le nom de Clem

Vous avez dû suivre les étapes suivantes :

  1. Enlever les voyelles du nom « Clem »: « clm » ;
  2. Trouver les hiéroglyphes correspondants : « c » donne K, « l » donne r, « m » donne M ;
  3. Empiler le K et le r, puisqu’ils ne prennent chacun qu’un demi-quadrat.
  4. Rajouter le déterminatif du végétal, de la plante ;
  5. Optionnellement, lacer le tout dans un cartouche, car il est question d’un nom propre très honorable :p ! Ici, nous n’avons pas de bi- ou tri-littère content la combinaison de consonnes contenue dans le nom krm1, mais s’il y en avait eu, nous aurions pu/dû l’utiliser.

Frustré de ne pas avoir trouvé un déterminatif pour les clémentines, j’ai en designé un, avec mes (ignobles) talents de graphiste :

Clem s'est incrustée !
Clem s'est incrustée !

Exercice 2 : le nom des dieux (𓂋𓈖𓊹𓊹𓊹𓀭)

Il faut déchiffrer les noms en hiéroglyphes aux dieux correspondants : je vous ai mis les déterminants figuratifs (c’est-à-dire représentant les dieux en question) pour vous aider ;) . Car oui, ce sont des indices.

Hiéroglyphe Nombre Chiffre Nom
Hiéroglyphe 1 1 A Anubis Anubis
Hiéroglyphe 2 2 B Isis Isis
Hiéroglyphe 3 3 C Maat Maât
Hiéroglyphe 4 4 D Nephtys Nephtys
Hiéroglyphe 5 5 E Nout Nout
Hiéroglyphe 6 6 F Osiris Osiris
Hiéroglyphe 7 7 G Sobek Sobek
Hiéroglyphe 8 8 H Thot Thot

La solution :

1C : Mâat. Il s’agit de la déesse de la justice et de l’équité : la plume sur sa tête correspond à la légèreté de l’âme pure.
2H : Thot, appelé comme tel à cause de la transcription en grec de son nom, Θώθ (Thoth). En égyptien, son nom ressemble plus à « d(j)éhouty » (dḥwty). Il s’agit du dieu de l’écriture.
3F : Osiris. Son nom se lit à l’envers : d’abord le siège, ws, puis l’œil, jr, donnant : wsjr. Divinité très importante, elle est particulièrement liée à l’agriculture et à la vie dans l’au-delà.
4G : Sobek, dieu de l’eau et de le fertilité, représenté par un crocodile peuplant le Nil.
5A : Anubis, Ἄνουβις (Anoubis) en grec mais ỉnpw en égyptien. Il est notamment liée à l’embaumement et le soin des dépouilles.
6E : Nout, déesse de la voûte céleste, représentée par le hiéroglyphe ressemblant à une table basse :p .
7B : Isis (version grecque) ou ȝst (version égyptienne). Le hiéroglyphe en forme d’œuf montre qu’il faut lire le hiéroglyphe en trône comme ȝs et non comme ḥtm, st, etc. Isis est la femme (et la sœur) d’Osiris.
8D : Nephtys (du grec Νέφθυς) ou nbtḥut est la sœur d’Isis et d’Osiris, souvent associée à sa sœur dans les représentations et les rites.
Vous aurez noté qu’un certain nombre de divinités ont un hiéroglyphe de leur nom sur la tête, ce qui simplifie considérablement la donne !

Exemple 3 : Petite mise en situation

Papyrus du Livre des Morts
Papyrus du Livre des Morts

Regardez attentivement le papyrus, et tâchez d’en tirer toutes les informations possibles.

1. Quelles sont les trois divinités représentées à droite ?

Solution :

Il est facile de répondre avec l’exercice précédent : Osiris sur le trône, Nephtys et Isis derrière, avec leurs hiéroglyphes respectifs sur la tête. Notez particulièrement le hiéroglyphe de Nephtys, fruit de l’intrication en les hiéroglyphes nb, t et ḥwt.

2. L’inscription à gauche de l’image donne le nom et le métier de l’individu prosterné. Quels sont-ils ?

Solution :

Il faut lire l’inscription de droite à gauche, car les hiéroglyphes sont tournés vers la droite.
Tout d’abord, les hiéroglyphes représentent le nom d’Osiris, avec le déterminant du dieu. C’est en fait que la personne en question est associée à Osiris (spoiler alert) parce qu’elle est morte.
Ensuite, on voit un écritoire et une calame de scribe égyptien : l’homme doit donc être scribe.
Enfin, son nom est présenté : ȝny, Ani, avec le déterminant du mort. Ce qui nous confirme bien qu’Ani est bien un macchabée !
On a donc affaire au scribe Ani, qui est mort et présente ses hommages au dieu de l’éternité, Osiris, en présence de ses deux sœurs. On note que l’offrande présentée devant Ani ressemble trait pour trait au hiéroglyphe hps, ḫpš, qui représente justement une cuisse de bovin.

3. (bonus) Que signifie les petites inscription restantes, près des sarcophages miniatures ?

Solution :

En fait, ce sont des vases canopes, vases utilisés lors de l’embaumement pour recueillir les organes du défunt : chaque organe est placé sous la protection d’un dieu donc le nom est indiqué par ces hiéroglyphes restants. Il est difficile de les déchiffrer, mais cela donne, de droite à gauche : Amset (mztỉ), Hapi (hpy), Douamoutef (dwȝmỉf), Kébehsénouf (ḳbḥf).

Exercice 4 : Lecture de cartouches royaux

Maintenant que nous sommes familiarisés avec le nom des dieux (au moins de certains), nous pouvons nous pencher sur les cartouches royaux, particulièrement utiles aux débutants. En effet, ils sont extrêmement nombreux (chaque pharaon avait 4 à 5 titres), sont assez petits (c’est plus facile et moins long à transcrire qu’un texte entier) et utilisent un lexique assez restreint.
Au-delà, donc, des cartouches présentés ici, je vous conseille vivement de vous entraîner sur des cartouches pris au hasard : cela vous donnera de l’aisance pour lire les hiéroglyphes, et vous pourrez commencer à acquérir du vocabulaire ;) !

À chaque fois, je vous donnerai un ou plusieurs cartouches, et il faudra simplement les transcrire. Dans la correction, je vous mettrai également la signification de chaque cartouche, et le pharaon correspondant.

Pharaon n°1

Cartouche n°1
Cartouche n°1

Solution :

ˁnḫ ḫprw rˁ, car le disque solaire est indiqué en antéposition. Le w de ḫprw est le pluriel, indiqué par la présence de 3 barres. 2 barres indiquent le duel, dont la terminaison est y (d’où le fait que deux traits donnent y).
Ce nom signifie « Les manifestations (ḫprw) de Râ () sont vie (ˁnḫ) ». Les pharaons ont généralement des noms très mystiques dans ce genre.

Il s’agit d’un pharaon de la XVIIIème dynastie, que nous connaissons donc sous le nom de Ânkh-Khéperourê.

Pharaon n°2

Cartouche n°2
Cartouche n°2

Solution :

wsr-s rˁ stp-n ptḥ
Ici, l’énoncé est en deux parties, ponctué par le nom de 2 dieux : Râ () et Path (ptḥ). Chacun de ces noms est antéposé au début de sa partie.
Ce nom signifie : « Puissance (wsr-s) de Râ (), élu (stp-n) de Ptah (ptḥ) ». C’est un titre du pharaon Psammouthis.

Pharaon n°3

Cartouches n°3
Cartouches n°3

Solution :

Premier cartouche
sbk ḥtp. Le premier hiéroglyphe est le nom du dieu Sobek (sbk), dont il est question dans l’exercice 2. Le mot ḥtp signifie « satisfaction, paix », ce qui nous donne : « Satisfaction de Sobek ».

Deuxième cartouche
ḫˁ rˁ nfr : là encore, il y a antéposition.
Cet autre nom de Sobekhotep IV signifie « Râ () est parfait (nfr) d’apparition (ḫˁ) » ou « La beauté (nfr) de Râ () est apparue (ḫˁ) ».

Pharaon n°4

Cartouche n°4
Cartouche n°4

Solution :

Premier cartouche
kȝ nḫt ḫˁ m mȝˁt.
Ce type de titres, appelé « Nom d’Horus », commence quasiment tout le temps par kȝ nḫt, c’est-à-dire « taureau puissant », puis complète cette dénomination par un attribut plus précis, ici : « apparaissant (ḫˁ) tel (m) Maât (mȝˁt) ». Le nom de la déesse n’est pas ici antéposé, car il est lié à une préposition (« tel », m). Vous aurez remarqué le cartouche en forme de palais (srḫ, serekh). Ce nom est celui d'Amenhotep III (amen-hotep : « Amon est satisfait » ou « Paix d’Amon »).

Deuxième cartouche
rˁ nb Mȝˁt.
C’est un titre très simple, qui signifie « Râ () est le seigneur/possesseur (nb) de Maât (Mȝˁt) », c’est-à-dire « Râ possède la justice et la droiture ».

Pharaon n°5

Cartouche n°5
Cartouche n°5

Solution :

Premier cartouche
rˁ msz ḥḳˁ ỉwn.
Vous aurez reconnu ici le nom de Ramsès, ici celui de Ramsès III. Cela signifie « Râ () l’a enfanté (msz) » puis « gouverneur (ḥḳˁ) d'Héliopolis (ỉwn) ».

Deuxième cartouche
wsr mȝˁt rˁ mr ỉmn. Les noms de Râ et d’Amon sont antéposés, mais pas celui de Maât.
Ce nom est divisé en deux parties, d’abord « La justice (mȝˁt) de Râ () est puissante (wsr) » puis « l’aimé (mr) d’Amon (ỉmn) ».

Pharaon n°6

Finissons par l’analyse d’un bout de l'obélisque de la Concorde.

Cartouche n°6
Cartouche n°6

Solution :

Colonnes de droite et de gauche :
sȝ rˁ
ỉmn rˁ msz
ˁnḫ dỉ

Comme vous voyez, le titre est annoncé par sȝ rˁ, c’est-à-dire « Fils de Râ » : c’est le nom du pharaon que l’on retient généralement dans les livres d’histoire. Ici, le nom Sȝ Rˁ de notre pharaon est « Amon (ỉmn) Râ () l’a engendré (msz) », plus connu sous le titre de Ramsès II. En dernière ligne, vous avez une formule honorifique, non pas ˁnḫ wḏȝ snb (« [à lui la] vie, prospérité, santé ») comme j’ai pu le penser, mais simplement « la vie (ˁnḫ) [lui est] donnée/accordée (dỉ) ».

Colonne du milieu :
sȝ rˁ
ỉmn mr
rˁ msz
ˁnḫ ḏt

Toujours introduit par le « Fils de Râ », le titre ne change pas : il est simplement écrit d’une autre matière, proprement équivalente. La dernière ligne varie simplement, en indiquant : « [à lui la] vie (ˁnḫ) pour toujours (ḏt) ».


  1. En fait, si, mais c’est assez rare comme signe, alors je ne l’utiliserai pas.

Aller plus loin & sources

Recommandations importantes

Avant tout, je vous recommande, tout spécialement, la chaîne de Le Scribe, qui vous permettra de revoir et d’approfondir ce que nous avons vu ensemble :) !
Vous avez aussi Hiero, site suisse francophone dédié à l’apprentissage de la langue égyptienne ;) .
Enfin, pour finir, je vous incite à télécharger le logiciel JSesh, qui sert à écrire en hiéroglyphes : c’est très pratique, et disponible sur Windows, Mac et Linux :D .

Lecture des hiéroglyphes

Comme annoncé plus haut, voici quelques cours Memrise sur les hiéroglyphes :

Voici aussi deux pages spécialement dédiées aux déterminants : en français ; en anglais.

Lexique et titulature

Là encore, quelques cours sur Memrise (en anglais) :

Vous pouvez aussi voir :

Dictionnaires

Pour ce qui est des dictionnaires d’égyptien, vous en avez beaucoup en anglais, et assez peu en français, mais voici une page de Lexilogos qui en énumère un certain nombre.
Vous avez aussi le très moderne et très efficace VÉgA, qui est un dictionnaire interactif, voire un traducteur, mais c’est malheureusement payant :(

Autres

Je tenais simplement à indiquer le fac-similé du papyrus d’Ani, copié et traduit dans cet autre document, que j’ai utilisé pour les exemples. Ce n’est pas, bien sûr, le seul document aussi bien numérisé, et je suis sûr que vous pourriez en trouver une multitude d’autres en farfouillant sur le net ;) .

En bonus : l'histoire trépidante d'Abou Simbel

Pour finir, je voudrais vous raconter une petite histoire.
La vignette de cette article est une inscription de la façade d’un temple d’Abou Simbel, site archéologique de l’extrême Sud de l’Égypte. Et ce temple a eu une histoire… mouvementée :D !
Asseyez-vous que je vous raconte ça.

On ne sait pas trop pourquoi Ramsès II a commandé ces temples : non pas qu’on ne trouve aucune raison pour cela, mais au contraire. Certains proposent que le pharaon a voulu imiter son père, Amenhotep III, en étant à son tour bâtisseur ; d’autres penchent pour une construction grandiose, destinée à éblouir la Nubie, alors sous le joug égyptien ; beaucoup s’accordent surtout à lui donner un rôle de commémoration et de propagande, pour célébrer la victoire de pharaon à Qadesh (victoire sur les Hittites, qui donnera lieu à un armistice). Toutes ces raisons peuvent se cumuler, de toute façon. Toujours est-il qu’en 20 ans, deux temples en émergé du sable, le plus grand étant dédié à Ramsès II, l’autre à son épouse Néfertari.
Ce temple sera oublié et enfoui, jusqu’à sa redécouverte en 1813 et son exploration en 1817.

Durant la fin des années 1950, l’Égypte connaît un mouvement de modernisation, sous l’impulsion de la politique du président Nasser. La construction du barrage d’Assouan en fait partie : on compte sur ce barrage pour fournir de l’électricité, augmenter les surfaces cultivables autour du Nil et, surtout, mettre un terme aux crues du Nil, qui durent depuis mémoire d’homme.
Le hic, c’est que cela engloutirait les temples à une grande profondeur, du fait du surplus d’eau causé par les barrages. Que faire ? Renoncer au barrage ? Vous n’y pensez pas :D !

Les temples sont débités en petits blocs de plusieurs tonnes, et sont reconstruits à l’identique sur une colline artificielle, construite à hauteur suffisante pour que les statues aient les pieds au sec.

Temples d'Abou Simbel : avant et après
Temples d'Abou Simbel : avant et après

Le chantier a duré 4 ans, sous l’égide de l’UNESCO, et a coûté environ 300 millions de dollars américains actuels… Un travail de titan ! Et maintenant, les temples d’Abou Simbel peuvent à nouveau être visités — par une centaine de touristes chaque jour.

Certains pays, lors de ces travaux, ont offert une participation substantielle à l’Égypte, qui a voulu les remercier en leur offrant… un temple égyptien ! Vous pouvez retrouver ces temples dans les 4 pays suivants :

Chacun de ces temples a sa propre histoire, que je ne développerai pas, mais, si vous passez à côté de l’un d’eux, n’hésitez pas à y faire un petit tour, en essayant d’en déchiffrer les hiéroglyphes ;) !


C’est tout pour ce tutoriel ! J’espère qu’il vous aura plu :)

Il peut-être souvent frustrant, car il donne peu d’éléments pour comprendre la véritable signification des hiéroglyphes, c’est-à-dire pour traduire un texte. Mais ça, c’est une autre histoire ;)

2 commentaires

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