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[Summertime] Le standard et sa petite histoire

Plantons le décor

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Temps de lecture estimé : 5 minutes

Salut !

Comme je le disais dans ce billet, depuis une semaine, je me suis beaucoup amusé sur le standard Summertime et je pense que ça peut être intéressant de partager le cheminement que j’ai suivi sur ce morceau. Ce billet se veut donc le premier d’une série, dans laquelle je vais décortiquer un standard de jazz à la recherche d’une interprétation convaincante.

Je pense qu’il est important de vous dire dès maintenant que si ces billets expliquent pourquoi et comment telle ou telle idée fonctionne, je suis pour autant incapable de savoir vraiment comment telle ou telle idée m’est venue : ceci n’est donc pas du tout un "cours" de jazz. C’est plutôt un récit, dans lequel les idées sortent d’un bouillon dont je ne saurais définir la recette, mais dont je suis capable d’expliquer les ingrédients. Du reste, tout ce que je sais avec certitude, c’est qu’il faut avoir les oreilles bien ouvertes et chanter dans sa tête.

Origines et interprétations de référence

Quand mon fils avait trois mois, pour son premier noël, on lui a offert un livre musical qui contient une dizaine d’airs de jazz parmi les plus célèbres. Dans ce livre, bien rangé aux côtés de Dave Brubeck, Duke Ellington et Thelonious Monk, on retrouve les premières mesures de ce morceau joué par Miles Davis :

Pour l’avoir chanté des centaines de fois à mon fils en imitant la trompette pour le faire rigoler, et bien qu’il en existe des milliers de reprises toutes plus extraordinaires les unes que les autres, c’est cet enregistrement de Miles Davis qui me vient spontanément dans les oreilles quand je pense à Summertime.

Ce qu’il y a de bien avec Miles Davis, c’est qu’on n’a pas besoin de palabrer des heures puisque dans les années 50 les américains ont trouvé un nouvel épithète exprès pour décrire ce son frais et feutré : cet adjectif, c’est cool. Qu’il s’agisse de la trompette ou de l’accompagnement, ici, tout est fluide et en sourdine, douceur et abandon.

Car, voyez-vous, Summertime est une berceuse au départ, comme on peut en juger par ses paroles, que l’on entend sur cette autre interprétation incontournable.

Summertime, and the livin’ is easy

Fish are jumpin’ and the cotton is high

Oh, your daddy’s rich and your ma is good-lookin’

So hush little baby, Don’t you cry

One of these mornings you’re gonna rise up singing

And you’ll spread your wings and you’ll take to the sky

But ’til that morning, there ain’t nothin’ can harm you

With Daddy and Mammy standin’ by

Paroles de Summertime

Pas de doute possible, c’est bien une berceuse. Mais pas que !

À mes yeux, ce qui décrit le mieux cette chanson, c’est le grand écart entre ses paroles et leur contexte.

C’est sur cette chanson que s’ouvre l’opéra Porgy and Bess de George Gershwin. Dans cet opéra, Summertime est utilisée comme un leitmotiv et vient régulièrement ponctuer à sa façon un récit qui, autrement, décrit un contexte très dur : la vie des Afro-Américains dans la Caroline du Sud des années 1930.

Musicalement, cela se traduit par une sonorité ambiguë : pas vraiment triste ni joyeuse mais plutôt les deux (très fort) à la fois. Et pour cause, puisque c’est un blues.

Pour contraster avec les deux précédents enregistrements, écoutons celui-ci dans lequel Oscar Peterson fait complètement abstraction de la berceuse originelle pour nous donner une leçon de blues à réveiller les morts :


Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce standard constitue un matériau de qualité pour peindre un spectre très large de paysages sonores1.

La prochaine fois, nous verrons que ce qui le rend aussi riche et catchy, c’est sa simplicité.


  1. Les anglophones utilisent le mot soundscape (contraction de sound et de landscape) pour parler d’une ambiance musicale. J’adore ce terme, car cela revient à penser la musique comme une histoire que l’on se raconte pour voyager. 

4 commentaires

Ben je suis content que ça plaise. :)

Je pense que ces billets seront peut-être utiles pour ceux qui auront suivi le tuto pour débuter le jazz. Le but est qu’ils aient un point de vue moins académique et plus pratique sur la question : "tiens, arrête de réfléchir sur le solfège pendant deux minutes, écoute ça, joue avec, tu vas voir."

Édité par nohar

I was a llama before it was cool

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