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Rédiger un Compte-Rendu

Outil démocratique indispensable à maîtriser

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Ce texte est issu d’une formation militante, mais peut avoir un intérêt plus large, dans tout cadre collectif qui se veut démocratique.

La rédaction de CR c’est un passage obligé dans l’apprentissage du militantisme, et si vous êtes autogestionnaires elle vous suivra toujours.

N’hésitez pas à vous proposer en réunion, et surtout n’hésitez pas à demander conseil et relecture à un·e camarade plus expérimenté·e car plus tôt vous apprendrez, au plus tôt vous pourrez être autonome pour militer et développer des espaces de luttes.

Le CR est un pilier de la démocratie autogestionnaire, il permet de donner à chacun·e une trace des décisions et la répartition des mandats. C’est le fil rouge d’une structure, qu’elle soit durable (un syndicat, une association, une orga) ou éphémère (une assemblée générale, …).

Dans le cas d’une structure pérenne, c’est bien souvent la seule trace écrite qui restera de l’activité militante plusieurs années après ; d’où l’importance de penser à archiver, mais on y reviendra plus tard…

Il y a bien sûr plusieurs types de CR, en fonction de ce dont ils rendent compte, nous allons parler principalement des CR de réunion ; mais nous ferons un détour sur les CR d’activité, les CR d’Assemblée Générale, et les CR d’observation, sans oublier bien entendu l’incontournable CR de mandat !

Le CR de réunion

Les réunions sont diverses, les structures aussi, cependant les CR suivent quasiment toujours le même schéma.

Tout d’abord et c’est primordial, ça a l’air bête, mais il faut titrer et dater un CR. C’est la première chose à faire. Autrement dans 1 mois vous ne saurez plus ce qu’est ce document et ce qu’il concerne, et il sera impossible de le contextualiser. Exemple : « Compte rendu de la réunion syndicale du 10/12/2017 ». Il est possible de mettre plus de détails, mais en général c’est amplement suffisant. Evitez tout de même de mettre seulement « réunion » sans qualificatif, autrement vous ne saurez pas s’il s’agit d’une réunion régulière, ou bien d’une réunion d’un groupe de travail, et les deux n’ont pas du tout la même portée décisionnelle.

Ensuite vient la liste des présent·es, des excusé·es, et éventuellement des absent·es (quand il y a une liste définie de mandaté·es par ex.). C’est important pour plusieurs raisons : la première, tout simplement pour que les absent·es puissent se faire une idée de qui était présent, la 2e parce que dans 1 mois vous aurez déjà oublié qui était là, et la 3e pour des exigences de transparence démocratique. Parfois les prénoms n’ont pas d’importance, notamment quand il s’agit d’une réunion de représentant·es mandaté·es auquel cas il faut remplacer par le nom des structures représentées. Parfois aussi, il faut se passer complètement de cette liste de présent·es, notamment pour un comité d’action qui peut flirter avec le légal (mais en général on ne se pose pas la question, c’est plutôt évident). Il peut être difficile d’établir cette liste, notamment quand on ne connait pas tous·tes les présent·es.

Il est important de savoir que la personne qui rédige le CR dispose durant la réunion d’un pouvoir unilatéral d’interruption du débat. On appelle cela une « intervention technique ». Vous pouvez la signaler à voix haute, même en coupant les intervenant·es. Si votre collectif est rodé à ces mécaniques il y a un signe qui permet de l’indiquer.

Interruption technique

Arrêtez donc le débat pour obtenir toutes les informations dont vous avez besoin !

Le point suivant est l’Ordre du Jour ! Selon les habitudes de réunion, vous pouvez au choix rédiger cet ordre du jour au début de la réunion ou à la fin. Il sert de sommaire au CR et doit se trouver dans le CR avant tout contenu de débat.

Vient ensuite le contenu proprement dit : faites un titre par point de l’ordre du jour, et autant de sous-titres que nécessaires. Le contenu en lui-même dépend bien évidemment du sujet de la réunion elle-même. Par contre il y a des éléments qu’il ne faudra pas oublier :

  1. la conclusion des débats ;
  2. les décisions prises ;
  3. les mandatements.

1) Il est bien entendu possible de prendre en note chaque intervention, chaque position défendue dans le débat, mais cela est fastidieux. Fastidieux à l’écriture bien sûr, mais aussi à la lecture ! Il est donc plus sage de se contenter la plupart du temps de noter la conclusion des débats.

Prendre la totalité d’un débat en note demande une logistique poussée, et un fastidieux travail supplémentaire après le débat notamment cela implique une double prise de notes simultanée ainsi qu’une fusion et une remise au propre par la suite, les personnes prenant en note ne peuvent absolument pas prendre part au débat ou difficilement, c’est donc à réserver lorsque cela a une réelle utilité, à savoir lors d’un débat de représentant·es dont l’expression doit pouvoir être contrôlée démocratiquement à posteriori. Ce n’est jamais le cas en réunion classique. Cela porte un nom bien distinct : un « compte-rendu de débats ».

2) Les décisions prises, c’est presque le plus important ! Prenez le temps de noter clairement les décisions qui sont prises, interrompez les discussions si vous avez besoin de vous concentrer et demandez à ce que la décision prise soit clairement énoncée et formulée.

Dans les réunions de représentant·es mandaté·es, le "CR de débats" est accompagné d’un « Relevé de décisions » qui comme son nom l’indique est une compilation de toutes les décisions, possiblement accompagné des tableaux de vote pour chaque décision c’est bien souvent plus précieux que le « CR de débats ».

3) Les mandatements : c’est l’un des éléments les plus importants, malheureusement il est fréquemment manquant des CR. C’est le moment de noter QUI est mandaté·e pour exécuter telle ou telle décision, telle ou telle tâche. Cela permet une grande transparence, de ne rien oublier, et de responsabiliser les militant·es.

Il est extrêmement important de faire ressortir d’une quelconque façon le nom de la personne mandaté·e afin que celle-ci puisse rapidement retrouver ce qu’elle doit faire en relisant le CR ! Mettez en gras et en rouge, allez à la ligne en faisant une flèche, bref, tous les moyens sont bons !

Dernière étape d’un CR de réunion, avant de l’envoyer aux parties intéressées, il va falloir faire ce qu’on appelle la mise au propre et la mise en page. Cela peut se faire dans un 2e temps, mais mieux vaut ne pas attendre, le plus tôt est le mieux. La mise au propre consiste à vérifier la présence de tous les éléments précédemment évoqués, à s’assurer que l’ordre du jour noté correspond à la réalité de la réunion, et surtout à éradiquer autant que possible les abréviations ! Bref, à rendre le CR compréhensible et utile à tout le monde. La mise en page vise à corriger les fautes (mais ce n’est absolument pas primordial, privilégiez le fond tant que c’est compréhensible !), et à rendre votre CR joli et agréable à la lecture.

Voilà, vous n’avez plus qu’à envoyer !

Le CR d’Assemblée Générale de lutte

C’est celui qui se rapproche le plus du CR de réunion, en fait une Assemblée Générale ce n’est rien moins qu’une réunion géante dont la principale particularité est qu’on ne connait à peu près aucune des personnes présentes et qu’on ne peut pas leur demander leur nom. Il est donc inutile de lister les présent·es, éventuellement le nombre de présent·es. Ce qui est crucial c’est de pouvoir noter les conclusions des débats et les décisions actées et il va falloir trouver un moyen d’identifier qui est mandaté·e.

Un CR d’Assemblée Générale est précieux sur deux aspects : il est le seul document à revêtir une valeur neutre pour la suite de la lutte, et il peut servir d’élément de communication publique : on peut par exemple décider de placarder le CR en A3 dans tous les bâtiments ! Il faudra par ailleurs penser à établir un moyen de faire parvenir le CR aux participant·es, chose non triviale lors d’une Assemblée Générale.

Le CR d'activité

C’est le plus particulier de tous, et en même temps le plus simple dans la forme. Dans la plupart des organisations autogestionnaires fédéralistes, il y a régulièrement une Circulaire ou un Bulletin Intérieur. C’est un document réalisé à l’échelon de la fédération qui va rassembler les documents importants et les contributions depuis sa dernière parution. Et l’une des plus importantes contributions, ce sont les CR d’activité des structures membres !

Ces CR d’activité permettent à tous·tes de se rendre compte de l’activité globale de la fédération, repérer des situations semblables, en bref, de réaliser un suivi de l’activité ! Il est important de rédiger régulièrement ces CR d’activité, l’idéal étant de mandater dans chaque structure une personne pour l’écrire sans faute avant chaque circulaire.

Sachez qu’il est extrêmement coûteux en énergie et en temps qu’un secrétariat doive rappeler les structures une par une pour obtenir un CR. Le plus efficace est donc d’ancrer la rédaction systématique de CR d’activité dans les pratiques normales des groupes. Cela nécessite certes une certaine autodiscipline, mais les bénéfices sont énormes. Cela est mutuellement motivant pour les différents groupes de militant·es de pouvoir constater de n’être pas seul·es à militer activement.

Venons-en au contenu : le CR d’activité n’a pas de contrainte de forme ou de contenu. Il doit décrire l’activité de la structure membre depuis le dernier CR envoyé, mentionner de nouvelles adhésions / départs et tout ce que vous jugerez utile de faire connaître aux autres structures membres de la fédération. Pensez à mentionner la période temporelle concernée par votre CR d’activité !

Le CR de mandat

Il fait partie intégrante de l’exécution d’un mandat : il faut rendre compte de l’exécution du mandat pour deux raisons :

  1. La transparence démocratique, il est important que tout le monde sache ce qui est fait et par qui ;
  2. Le contrôle démocratique, il est important que l’on sache collectivement ce qui est fait et ce qui ne l’est pas encore.

Cela n’est pas à des fins de réprimande pour les mandats non-faits, mais surtout pour pouvoir rectifier le tir et re-répartir les mandats. Il s’agit avant tout d’un besoin de visibilité collective afin de pouvoir réajuster continuellement le fonctionnement autogestionnaire. Venons donc au contenu et à la forme. Il n’y a pas de forme classique pour un CR de mandat, mais les recommandations habituelles restent de mise.

Veillez bien sûr à dater votre CR, mais aussi et surtout à le contextualiser : dans quel cadre vous effectuiez le mandat, quand avez-vous été mandaté·e, ce que vous deviez faire. Il faut que les lecteur·ices n’aient pas à fouiller les derniers CR de réunion pour comprendre de quoi vous parlez : votre CR doit se suffire à lui-même. Il doit contenir principalement des faits, et éventuellement une (courte) analyse politique de l’exécution du mandat.

Si vous n’avez pas rempli votre mandat, ou que vous vous apercevez que vous n’aurez pas la possibilité de le faire ou de le terminer, ENVOYEZ quand même un CR de mandat expliquant cela ! Plutôt que de passer sous le tapis la non-réalisation du mandat, explicitez-le : cela permettra au collectif de mandater quelqu’un·e d’autre et de prendre éventuellement conscience que le fonctionnement doit être changé !

Le CR d'observation

Celui-ci est un mixte entre le CR de réunion et le CR de mandat. On a assez peu l’occasion d’en faire, mais quand ça nous arrive, il faut bien y être préparé·e : c’est lorsque vous êtes mandaté·e pour assister à une réunion d’un autre collectif/organisation que la vôtre (cela peut être une réunion de votre fédération).

Il a pour objectif de rendre compte de ce que vous avez observé pendant la réunion : ce qui s’y est dit, et ce qu’il en ressort. Dans le meilleur des cas, vous pouvez vous épargner le plus gros du travail en récupérant le CR de la réunion en question mais cela n’est pas toujours possible, pour diverses raisons.

Les éléments importants diffèrent d’un CR de réunion :

  1. les points de la réunion ;
  2. l’analyse politique.

Les points de réunion

Tous les points de l’ordre du jour ne sont peut-être pas intéressants à rapporter, il vaut mieux se concentrer sur les points qui intéressent vos lecteur·ices, en mettant un accent sur les décisions prises.

L’analyse politique

Contrairement à un CR de réunion, un CR d’observation est entièrement subjectif et c’est ce qu’on attend de lui.

Pour chaque point, en plus des décisions, indiquez l’ambiance du débat, ce que vous en tirez comme conséquence politique du point de vue de votre groupe ; éventuellement vos observations sur les arcs de force que vous percevez dans les discussions cela doit permettre à vos lecteur·ices de se forger une opinion en se fiant à vous.

Prenez garde toutefois à bien séparer les faits et votre analyse politique, autrement cela donne un sentiment de manipulation / mauvaise foi.

Dernier élément, notez également les questions qui vous ont été posées, en formel ou en informel, cela peut être l’occasion de se faire une idée sur les contacts et les échanges qui pourraient être approfondis.


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