Quel est le mécanisme derrière "la récupération" après un effort en sport

a marqué ce sujet comme résolu.

Bonjour,

j’ai une petite question sur une pratique que j’ai pu observer chez pas mal de sportifs et qu’on m’a recommandé plusieurs fois alors que je ne suis pas moi-même un grand sportif (mais alors pas du tout): la récupération.

J’entends par là qu’après un bon effort à vélo, on me recommande de faire du vélo d’appart pendant quelques minutes à la difficulté minimale. Les coureurs du tours de France font de même alors que leur définition "d’un bon effort" est à quelques univers de la mienne, vous l’aurez compris. J’ai entendu aussi ça pour les footballers après un match ou encore les nageurs.

Autant je comprends qu’après un effort continu, on continue l’exercice mais en mode lent et facile juste pour faire baisser le rythme cardiaque et limiter les crampes, mais je ne pense pas que ça, ça soit de la "récupération".

Du coup je me demande :

Qu’est-ce qui, biologiquement parlant, fait qu’on "récupère" quand on fait ce genre d’exercice?

Je ne suis pas un expert mais on m’a toujours dit que la récupération active était ce qu’il y avait de mieux pour le muscle. Moins brutal pour lui. Aussi, ça oxygènerait mieux le corps.

En vrai, je pense que le plus simple c’est de rechercher. Et du coup, on a des résultats bien plus contrastés La récupération active et performance sportive. Ou encore Améliorer la récupération Chapitre 4: Récupération active

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C’est pas un sujet évident, à la fois d’un point de vue physiologique et en même temps pour faire le tri entre les différentes croyances qui se propagent plus vite que les données vérifiées.

Globalement, on distingue deux choses :

  • la fatigue après exercice qui est multi-factorielle (cellulaire, métabolique et neurologique pour citer les principaux),
  • les courbatures dont l’origine n’est pas encore parfaitement comprise, mais dont on pense qu’elles viennent de micro-traumatismes au niveau des muscles qui apparaissent particulièrement lors d’un effort intense et inhabituel. En revanche, ce qu’on sait c’est qu’elles ne viennent pas de l’accumulation de déchets (et notamment d’acide lactique) dans le muscle, contrairement à ce qui était supposé il y a plusieurs dizaines d’années (mais c’est une idée reçue qui persiste énormément).

Il y a beaucoup de choses que l’on nomme fatigue : l’essoufflement, l’envie de dormir, la fatigue mentale… Dans ce cadre, on parlera de fatigue comme étant la difficulté ou l’incapacité à réaliser un mouvement que l’on réalise sans difficulté en conditions normales.

Comme je l’ai dit un peu plus haut, cette fatigue à des origines très diverses. L’une d’elles, c’est la cause métabolique. Pour produire de l’énergie nécessaire au fonctionnement de la fibre musculaires, le muscle utilise plusieurs voies métaboliques notamment une qui fait appel à la fermentation lactique (dans le cadre d’efforts intenses où les besoins en énergie de la cellule dépassent les capacités d’alimentation en dioxygène du sang). Cette voie métabolique produit de l’acide lactique comme déchet qui doit ensuite être évacué.

L’accumulation d’acide lactique dans la cellule conduit à l’acidification de celle-ci et empêche (ou tout du moins rend plus difficile) certaines liaisons chimiques qui sont à la base du mouvement musculaire1 et rend donc le mouvement plus difficile. Son élimination rapide favorise donc une récupération rapide.

Et c’est là que la récupération active intervient. Le fait de faire un effort dilate les vaisseaux sanguins et permet une plus grande vascularisation des muscles et donc une meilleure élimination des déchets. Il existe également un second mécanisme appelé la pompe musculaire, dans lequel un muscle en se contractant, est capable d’appuyer sur les veines et donc "d’expulser" le sang dans les veines, un peu comme le ferait le cœur, et ceci améliore également le retour veineux et donc l’élimination de l’acide lactique. Ce mécanisme est particulièrement présent au niveau des muscles des mollets, il semblerait donc que les récupérations actives les plus efficaces soient celles qui mettent en jeu ces muscles (donc vélo, marche…).

Maintenant, le sujet n’est pas très tranché. D’après ce que j’ai lu, il y a des études qui trouvent un intérêt à la récupération active, et d’autres non…

En ce qui concerne les courbatures, comme je le disais plus haut, c’est une douleur qui est encore assez mal comprises. Ce qu’on pense savoir c’est qu’elles sont dues à des micro-traumatismes musculaires qui ont tendance à apparaître d’autant plus facilement que l’effort est intense, brutal et non habituel. Par conséquent, pour les éviter, il faut monter en chauffe progressivement et s’entraîner régulièrement.

Il semblerait que malgré une impression de soulagement sur l’instant, les étirements n’aient pas vraiment d’impact sur l’apparition de courbatures.

J’espère avoir pu répondre un peu à tes questions.


  1. Pour ceux qui ça intéresse, le mouvement musculaire est permis par la liaison entre deux protéines : l’actine et la myosine. Ces deux protéines une fois liées, sont capables de translater l’un par rapport à l’autre, ce qui occasionne un raccourcissement des fibres musculaires et in fine un mouvement. Il existe une autre protéine appelée la tropomyosine qui se met entre les deux pour empêcher la liaison. La tropomyosine est elle-même liée à trois troponines dont le rôle est de moduler son action. La troponine C notamment (l’une des trois) est capable de se lier à un ion Ca2+ et cette liaison pousse la tropomyosine à se mettre dans une configuration qui permet les ponts actine-myosine. De fait, d’un point de vue cellulaire, le mouvement est initié par la libération d’ions Ca2+ dans la cellule, cette libération faisant elle même suite à un potentiel d’action qui naît au niveau de la jonction neuromusculaire (qui, comme son nom l’indique, est la zone où le motoneurone fait synapse avec le muscle). Et du coup, pour en revenir au sujet initial, l’acidité du milieu induite par l’acide lactique gêne la liaison entre le Ca+2 et la troponine C.
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Pour l’absence de lien entre étirement et courbature, j’avais en effet eu cette information de plusieurs sources différentes.

Pour les mécanismes métaboliques que tu expliques ils répondent parfaitement à la question. J’ai noté ton avertissement "c’est compliqué" (et donc que cette explication métabolique n’est pas suffisante) mais déjà rien qu’avec ça, je comprends mieux le mécanisme qui dit "fait un effort pour récupérer la capacité à faire un effort".

Pour la récupération des courbature, il y a potentiellement une piste. Elle n’indique pas la cause des courbatures, mais plutôt un remède potentiel pour les limiter.

Certaines études suggèrent qu’elles pourraient être limitées grâce à l’alimentation. En particulier, il semblerait que l’ingurgitation de BCAA (certains acide aminés que l’on trouve dans les protéines) avant et après l’effort ont un effet atténuant sur les courbatures. Pour aller voir des études sur la question, rien de mieux que de chercher sur Scholar (DOMS1 + BCAA). Cependant, attention, beaucoup d’études semblent avoir utilisé des BCAA de complément plutôt que des « vrais » produits protéinés et dont les protéines sont réputées avoir un bon aminogramme : viandes, soja, …

1 : DOMS = delayed onset muscle soreness, soit courbatures en anglais

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Du coup la seule piste actuellement ce serait l’acide lactique ?

Phigger

À ma connaissance, c’est le seul facteur sur lequel on est capable d’influer, les autres formes de fatigues ne se résorbant que grâce au repos.

Pour la récupération des courbature, il y a potentiellement une piste. Elle n’indique pas la cause des courbatures, mais plutôt un remède potentiel pour les limiter.

Certaines études suggèrent qu’elles pourraient être limitées grâce à l’alimentation. En particulier, il semblerait que l’ingurgitation de BCAA (certains acide aminés que l’on trouve dans les protéines) avant et après l’effort ont un effet atténuant sur les courbatures. Pour aller voir des études sur la question, rien de mieux que de chercher sur Scholar (DOMS1 + BCAA). Cependant, attention, beaucoup d’études semblent avoir utilisé des BCAA de complément plutôt que des « vrais » produits protéinés et dont les protéines sont réputées avoir un bon aminogramme : viandes, soja, …

1 : DOMS = delayed onset muscle soreness, soit courbatures en anglais

sgble

Très intéressant ! Je vais aller regarder ça de plus près. :)

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