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Le « Nobel » de la géographie 2018 : Jacques Lévy

Découvrez le lauréat de la plus prestigieuse récompense géographique

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Cette année, le prix Vautrin-Lud a été attribué au géographe Jacques Lévy. Cette récompense, considérée comme le Nobel de la géographie, est décernée dans le cadre du festival international de la géographie. Son nom fait référence au géographe éponyme, qui le premier utilisa le mot « America » sur une carte qu’il dessina, hommage au navigateur et cartographe Amerigo Vespucci qui narra ses récits de voyage. Ce prix a la particularité de récompenser l’ensemble de l’œuvre d’un géographe, pas seulement une découverte en particulier. C’est donc une récompense signant généralement l’aboutissement d’une carrière !

Jacques Lévy, sa vie, son œuvre

En bref : pour lui, tout est espace, et l’espace est avant tout une histoire de relation entre les individus. Pour mieux comprendre ses travaux, pourquoi ne pas visiter le site de son « école de pensée » ?

Jacques Lévy
Jacques Lévy

Mais qui est ce Jacques Lévy ? Dans le (petit) monde de la géographie, ce géographe français est connu notamment pour son Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, sorti en 2003 et réédité en 2013. Derrière cet ouvrage il y avait la volonté d’apporter une certaine vision de la géographie, que l’on retrouve à travers la revue qu’il a cofondée en 1975, EspacesTemps, avec Christian Grataloup. Il est aussi responsable du « réseau » Chôros, une sorte de club de réflexion regroupant géographes, urbanistes et architectes.

Lévy est un peu un électron libre dans le monde de la géographie. Il a par exemple proposé de redéfinir la géographie comme l’étude de la dimension spatiale du social. Pour lui, la géographie serait donc une « maison commune des sciences sociales », proposant un rapprochement des différentes sciences sociales. Pour paraphraser, l’espace n’est pour lui qu’une construction sociale, et sans social, il n’y a pas d’espace (d’où le nom chôros du réseau qu’il a fondé, les hellénistes comprendront la référence). Ainsi : « la seule géographie possible, c’est la science de l’espace social, de la dimension spatiale de la société » (Lévy, Grataloup, 1976). Dit autrement, et pour mieux comprendre la révolution copernicienne qu’il apporte, il y avait avant lui une dimension naturaliste très forte dans la géographie où, à un moment, on avait un déterminisme consistant à dire « tout est nature, et la nature joue un rôle fondamental ». Lévy propose l’inverse en disant que, finalement, tout est social. Pour en savoir plus, je vous conseille cet acte de colloque.

Autre point important, il a réfléchi à la notion de la cartographie, qui souffre de quelques manques. En effet, selon lui, les méthodes cartographiques actuelles ne correspondent plus aux avancées théoriques de la géographie. Pour cette raison, il a voulu appuyer le développement de l’anamorphose, en créant notamment le logiciel ScapeToad.

Il s’est aussi intéressé à la géographie politique et a remarqué que les résultats des élections ne dépendaient pas seulement des classes ou groupes sociaux mais aussi de l’espace. Ainsi, chose intéressante qui s’est vérifiée en 2017, il a remarqué que l’urbain, en tant que centre, était plus à même de se confronter à l’altérité et votait donc « progressiste », tandis que les périphéries périurbaines étaient plus hostiles à l’altérité (et penchaient donc plus à l’extrême-droite).

Il a aussi travaillé sur la question de l’urbain. Pour lui, on ne peut comprendre l’urbain qu’à travers un jeu d’échelles et de gradients entre le rural et l’urbain, coupant court à l’idée d’une dichotomie entre ces deux notions. Il en a fait un film : Urbanité. Cela l’a conduit à proposer un découpage régional de la France original.


La géographie est une science vaste et touche de nombreux domaines, comme on peut le voir avec la diversité des parcours des lauréats du prix Vautrin-Lud. À l’heure où il y a une prise de conscience de l’importance de l’espace (par l’articulation entre la mondialisation et les aspirations locales, les défis urbanistiques, l’aménagement du territoire…), la géographie peut être un « hall de gare »1 pour les sciences sociales, où elles peuvent se rencontrer pour mieux dialoguer.

Pour aller plus loin

merci à @cepus pour la correction !


  1. Je ne retrouve plus quel géographe a utilisé cette expression.

2 commentaires

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